Mémoires des autres, par la comtesse Dash, t. V
2. La lêle humaine, étude phrénologique par Ch. Bouvier, 1859.
firent naître, le mal auquel si prématurément elle devait succomber.
A quelle époque se manifestèrent les premiers symptômes, il est malaisé de le déterminer; mais on n’exigera pas de nous que nous apportions, dans ces études de clinique rétrospective, la rigueur que l’on serait en droit d’attendre d’une observation prise sur le vif.
Il semble que ce soit en 1843 — Rachel avait vingtdeux ans 1 — qu’elle ait commencé à souffrir. Dans une lettre non datée, mais qui, vraisemblablement, fut écrite en juillet 1843 2 , le prince de Joinville, dont la liaison avec Rachel n’était pas un mystère pour les initiés, écrivait à sa maîtresse :
« Tu es souffrante et Dieu sait où le mal s’arrêtera, j’attends demain avec impatience pour n’avoir plus d’inquiétude car je n’ai pas reçu de lettre aujourd’hui; est-ce que tu serais plus souffrante, cela me fait mal; aussi je n’y tiens plus et je viens de déclarer à ma tante que je partirai demain. Je plante tout de côté et je file n’importe comment... J’ai eu la fièvre toute la nuit. Après avoir lu tes lettres, je ne pouvais penser à autre chose, je t’aime tant! 3 »
La destinataire de cette épître était, dit-on, charmante dans l’intimité ; si nous en voulions une autre preuve, nous la trouverions dans telle de ses lettres comme la suivante, où elle se montre sous un jour où l’on n’a pas coutume de la surprendre :
« ... Aimez-vous le soleil à la campagne, écrit-elle à un ami, prenez le train de onze heures et demie, vous serez chez moi à une heure, et puisque vous ne m’accordez
1. Elle est née le 28 février 1821 (voir la Chronique médicale du i" octobre 1921).