Rachel intime, par Hector Fleischmann (Paris
3. Collection d‘aulographes Paul Dablin (Paris, mars 1903), pièce n* 54.
impitoyablement que deux heures de bonne causerie, vous me quitterez à trois heures et serez chez vous avant dîner. Je ne bouge pas de ma coque et vous laisse choisir le jour que vous voudrez, puisque vous êtes si volontaire, être indécrottable! »
« Aussitôt que le vent du Nord-Est a quitté les bords de la Seine, j’ai eu quelques meilleurs jours. Malheureusement, ce mieux n’a pas continué, je me sens tout accablée depuis trois jours; vous pouvez vous vanter d’avoir une patraque d’amie! »
C’est alors qu’elle se mit entre les mains du docteur Rayer, une des célébrités médicales de l’époque. Elle suivit son traitement avec docilité et parut s’en bien trouver :
« Je tousse moins, voilà un gros progrès. J’irai aux eaux dès que le mois de juin aura pointé (sic). La faculté de Médecine, plus sérieuse que dans Molière, et puis-je ajouter, réunie pour un cas plus triste que celui d’Orgon (pour Argan) me conseille une saison à Ems. On avait d’abord voulu m’envoyer aux Eaux-Bonnes; mais je ne saurais retrouver la santé là où j’ai vu mourir ma pauvre bienaimée sœur Rébec (Rébecca). »
Peu après, Rachel quittait Paris, pour se rendre aux eaux d’Ems. Elle y fut vite reconnue, au point qu’elle ne put bientôt plus se montrer à la fenêtre de l’appartement qu’elle occupait sans exciter la curiosité des bons Allemands qui voulaient voir de près Melpomène. C’est de cette station thermale que, donnant à son père des nouvelles de son état, elle lui mande qu’elle tousse à « ébranler la maison », mais que sa femme de chambre « fait la sourde ». « Je crois, ajoutait-elle, qu’elle m’aurait laissé crever, plutôt que de venir voir si je n’avais pas besoin de quelque chose. »
Elle s’était longtemps négligée, elle le reconnaît, mais elle se résigne à donner du temps à sa santé; tout est « préférable à la mort », et comme elle sent que « décidément le diable ne veut pas d’elle », elle consent à se soigner « afin de retrouver une nouvelle carrière ».
Elle plaisante, mais quelle mélancolie tran sperce sous cette apparente bonne humeur !
Elle s’essaye à sourire, les larmes filtrent au travers.
Au mois d’août de cette même année, nous la retrouvons en Suisse, où elle suit un traitement au petit-lait :
« Depuis un mois environ, écrit-elle, d’Interlaken, à M me Samson, qui n’a cessé de lui porter intérêt, j’ai une irritation d’estomac très violente et s’en est allé (sic) avec lui ma gaieté et mes forces ; aussi le commencement de mon voyage en Suisse s’en est-il ressenti ... 1 »
Rachel est en Hollande quatre ans plus tard; les chaleurs ne sont pas trop fortes, de sorte qu’elle est moins fatiguée. Elle est fêtée, acclamée, mais au prix de quelles émotions, de quelle dépense de nerfs! « Cet enivrement que donne un public chaud » passe dans son sang et la