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LES MOMIES PARLEMENTAIRES

m aine, sa lettre aux électeurs de Lyon? Ce brave momifère de Raspail, dans cette lettrç, s'est ouvert le ventre comme un Japonais, et pareil à ces charlatans de place qui se tirent de la bouche deux aunes de ruban après avoir mangé de la filasse, il s'est tiré du fond de son ventre ouvert toute la Constitution de 1789, article par article.

Quel inventeur !

Il Ta dépliée, déroulée, allongée comme une banderole, et Ta fait flotter sur tout ce qu'il a dit à ses électeurs. Il s'est écrié : Voilà ce qui m'a conservé si longtemps ! Yoilà la panacée universelle! La Constitution de 1789! Nous ne l'avons pas encore. Mais nous l'aurons. Il faut l'exiger. Il n'y a, comme dans mon ventre, que cela dans les ventres de l'Opposition tout entière, creux sans cela comme ces peaux d'âne sur lesquelles on bat le Rappel! La Constitution de 1789, c'est-à-dire l'omnipotence d'une assemblée, le despotisme de nous autres qui braillons contre le despotisme d'un seul qui se tait, le droit de guerre et de paix au Corps législatif qui n'est encore ni dans le Message, ni dans le Sénatusconsulte, et surtout, surtout cette insolence qui nous délecte, cette ignominie que Louis XVI but : le Pouvoir exécutif (pour ne pas dire TEm-

pereur) venant la rejurer, cette Constitution de 4789, debout et tête nue devant T assemblée assise et e ouverte.

Car il y a toujours dans ces législateurs français, vaniteux et frivoles, du maître à danser !

Et, de fait, ceci est précis, ceci est la pensée secrète de par derrière la tête, comme disait Pascal, et le vieux Raspail qui Fa dite est encore la plus vivante de ces momies !

Seulement, toute la question est de savoir si un Bonaparte qui porte Fépée est disposé à faire ce que fît Louis XYI, qui ne Pavait portée que le jour de son sacre.

Cela ne sauva ni lui, ni son fils. Si cela les eût sauvés, croyez bien, allez! que cette Constitution de 1789, qu'ils demandent, ils ne la revendiqueraient pas.

8 août 1869.

HISTOIRE CONTEMPORAINE

Le Journal de Paris d'avant-hier soir transcrit la dépêche suivante, communiquée par Y Agence Ha va s :

« Vienne, 8 août. La Gazette officielle publie une ordonnance du ministre de la justice et des cultes, aux termes de laquelle toute décision épiscopale condamnant un prêtre à être incarcéré dans une prison ecclésiastique n'est valable qu'autant que le condamné s'y soumet volontairement. »

Et il y a bien cela, en toutes lettres, dans cette mirifique ordonnance ! « La condamnation n'est valable qu'autant que le condamné s'y soumet volontairement. »

Autant que le condamné s'y soumet, je le comprends. Dieu merci ! nous avons mille moyens de le faire s'y soumettre, mais volontairement...

Si ! volontairement, vous dis-je. Il y a volontairement dans l'ordonnance !

Est-ce assez ineffable ?... Et sommes-nous assez loin des in pace et des oubliettes?

Eb bien, disons-le à la gloire de l'Autriche, voilà certainement le plus grand pas qu'ait fait jamais un gouvernement dans le sens du progrès et de la civilisation du monde ! Depuis de longues années, et cependant trop peu de temps, les législations pénales tendaient à s'adoucir, parce que l'homme lui-môme devenait de plus en plus doux et charmant, comme les révolutions par lesquelles nous sommes passés nous l'ont appris. Les prophètes de la philanthropie, les penseurs du gaillard d'avant nous faisaient même espérer qu'un jour, qui ne devait pas être loin dans les brumes de l'avenir, les pénalités, ces vestiges à balayer des grossièretés du Moyen Age, si offensantes pour la liberté humaine et si contraires à

HISTOIRE CONTEMPORAINE 249

la politesse de nos mœurs, disparaîtraient tout à fait, et chaque jour rongeait un peu de ces pénalités et en emportait un morceau. Cependant, hélas ! il en restait encore. Quand un délit se produisait, — -car, chose étrange! il s'en produit toujours, malgré nos progrès, — on avait encore la vieille habitude de frapper le coupable d'une peine toujours trop rude, il est vrai, mais indépendante de la volonté de ce trop intéressant coupable. Il viendra peut-être un temps où on ne le croira pas ! On ne demandait point au coupable la permission de lui donner les étrivières qu'il avait méritées. On les lui donnait.

Mais à présent, en Autriche, du moins, tout est changé. A partir d'aujourd'hui, l'autorité compétente,

Le chapeau dans la main, se tenant sur ses membres,

va humblement demander au délinquant et au coupable la permission de lui donner ces étrivières, chaque jour plus allégées, et s'il les refuse, que dis-je? s'il les discute, s'il ne s'y soumet pas volontairement, on ne les lui donnera pas !

