‹ Polémiques d'hierChapitre 35 sur 48 · GRANDEUR ET DÉCADENCE · texte numérisé non relu

GRANDEUR ET DÉCADENCE

morceau, ne leur refusant rien de ce qu'ils lui demandaient au nom du bien public, le mot d'alors; car tout temps a ses formules...

Et même il finit, lui, l'homme le plus religieux, de son royaume, par leur jeter à la tête jusqu'à sa conscience, en signant la Constitution civile du clergé.

Il donna à môme son pouvoir toutes les libertés... qui devinrent cette liberté complète, cette grande liberté dont la statue était dressée à trois pas de la guillotine, et dont Mme Roland disait : « Que de crimes on commet en ton nom ! »

Et il en donna tant, de libertés, que la France l'appela un jour unanimement : « Louis XVI, restaurateur de toutes les libertés publiques. »

On lui imposa et il se laissa imposer tous les ministres qu'on voulut, depuis Turgot, l'encyclopédiste, jusqu'à Malesherbes, qui protégeait l'encyclopédie.

De roi personnel à la manière française, — de roi de bon plaisir, comme on disait séculairementen France, et comme l'avaient été Louis XI, Henri IV, Louis XIV, et tant d'autres, — les grands et les plus grands ! — il condescendit, avec une lâcheté qui n'était pas de la peur, à n'être plus qu'un roi d'assemblées.

Il consentit à tous les. genres d'assemblées :

l'Assemblée des notables, l'Assemblée des Etats généraux, non assemblés depuis 1614, exhibition d'une vieille relique qui ne servait plus, et enfin l'Assemblée nationale, qui se changea en Convention, et qui, par reconnaissance, lui coupa la tête !

Et aux assemblées il joignit les petits papiers de la procédure politique, chers à tous les parlementaires de tous les temps. Il autorisa la nation à écrire ses aspirations, ses vœux, ses volontés, dans ces fameux cahiers de 1789, dont, vingt-trois ans après, la charte de 1814 est sortie, pour s'en aller où s'en sont allés les cahiers de 1789!

Ce fut donc, s'il en fut jamais, un roi parlementaire que le roi Louis XVI, un roi parlementaire dans toute la force ou la faiblesse du mot, — et ce qu'il y gagna, ce ne fut pas seulement d'avoir le cou coupé sur la place de la Révolution, — cela le regardait, cela ! — mais de l'avoir fait couper à la France de sa génération.

a L'État, c'est moi! » disait Louis XIV, — et jamais cela ne parut plus vrai qu'à la lumière rouge du sang de la France, qui coula, à torrents, sous le tranchet du bourreau, une fois que le Roi-Etat eut été frappé î

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Et la Révolution, qui avait commencé par le gouvernement parlementaire, n'aurait jamais pu sortir de l'anarchie qu'elle avait créée, sans Y homme qui devait reprendre la tradition humaine et française où elle avait été interrompue par Louis XVI, et refaire, comme il n'avait peut-être jamais existé, le gouvernement personnel.

Et ce n'est pas seulement de l'avoir fait qui est le plus beau de la gloire de Napoléon, quoique ce soit bien beau. Mais, dans les circonstances qui nous rongent, c'est de l'avoir rendu possible encore 1

Louis XVI et Napoléon ! double et bonne leçon, à cette heure, et qui sera comprise de tous les peuples mâles, — mais non de ceux qui bavardent comme des vieilles femmes et veulent faire de leur bavarderie une institution contre le gouvernement personnel.

Montesquieu, — mais pas le président !

1er août 1869.

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