MOMIES PARLEMENTAIRES
Vous croyez qu'ils n'étaient que quelques-uns, — quelques Garnier-Pagès, bonbons de leur col tourné en cornet, ou quelques Raspail, camphrés. . . parbleu ! comme une momie. Détrompezvous ! Ils ne sont pas quelques-uns, — ils ne sont pas seulement quelques déterrés, conservés à l'aide de condiments particuliers, et dont le secret est perdu. Ils ne sont pas deux, dix ou trente momies. C'est toute l'Opposition qui l'est ! Ce sont tous les parlementaires, parlementaires du tiers parti, de la gauche ou de la montagne, tous n'ayant, jeunes ou vieux, que cette vieille chose dans leur ventre vide et rien avec : — la Constitution de 1789!
Si bien que ce vieux Raspail dont on s'est tant moqué, ce vieux Sérapis de Raspail, qui dé-
bouchait son camphre contre les Jésuites et qui n'a jamais été très tranquille dans son tombeau à cause des agents de police qui passaient audessus, n'était pas une momie solitaire. Il était un symbole. Raspail plus ou moins, les malheureux Tétaient tous ! Le vieux Raspail n'est pas plus momie que tous les autres, — que le jeune Gambetta, par exemple, l'espoir de la tribune française, qui a inventé le mot irréconciliable , mais qui n'a pas mieux que le vieux Raspail dans le ventre, c'est-à-dire plus que ce rouleau de papyrus : — la Constitution de 1789!
Ah! du moins, lui, Raspail, ce vieux pharmacien politique, nous drogue, mais ne nous fait pas droguer! Il est, lui, pour l'ancienne méthode. Il ne biaise pas, il ne nous donne pas de drogues récentes d'une efficacité vague. Il ne parle pas, comme les jeunes, ou de libertés nécessaires, — ou de libertés parlementaires, — ou de revendication des principes de 89, toute cette poudre de perlimpinpin qu'ils débitent, et qui n'est, au fond, que de la Constitution de 1789 pulvérisée et prise à doses honteusement homéopathiques. Il y va plus bravement que ça! Il ne rougit pas de ce qui fait son air de vie. Avez-vous lu Baruch ? Avez-vous lu Raspail? Avez-vous lu, cette se-