Aux termes absolus de cette ordonnance, qui fait mon bonheur et qui va faire celui de tous

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les prêtres scandaleux de l'Autriche, c'est donc le condamné qui désormais décidera de la punition qu'on doit lui infliger, en s'y soumettant avec toutes les grâces de sa gente et libre personne, sinon, non! Non! parbleu! et l'évêque, avec sa crosse inutile et sa décision invalidée, pourra, comme on dit, aller se promener.

Délicieux spectacle que l'Autriche doit offrir au monde !

Lorsque les Seigneurs Evoques, devenus de moins en moins seigneurs, auront dans leurs diocèses quelques prêtres trop émancipateurs par la doctrine, ou trop émancipés par les mœurs, il faudra qu'ils prennent leurs gants violets pour toucher plus respectueusement à ces prêtres, et qu'ils n'y touchent pas même avec leurs gants violets, si ces prêtres ne le veulent pas ! Il faudra que les pauvres Seigneurs Evoques renoncent à leur autorité épiscopale et pénale, selon le principe de droit criminel promulgué aujourd'hui par le nouveau législateur de l'Autriche :

Ce n'est plus le juge qui juge et qui applique la peine, c'est le condamné.

HISTOIRE CONTEMPORAINE 251

Tète bien forte que celle de ce législateur, et tète bien moderne... Un moins moderne que lui aurait pu supprimer du coup, pendant qu'il y était, et l'autorité ecclésiastique de l'évêque, et le délit et la prison, et écrire résolument dans son ordonnance que les prêtres, citoyens avant d'être prêtres, devaient être jugés par des citoyens et non par des évêques ; — que dans Tétat actuel de la civilisation du monde, les prêtres ne pouvaient être que les justiciables des tribunaux ordinaires... C'eût été clair, cela, c'eût été net; brutal pour les évêques d'Autriche, mais dans un si excellent but de douceur, — d'édulcoration ultérieure !... Malheureusement, la clarté, la netteté, la hardiesse de l'initiative, les coups décidés, qui, pour peu qu'ils soient des coups, paraissent à certaines gens des coups d'Etat, comme les oreilles du lièvre lui paraissaient des cornes et même des cornes de licorne, tout cela n'est ni dans les habitudes ni dans les puissances de ce temps patelin et trembleur, et le Michel l'Hôpital de l'Autriche qui vient de commettre la superbe ordonnance que nous

annonçons, est un patte-pelue de ce temps, où les hommes de tous les pouvoirs se font pattepelue. Pour lui, le problème était d'ôter tout doucement aux Evoques le dernier droit qui leur reste et d'avoir l'air de conserver la pénalité ecclésiastique tout en la réduisant à rien, et, pour cela, voilà qu'avec un cynisme qui finit par être bouffon, à force d'être naïf, il a inventé de la mettre aux mains de ceux-là même qu'elle doit frapper... La seule chose, dans cette occurrence, contre laquelle il ait été brave, c'est contre le ridicule prodigieux de sa disposition législative.

Le crime fait la honte et non pas l'échafaud,

disait depuis des siècles le bon sens public, qui était devenu un beau vers sous la plume du second Corneille. Mais le crime, qui ne fait plus guère honte aujourd'hui, va maintenant faire l'échafaud, et, s'il se refuse à le faire, il n'y aura plus d'échafaud. Quelle adorable simplicité !

Et voilà ce que vient de décréter tranquillement un ministre dans le pays de Kaunitz et de Marie-Thérèse ! Yoilà comment, sous l'empire de Tidée de cette fraternité imbécile, qui a remplacé pour les législations l'idée sévère de paternité sur quoi elles étaient fondées autrefois, on arrive.

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(l'adoucissement en amollissement, et d'amollissement en ramollissement, à cette pourriture universelle au fond de laquelle l'Europe doit, un jour ou l'autre, s'enfoncer et mourir !

Des prêtres qui n'ont plus, comme nous le disions l'autre jour, l'esprit de leur État, des gouvernements qui n'ont pas plus l'esprit du leur, des législations pénales qui remettent le soin de la peine au coupable, quel làche-tout et quelle lâcheté plus générale que tout cela ! Ah ! on disait que les carnavals étaient finis, qu'il n'y en avait plus en Europe. Eh bien, en voilà encore un !

Seulement, celui-ci ne devrait pas faire rire, mais pleurer !

12 août 1869.

LES DYNASTIES DÉMOCRATIQUES

Elles sont comiques, mais il y en a...

Les journaux de la démocratie ont annoncé, il y a quelques jours, que le fils du général Cavaignac partait pour 1* Amérique.

Ils ont annoncé cela comme un événement, comme une chose d'importance. Ils ont annoncé cela, ces journaux de l'égalité, comme si le fils du général Gavaignac était plus qu'un autre citoyen, jeunet comme lui, et qu'il fût convenable que la France fût avertie de la perte qu'elle va faire en perdant ce bambino politique.

