‹ Poitrinaires et grandes amoureusesChapitre 10 sur 17 · Oxymel scillitique · texte numérisé non relu

Oxymel scillitique

Turgot, qui lui rend visite à cette époque, la trouve « ou dans la douleur, ou dans la langueur 1 ».

Plus que jamais elle sent la destruction de sa machine, que rien ne saurait réparer. Elle se trouve « lasse et fatiguée de ce voyage qu’on appelle la vie ». Elle n’a pas assez de force pour en terminer brusquement le cours, mais elle voit avec consolation qu’elle s’achemine à sa fin. Son état de défaillance habituel ne lui laisse plus la force que de former un souhait : « c’est de pouvoir achever de vivre ou de mourir ».

Alors, entre dans sa vie un homme, un jeune colonel, qui aspire à la fois à la gloire militaire et aux lauriers littéraires.

Un ouvrage, qui ne vise à rien de moins qu’à bouleverser toutes les idées reçues dans l’art de la guerre, et dont l’auteur écrit sur le gouvernement, selon les termes employés par un critique de l’époque, « avec une hardiesse qu’on n’avait encore remarquée que dans quelques écrivains philosophes », a mis le sceau à la réputation de celui que la Cour et le monde ont accueilli dès ses débuts avec une faveur marquée. Tous les salons se disputent M. de Guibert; il est la coqueluche du jour. Une grande dame, dans son naïf enthousiasme, dit de lui que « c’est Corneille, Racine et Voltaire, fondus et perfectionnés ».

Entouré de la double auréole du littérateur et du tacticien, M. de Guibert est présenté à M lle de Lespinasse, à l’heure même où le départ de M. de Mora laissait son cœur vide et sa tête désemparée. Désormais, elle sera partagée entre ce

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