LA BARONNE
Ya , ya , les anglais ils aim-r-ieiit argent comptant , mais les bremiers de tous pour fane gombreudre l'amour , c'étre le français.
MI LORD
Very well , very well ! Avhat do you say gentlemen Semouille ?
SEMOUIf.Li;.
Je ne comprends rien à votre baragouin.
MllORD.
Baragouin vous-même , entendez-vous^ M. Fécule!
SEMOUILLE.
Qu'appelez-vous Fécule, M. Biffeteck?
j MILORD, agitant ses poings.
BilFeteck... moi , godderu 1 SEMOUILLE, se met en garde avec son parapluie (ju il ou\>re. En avant le bouclier!
MAD. SEMOUILLE, se mettauL devant son mari M. Semouille, ah ! ciel!
VJRGINIE.
Au secours ! on va boxer !
MiLADY , retenant Milord.
Allons donc , Milord.
MMORD.
C'est que j'entendais pas les plaisanteries sur les biffetecksj ces messieurs ils se moquaient toujours de notre parlement. CiiONCHON , accourant.
Qu'est-ce qu'il y a donc par ici ?.. Milord, est-ce que vous vous fâchez ?
MILORD, se retenant.
Non, non, petite garroime , j'étais tout doux. [A part'). god ! god ! je renfonce le fureur en dedans de moi. DUPUIS, dans la coulisse.
Le docteur est sorti , c'est égal , je l'attendrai.
CHONCHON
Eh! bien, v'ià M, Dupuis , c'vieux bougonneur , on n'va plus s'entendre ici.
SCEINE VU.
Les Mêmes , DUPUIS.
DUPUIS , à la catitonnade.
C'est nfFieux , c'est à fciiie déserter le pays ! (à demi-voix ). Ma cave esl pleine d'eau sulfureuse.
VIRGINIE, saluant M. Dupuis.
Eh 1 bonjour , M. Dupuis !
DUPUIS , avec humeur.
Votre serviteur, mesdames et messieurs.
( // i' assied avec un air d'impatience').
EMMA
M. Dupuis n'a pas l'air d'aimer beaucoup la société'.
DLPLIS.
Je n'aime que ce que je connais, je ne bais que ce qui me nuit , je ne tiens qu'au lieu que j'habite , et tout l'univers pour moi commence à Engiiien et finit à Montmorency.
VlKGiNlE.
Eh! bien, voire univers est cliarmant j aussi je vous en supplie, mon cher monsieur, ne nous désenchantez pas j maman me disait toujours : « Virginie , conserve tes illusions, ■» tu es d'une complcsion faible , le chagrin te tuerait ».
DUPUIS
Eh ! madame , qui songe à vous désanchanter ?
VIRGINIE
Ahî monsieur! c'est que j'ai une sensibilité !..
DUPUIS
A notre âge, madame , la sensibilité rentre dans les maladies chroniques, on n'a plus besoin de médecin.
VIl'.GlNlE.
A notre âge !
SEMOUirUE.
Vous avez beau dire , monsieur , Enghien est un séjour délicieux.
DUPDIS.
Détestable !
Air : {Voulant par ses œuvres cnmplettcs.
L'eau sulfcireiise eu cent manières
If coule )>aito>it sur les fleurs,
Et la ville, dans nos chamnières i
beiulile avoir lépaiidu iies mœuri.
Enfin anjonrcVliui dans ce gouffre, Les viiliigeoises ont un buse, Les paysans se;jfent le musc, Et lej Heurs y sentent le youffre.
CHONCHON , s' approchant.
Ah! ça dites-donc, ii'fiiut pas avoir l'air d'attaquer les villageoises , enieiidcz-vous , c'est que je suis d'Enghien, moi, et je ne porte pas de buse , et je sommes toutes inuocenles ici, demandez plutôt à l'Hirondelle...
TOUS
JElle a raison.
DUPUiS , avec chaleur.
Et moi , je vous dis qu'elle a tort. Eicoutez mon histoire , et vous le verrez. Après avoir e'té vingt ans de ma vie dans les cotons , j'étais établi rue des Bourdonnais , à la barbe d'or. L'amour de la campagne, qui m'avait toujoui's suivi même dans mon comptoir, au milieu des ballots et du fracas du commerce, vînt me saisir avec plus de force que jamais; j'avais amassé quatre bonnes mille livres de renies, je n'avais ni femme, ni cnfaus, je pouvais vivre heureux et tranquille, et ie vins m'établir à Enghien-Montmorency , village charmant alors, où les mœurs étaient simples, la vie agréable et peu dispendieuse, le lait pur et l'eau excellente, toutes choses indispensables à mes plaisirs et à ma santé. Mon entrée dans le village, produisit le plus grand effet, et lorsqu'on me vit passer dans ma cariole d'osier, tout le monde était aux portes, les mères appellaient leurs enfans pour les faire jouir d'un tel spectacle^ j'avais l'air dun receveur particulier, traversant son arrondissement, j'avais la redingotie à basques, et un superbe trois-cornes, qui imposait, le respect à tout le pays; j'étais le richard de l'endroit, l'oracle du canton. Je fis bâtir une petite habitation dans le dernier genre d'alors , maison à deux étages , cheminée à la prussienne , j'avais même un jardm anglais, une montagne plus haute que moi, une foret de cinquante pieds carrés, plantée à neuf, et qui dans quinze ans m'aurait donné un ombrage délicieux.
REMOUILLE.
Est-ce que les grandes pluies ont enlevé votre montagne et renversé votre foret?
DUPUIS
Eh! non, monsieur! tout cela y est encore, mais on découvril
à côté, une espèce de. source qu'on fit mousser dans les journauxj tons les malades à la mode inondèrent bientôt le pays, on fit bâtir autour de ma superbe maison à deux e'i:;ycs , des forteresses pour la santé, qui me mysi]nèrent euiiérement la vue du paysage; la capitale ouvaliit nos champs , les restaurateurs arrivèrent, nos paysans devinrent commerrans, nos laitières, d'après la coutume de Paris , firent contracter un bymen criuiiuel entre le laitetTeau, etc., les élégans firent des parties pour être n)alades , et les calèche.<> , les landaus hrillans , forcèrent ma modeste cariole de prendre le bas côté du pavé , mon trois-cornes lui-même devînt le but de toutes îts railleries des étrangers et mêmes des indigènes d'Enghicn; il me fallut adopter lebolivar , et grâce à l'encliérissement des vivres, je suis obligé, avec mes quatre mille livres de rentes, de vivoter dans les mêmes lieux où deux ans auparavant , j'étalais tout le luxe de l'opulence 3 maintenant, voyez si je dois être l'ennemi déclaré des eaux sulfureuses , source première de tous mes malheurs. ^
CHONCHON
Le v'ià qui revient sur l'eau , c est de la calomnie !
MUGIME.
C'est affreux , de venir décrier les eaux devant des personnes malades !
DLPUIS.
Eh ! madame ! vous n'êtes pas plus malade que moi.
YlUGIME.
Je ne suis pas malade ! je ne suis pas malade ! ah! mes nerfs! mes nerfs !