‹ Polichinelle aux eaux d'EnghienChapitre 9 sur 21 · LA BARONNE · texte numérisé non relu

LA BARONNE

Ya mein lierr î

EMMA. '

Et s'il nous plait à nous d'être malades.

CHONCHON

Oui , si ca leur fait plaisir ! est ce qu'on est pas libre ?

VlRGlNiË.

Et les distractions , monsieur , croyez-vous (ju'on peut se passer de distractions ?

DUPT is.

Eh ! madame ! quand on veut des distractions , on va à Paris ! ou y trouve les bals , les concerts , les spectacles !

CHONCHO??.

Oli ! le spectacle. L'autre jour, j'y ai tetéavec ma nourrice, an tliéâtre français. Ça m'aurait bien diverti, si j'y avais compris queuqu'chose. Il j avait là une dame, qui dieu me pardonne, élait amoureuse de monsieur son fils. Un beau brun , qui s'appelait Polyte , et qui était babillé avec une petite blouse en c;'licot. C'était son costume de cbasse. Mais lui , il n'voulait pas élre amoureux d'sa mère , p;!rce que c'était mal , et qu'elle était plus âgée que lui. Elle lui disait , car j'ai de la mémoire moi , je n'perds rien quand j'vais au spe(;tacle.

)) Oui , prince , je laiicîuis , j'siiis tout' flamme pour Thésée.

Tbésée , c'était son mari, un bon homme.

» Je r.n'me, non pas tt'l qu'on l'a vti dans l'enfer, » Brûler à petit ieu pour madanje LiiciJer.

Fallait qu'il eut l'diable au corps , par exemple.

» Mais tendre, doucereux et sensible et farouche, » Les yeux bien amoureux et même un p'tit peu louches, » Charmant, jeune, bien mis, eu jianfalon chamois, » Tel qu'on dépeint nos dieux, et tel que je vous vois. » 11 avait votre nez , vot' toupet, vot' langage. . .

Via tout c'que j'ai r'tenu , je n'en sais pas davantage.

CHOEUR

Air : F'audevi.lc du Covite Ory .

C'est charmant, Quel talent Tragique, Coniiiiue, C'est vraiment Fort.araiisant, Et surtout très-ressemblant.

DUPUIS

Paix donc , mesdames ! cette petite fille ne va-t-elle pas se figurer aussi qu'elle est coiuédieime! ah! comme le dit souvent un financier de mes amis ; ( i). « Messieurs les jeunes gens » qui suivent le ihéâires'imaginent qu'ilsonl tout cequ'il faut » pour jouer la comédie. Ils ne se doutent pas que pour avoir » du talent , il faut du naturel, de la chaleur , et surtout une » prononciation pure. Et les gestes, les gestes. Je connais » tel comédien , par exemple , qui ne peut jouer une scèue » sans frapper du pied et sans se battre le ventre. Messieurs,

(i) Ici l'aeteur, charge de ce rôle, imite M. Dbvigky, du Théâtre Français.

( >7 ) V messieurs, disait ce comédien de mes amis, ce n'est paa » comme cela qu'on joue la comédie, a

CHOEUR

' Même air.

C'est cliarmaat !

Quel talent

Unique,

Comique , Ce serait jdus amusant , Si c'était moins lessemblant.

DUPUIS

Tenez , en ce moment , on voit à Paris une merveille , qui

fait l'admiration de tous les gens de goût. Il n'est qu'un cri

dans la Chaussée d'Amin , voire même dans le Faubourg St.-

Germain , sur le Polichinelle vampire de la Porte St. -Martin!

TOUS

Polichinelle î

CHONCHON

Ah! ça, c'est vrai, THirondelle l'a été voir j il m'en a dît des choses ! . . . il fait des sauts , des écarts ! il va à clochepied sur une échasse , il fait l'coq , et puis on lui coupe la télé ! oh! c'est bien amusant.

DUPUIS

L'acteur par excellence , c'est Polichinelle vampire ! toutes les femmes eu raffoUentj c'est lui qui est un fameux médecin 5 à vous , madame , il vous faut de la distraction , allez voir Polichinelle j à vous, il vous fiiut des émotions, courrez voir Polichinelle ; vous , Mili<«<y, vous voulez rire, allez voir Polichinelle 3 Polichinelle, et toujours Polichinelle.

MlLAIiY.

Alors, je voulais voir Polichinelle.

MILOaD.

Me voilà prêt.

LA BAKONNE.

Et moi ya !

DUPUIS

Les Célérifèrcs vont parur. Bon voyage. (Il sort. Milord et JSIilady sortent aussi).

