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LES MORALISTES ÉLECTORAUX

Le serment ! C'est une question depuis déjà bien longtemps. Etre contre le serment, c'est presque une théorie, et les théories, on le sait, c'est une tranchée pour les partis. Ils se mettent derrière à plat ventre, et de là tirent leurs coups de fusil... Le serment, — ce lien chevaleresque et religieux qui reste encore dans une société qui n'est plus ni religieuse, ni chevaleresque, le serment est odieux à ceux qu'il gêne encore, non parce qu'il est une bassesse pour ceux qui le prêtent en comptant le violer, mais parce qu'on peut le leur reprocher comme une bassesse, — le serment ne peut embarrasser que ceux qui sont très disposés à le violer. Il est si aisé, en effet, de faire le Joseph, quand il n'y a pas là du tout de madame Putiphar î Mais le serment est, pour cela même, — et depuis des années, — une question qui revient périodiquement, au tournant de toutes les législatures. C'est là un vieux cliché connu : « Rien n'est plus immoral — disent-ils — que le serment!... » Et pourquoi?...

Pourquoi un gouvernement qui croit encore à la parole d'honneur en France, cet antique pays de l'honneur, n'exigerait-il pas du second corps de l'Etat, de la seconde partie de lui-même, — car le gouvernement est composé, aux termes de la

Constitution, de l'Empereur, du Sénat et du Corps législatif, — un serment qui est un baptême, le baptême de ceux qui entrent dans la communion du gouvernement?... Ici, — notez-le bien ! — il ne s'agit pas d'opposition à une politique déterminée. Les gouvernements comme le nôtre ne repoussent pas, mais admettent, mais provoquent, au contraire, l'opposition de la discussion et des conseils. Mais ce qu'il ne peut pas admettre, ce que la loi morale, le bon sens, rien enfin ne saurait admettre, c'est l'opposition dynastique, c'est la haine du gouvernement même, c'est le dévouement à sa mort, c'est l'entrée dans ce gouvernement à travers des serments de fidélité pour mieux le tuer! Certes ! moralement et politiquement, le gouvernement a cent fois raison de maintenir ce serment, qu'ils voudraient voir supprimer pour être bas tout à leur aise, pour assassiner sans qu'on pût leur dire : « Vous êtes des traîtres et des parjures ! » Le gouvernement, en maintenant le serment, se couvre d'un dilemne irrésistible : Ou vous êtes d'honnêtes gens moraux, qui avez le respect de ce que vous faites, et le serment prêté par vous est la meilleure des garanties ; — ou vous êtes des ennemis per fas <jt nefas, qui n'avez de moralité d aucune espèce et qui ne croyez qu'à vos haines, et le serment,

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