LA MORALE DE TOUT CELA
démagogie, qui les aurait pouillés d'étrange sorte!... Est-ce couardise ou bien dignité?... Toujours est-il qu'ils n'achètent pas au prix d'affronts directs l'avantage de voir sortir leur nom de l'injurieux ballottage qui les promène et qu'on leur a si cruellement infligé !
Mais leur dignité ira-t-elle jusque-là d'avaler cet indigne ballottage?
G'estle moment de raconter une belle histoire.
Un jour, en Amérique, M. Clay, sénateur de l'Etat du Sud, qui avait honorablement servi sa patrie, apprit aussi, comme on l'apprend toujours, de quel pain amer la démocratie nourrit ceux qui se dévouent à elle. Quand il s'agit de le renommer sénateur, on le ballotta. Il sentit, lui, le coup de ce ballottage outrageant avec l'âme d'un homme ; et quand son nom sortit du scrutin à grand'peine, il ne voulut point accepter l'honneur qu'on lui avait liardé...
Touchés de cette fierté, savez-vous ce que firent les Américains, ses compatriotes?... Ils reconnurent à M. Clay le droit de paraître à leurs cérémonies publiques seul à son rang ou hors de rang) comme le premier citoyen de l'Union!
Ceci n'est-il pas sain à raconter, au moment où toutes les fiertés semblent mourir? Seulement, les ballottés de France imiteront-ils le noble
ballotté d'Amérique? En France, où nous n'imitons que trop les Américains, voilà peut-être la seule manière dont nous ne saurons pas les imiter !
G juin 1869.