CHONCHON

Ehî bien , vlà mon mariage qui tombe dans l'eau. Polichinelle. 3

( i8) SCÈNE VIII.

LA BARONNE , Mad. COSAROFF , VIRGINIE , EMMA, POIL -DE -CHÈVRE, M. ei Mad. SE- MOUILLE , DUNOYAU , baigneurs et baigneuses , le docteur FONTAINE.

LE DOCTEUR , en dehors.

Me voilà ! me voilà !

CHONCHON

Ah ! voilà le docteur -, il arrive à propos. LE DOCTEUR, entrant.

Serviteur à mes aimables malades.

TOUS , se pressant autour du docteur.

Ah ! mon cher docteur !

LE DOCTEUR , les regardant.

Je sais ce que vous avez.

SEMOUILLE.

C'est que

LE DOCTEUR , se tournant de son côté.

Je sais ce que vous avez, vous dis-je? Voyons le pouls. (// commence par la première personne à droite). Le pouls est vif, prenez des eaux j le pouls est lent , prenez des eaux ; le pouls est assez réglé , il faut prendre des eaux • le pouls est inégal, des eaux; le pouls est fort , des eaux ; le pouls est faible , des eaux.

SEMOUlI.rȔ.

C'est donc un remède universel?

LE DOCTEUR

Universel est le mot.

CHONCHON

Croyez ça et buvez de l'eau.

LE DOCTEUR

Air : Vaudeville de la route de Poissy.

Les eaux , les eaux ,

Vivent les eaux!

Que tout le monde, A la ronde, Pour se guérir de tous ses maux , Yieuue ici prendre les eaux.

Oui, ce remcJe est sans ésral; ^ 11 guetit toute maladie.

Et surtout cette épidémie Qu'on appelle ennui conjugal.

Quand un pareil mal assiège Deux époux, je dis soudain :

Que l'un parle pour Biirî-ge, L'autre pour les eaux d'Eughiea.

Les eaux, les eaux, etc.

De langueurs tout h coup surpris, Quelquefois nn'tendron novice S'eovelopiie de sa pelisse, Et pour les eaux quitte Paris; Puis des eaux à la sourdine, La lîelle prenant congé.

Revient la taille plus liue, Et d'un air plus dégagé.

Les eaux , les eaux, etc.

Va-t-on voir un peu trop matiu A Paris aimable coquette.

Une adroit, et jeune soubrette Vous répond : madame est au baia.

Lorsqu'on craint une disgrâce.

On tient le même propos; On ne perd jamais sa place, Mais on va prendre les eaux.

Les eaux, les eaux ,

"Vivent les eaux!

Que tout le monde, A la ronde, Pour se guérir de tous ses maux, Vienne ici prendre les eaux.

CHONCHON

Mais, M. Fontaine, vous ne savez donc pas que tout le monde vous quille ; ils veulent partir pour Paris , tâchez de les guérir de colle maladie-là.

LE DO Cl EUR.

Commeni! comment , vous pariez ! et vos santés,

CHOKCHON.

Il s'agit bien de santé ! il s'agit de voir Polichinelle 1

VIKGIME

Oui, M. Fontaine, nous vous quittons pour Polichinelle.

LE DOCTEUR

Pour Polichinelle ! .. .

CHONCHON

Laissez-les partir , l'Hirondelle vient de vous en araeuei* d'autres ; en v'ià la liste.

( 20 ) LE DOCTEUR

Voyons. (i7 lit). Que vois-je ! Gustave ici ? je le croyais brouillé avec son oncle Dupuis ; oh ! la bonne idée pour les arrêter! Eh! bien, mesdames, sacrifiez votre sauté, quittez mon établissement sanitaire, allez à Paris pour voir Policliinelle ; mais vous ne l'y trouverez plus.

TOUS

Gomment ?

LE DOCTEUR

Il vient d'arriver toul-à-l'heure à Enghien. TOUS.

Polichinelle est ici?...

CHONCHON , au docteur.

C'est donc ce farceur que l'Hirondelle a amené ce matin?

LE DOCTEUR

C'est lui-même.

CHONCHON

Je l'ai vu à la source.

VIRGINIE

Alors , nous restons, (ils reviennent tous).

CHONCHON

V'I^ qu'est joliment heureux, {regardant à la cantonnade). Eh! mais tenez le v'ià qui vient par ici.

LE DOCTEUR , à part avec embarras.

Ah! diable ! il u l.">i averti de rien. Mesdames, je dois vous dire qu'il est ic incoguiio, ainsi (\\\\\ ne .s'apperroive pas que j'ai trahi son secret. [^ pari), \o\\k du moins leur départ retardé, (haut). A ce soir. (// sort en chantant). Allons tout employer pour les retenir.

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