GOUVERNEMENT PERSONNEL
C'est éternellement avec les expériences de l'Histoire qu'il faut répondre à ceux qui déclament en faveur du gouvernement parlementaire contre le gouvernement personnel, et il en est une, entre toutes, tirée des annales de ces derniers temps, qui nous semble d'une clarté si terrible que c'en est foudroyant.
C'est la double expérience et la double histoire du roi Louis XVI et de l'empereur Napoléon.
L'un n'est tombé que parce qu'il n'a pas été assez gouvernement personnel.
L'autre ne s'est élevé à une si grande hauteur — et nous avec lui — qu'en s'appuyant
238 POLÉMIQUES D'HIEB
sur la plus robuste personnalité qui ait jamais existé, et qu'en faisant de cette personnalité le pouvoir lui-même.
Louis XYI, le roi de la vieille monarchie française et le petit-fils de Louis XIV, était politiquement né gouvernement personnel ; mais,. naturellement, c'était un homme si profondément dénué de personnalité qu'il n'avait pas en lui de quoi faire un gouvernement.
Naturellement, c'était l'idéal du plus pur roi de régime parlementaire, fait pour être, dans des circonstances plus tranquilles que celles de son règne, le cochon à Fengrais dont Napoléon parlait à Sieyès avec tant de mépris.
Louis XYI était un homme certainement doué de bonté et de justice, quoiqu'une chair lourde étouffât en lui toute espèce d'activité, et qu'il eut, comme disait Mirabeau, la vertu inerte. Mais on ne gouverne malheureusement ni avec la bonté, ni même avec la justice. On ne gouverne qu'avec une personnalité.
Louis XYI n'en avait pas une. Aussi fut-il, moitié par absence de cette personnalité nécessaire, moitié, par amour (un amour d'eunuque il est vrai) pour le bien public, généreux de son pouvoir, qu'il jeta toujours à la tête de ceux qui le lui demandèrent. Il l'y jeta morceau par