Lettre à Condorcet, du 9 octobre
qu’elle entend celui qu’elle aime, elle ne se possède plus.
Certains soirs, relate un de ses biographes 1 , une heure de faiblesse anéantit l’effet d’un long mois de courage : et l’infortunée, le lendemain proclamait sa défaite, par ce billet énigmatique, que son destinataire n’eut pas de peine à déchiffrer.
J. n. v... d....p..q...j. v... a... n. q.. v...nï . h...
« Je ne vous dirai pas que je vous aime, ni que vous m’enivrâtes hier d’un sentiment que je voulais ne plus connaître. Dites-moi, par surcroît, mon ami, que vous m’aimez ».
Dès que l’aimé se trouve hors de sa présence, elle ne se tient pas de lui crier son amour :
« Je ne veux pas, mon ami, que dans le peu de jours qui me restent à vivre, vous puissiez en passer un sans vous souvenir que vous êtes aimé à la folie par la plus malheureuse de toutes les créatures.
« Oui, mon ami, je vous aime, je veux que cette triste vérité vous poursuive, qu’elle trouble votre bonheur; je veux que le poison qui a défendu ma vie, qui la conserve et sans doute la terminera, répande dans votre âme cette sensibilité douloureuse, qui du moins vous disposera à regretter ce qui vous a aimé avec le plus de tendresse et de passion.
« Adieu, mon ami, ne m’aimez pas, puisque cela serait contre votre devoir et contre votre volonté, mais souffrez que je vous aime et que je vous le redise cent fois, mille fois, mais jamais avec l’expression qui réponde à ce que je sens 1 ».