‹ Polémiques d'hierChapitre 10 sur 48 · E. DE GIRARDIN, LOUIS BLANC · texte numérisé non relu

E. DE GIRARDIN, LOUIS BLANC

M. Prévost-Paradol a eu du bonheur, cette semaine.

Cet ancien porte-toque d'Université a pu transformer son bonnet carré de professeur en bonnet déjuge, et faire le petit Perrin Dandin tout son saoul entre M. Louis Blanc et M. Emile de Girardin. Ces messieurs s'étant pris de plume, comme on se prend de bec, sur une vieille question, — la question des faits accomplis, — M. Prévost-Paradol s'est donné le plaisir de juger, entre eux, ce cas de conscience. M. de Girardin, qui n'en a pas, lui, de conscience, et qui s'en vante même, avait prétendu que les faits dominant tout en politique, tout pouvoir tombé était immédiatement prescrit et que la possession valait titre. C'était net... quoique

sale, — mais sale et net, cela se voit. Ce n'est pas exclusif l'un de l'autre... M. de Girardin n'avait, du reste, rien inventé. Sa théorie était toute empruntée à la pratique bien connue du vieux Talleyrand, cette fange dans un bas de soie, comme l'appelait Mmo de Staël. Talleyrand a, pendant toute sa vie qui fut longue, on le sait, accepté tous les gouvernements qui se succédèrent, comme il eût accepté tous les coups de pied au derrière sans que sa figure en dît rien, disait l'Empereur Napoléon. Seulement, ce que Talleyrand ne disait pas, M. de Girardin le dit dans son journal et même l'enseigne, et de là la dispute. M. Louis Blanc, qui dans toutes ses Histoires a daubé Talleyrand , ne peut pas , en bonne logique, admettre la prescription talleyrandesqite professée par M. de Girardin : Je ne suis pas pour les faits accomplis, — écrit-il fastueusement, croyant bien s'en tirer, — mais pou?% les faits dignes d'être accomplis. Se croit-il malin, le petit homme! Malheureusement, sa réponse n'est belle que pour les sots, car, au fond, elle ne répond pas. Car pour savoir quels sont les faits dignes d'être accomplis, elle nous renvoie à la conscience de tous et un chacun, ce tôton à cinquante mille facettes dont aucune ne réverbère la même lumière, et qui tourne en

Page 1