Et au fait, pour eux, c'est important. Pour eux et malgré eux, le fils du général Cavaignac est plus qu'eux tous î Gest le Dauphin de la dicta

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ture ; c'est le Prince Royal de la démocratie ; c'est le Prétendant de la République de l'avenir. Et il est tout cela quoi qu'il puisse être, fût-il idiot (je ne le connais pas) : Cromwell engendra bien Richard! Tout cela simplement parce qu'il s'appelle Cavaignac, parce qu'il s'est donné, ce petit républicain, la peine de naître, et parce que, inévitablement, ces égalitaires, qui font les farouches, et ne sont pas du tout farouches et pas du tout égalitaires, se sentent prêts à toutes les étiquettes avec des empressements et des échines de laquais!

C'est d'étiquette, en effet, et d'usage monarchique consacré, d'annoncer le départ des princes, et pour le fils Cavaignac, les égalitaires se sont conformés à cette étiquette et à cet usage, comme c'était leur devoir...

Et ce n'a pas été assez que l'étiquette. Après l'étiquette, il y a eu la flatterie. Naturellement! Déjà, l'année dernière, la malhonnêteté de cet enfant, élevé comme cela, qui ne voulut point recevoir, au Concours, de couronne des mains du Prince Impérial, fut applaudie avec enthousiasme

LES DYNASTIES DEMOCRATIQUES

par ses sujetsdemocratiques.il eut le succès d'une insolence de Rochefort. Il fut le Rochefort des enfants. Mais cette année, à son dernier examen, ce n'a plus été des applaudissements pour le jeune Cavaignac, ce petit prince de la démocratie, c'a été de la flatterie bien et dûment orcranisée ! L'enfant qui n'est pas du miracle, a trouvé son flatteur public, son encenseur de cérémonie, son duc d'Antin, comme Louis XIV. Ce duc d'Antin grotesque n'était, il est vrai, que M. Patin, — le vieux Patin, l'académicien, que je croyais orléaniste, puisqu'il est de l'Académie, et qui s'est mis à faire tout à coup de la courtisannerie démocratique. Vous vous rappelez cette ingénieuse pantalonnade de faire lire du Corneille à l'enfant pour lui parler de son père (estce le vieux Yillemain qui avait soufflé cela au vieux Patin ?) et appliquer au Président manqué de 1850, mais tout de travers, le grand vers connu :

Et monté sur le faite, il aspire à descendre !

Car le général Cavaignac, qui avait du bon, je ne le nie pas, et chez qui le soldat et le dictateur ont, un jour, étouffé le républicain, n'a jamais aspiré à descendre du faite où il se trouvait parfaitement bien, et s'il n'y est pas resté, c'est

I'OLÉMIQUES D HIER

qu'il n'a pas pu. Il aspirait très fort à y rester, et la patinade de M. Patin n'est qu'un radotage. La flatterie de M. Patin est bonne à mettre... sous le patin. . . Mais que voulez-vous ? Je n'ai pas et je n'aurai jamais à constater l'esprit de Patin. Je constate seulement l'intention de ce détestable flatteur, qui est un flatteur détestable, mais qui a plu néanmoins à tous les journaux de la démocratie, comme si ce suranné académique avait eu les grâces de la jeune fille offrant des fleurs à son petit souverain !

Et tant il est vrai que l'inexorable monarchie, avec ses formules et ses respects, s'impose à ces coupeurs de cous de Rois inconséquents (je ne dis pas ceci pour Patin), qui traînent à leurs talons, comme un boulet de forçat, l'idée fatale de dynastie !

Et je ne leur en veux pas, d'être inconséquents, à ces pauvres raisonneurs I Je ne leur en veux pas d'être restés monarchiques malgré eux ! Monarchiques jusque dans leurs moelles ! Ils sont Français, donc ils sont monarchiques de nature, d'instinct, de sang qui coule dans leurs veines, et

LES DYNASTIES DÉMOCRATIQUES 259

ils ne peuvent pas plus changer cela que leur angle facial et le type de leur race. Mais ce pourquoi je leur en veux, ce qui m'inspire pour eux une inexprimable pitié, c'est de se donner pour des démocrates sans l'étoffe de la chose, c'est de mentir sciemment à eux et au monde, dans leurs imbéciles théories d'égalité, et de n'être enfin que d' affreux Tartufes politiques, qui trouvent encore des Orgons !

Mais qu'ils refassent des dynasties, parce qu'il est impossible à l'esprit français de s'en passer, certainement, je le leur pardonne...

Et même qu'après avoir détruit, s'ils le peuvent, les royales, qui sont augustes, ils en élèvent de démocratiques, qui sont ridicules...

Seulement, dynastie pour dynastie, j'aime mieux les nôtres que les leurs !

15 août 1869,

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