LA BARONNE
Ya mein lierr î
EMMA. '
Et s'il nous plait à nous d'être malades.
CHONCHON
Oui , si ca leur fait plaisir ! est ce qu'on est pas libre ?
VlRGlNiË.
Et les distractions , monsieur , croyez-vous (ju'on peut se passer de distractions ?
DUPT is.
Eh ! madame ! quand on veut des distractions , on va à Paris ! ou y trouve les bals , les concerts , les spectacles !
CHONCHO??.
Oli ! le spectacle. L'autre jour, j'y ai tetéavec ma nourrice, an tliéâtre français. Ça m'aurait bien diverti, si j'y avais compris queuqu'chose. Il j avait là une dame, qui dieu me pardonne, élait amoureuse de monsieur son fils. Un beau brun , qui s'appelait Polyte , et qui était babillé avec une petite blouse en c;'licot. C'était son costume de cbasse. Mais lui , il n'voulait pas élre amoureux d'sa mère , p;!rce que c'était mal , et qu'elle était plus âgée que lui. Elle lui disait , car j'ai de la mémoire moi , je n'perds rien quand j'vais au spe(;tacle.
)) Oui , prince , je laiicîuis , j'siiis tout' flamme pour Thésée.
Tbésée , c'était son mari, un bon homme.
» Je r.n'me, non pas tt'l qu'on l'a vti dans l'enfer, » Brûler à petit ieu pour madanje LiiciJer.
Fallait qu'il eut l'diable au corps , par exemple.
» Mais tendre, doucereux et sensible et farouche, » Les yeux bien amoureux et même un p'tit peu louches, » Charmant, jeune, bien mis, eu jianfalon chamois, » Tel qu'on dépeint nos dieux, et tel que je vous vois. » 11 avait votre nez , vot' toupet, vot' langage. . .
Via tout c'que j'ai r'tenu , je n'en sais pas davantage.
CHOEUR
Air : F'audevi.lc du Covite Ory .
C'est charmant, Quel talent Tragique, Coniiiiue, C'est vraiment Fort.araiisant, Et surtout très-ressemblant.
DUPUIS
Paix donc , mesdames ! cette petite fille ne va-t-elle pas se figurer aussi qu'elle est coiuédieime! ah! comme le dit souvent un financier de mes amis ; ( i). « Messieurs les jeunes gens » qui suivent le ihéâires'imaginent qu'ilsonl tout cequ'il faut » pour jouer la comédie. Ils ne se doutent pas que pour avoir » du talent , il faut du naturel, de la chaleur , et surtout une » prononciation pure. Et les gestes, les gestes. Je connais » tel comédien , par exemple , qui ne peut jouer une scèue » sans frapper du pied et sans se battre le ventre. Messieurs,
(i) Ici l'aeteur, charge de ce rôle, imite M. Dbvigky, du Théâtre Français.
( >7 ) V messieurs, disait ce comédien de mes amis, ce n'est paa » comme cela qu'on joue la comédie, a
CHOEUR
' Même air.
C'est cliarmaat !
Quel talent
Unique,
Comique , Ce serait jdus amusant , Si c'était moins lessemblant.
DUPUIS
Tenez , en ce moment , on voit à Paris une merveille , qui
fait l'admiration de tous les gens de goût. Il n'est qu'un cri
dans la Chaussée d'Amin , voire même dans le Faubourg St.-
Germain , sur le Polichinelle vampire de la Porte St. -Martin!
TOUS
Polichinelle î
CHONCHON
Ah! ça, c'est vrai, THirondelle l'a été voir j il m'en a dît des choses ! . . . il fait des sauts , des écarts ! il va à clochepied sur une échasse , il fait l'coq , et puis on lui coupe la télé ! oh! c'est bien amusant.
DUPUIS
L'acteur par excellence , c'est Polichinelle vampire ! toutes les femmes eu raffoUentj c'est lui qui est un fameux médecin 5 à vous , madame , il vous faut de la distraction , allez voir Polichinelle j à vous, il vous fiiut des émotions, courrez voir Polichinelle ; vous , Mili<«<y, vous voulez rire, allez voir Polichinelle 3 Polichinelle, et toujours Polichinelle.
MlLAIiY.
Alors, je voulais voir Polichinelle.
MILOaD.
Me voilà prêt.
LA BAKONNE.
Et moi ya !
DUPUIS
Les Célérifèrcs vont parur. Bon voyage. (Il sort. Milord et JSIilady sortent aussi).
CHONCHON
Ehî bien , vlà mon mariage qui tombe dans l'eau. Polichinelle. 3
( i8) SCÈNE VIII.
LA BARONNE , Mad. COSAROFF , VIRGINIE , EMMA, POIL -DE -CHÈVRE, M. ei Mad. SE- MOUILLE , DUNOYAU , baigneurs et baigneuses , le docteur FONTAINE.
LE DOCTEUR , en dehors.
Me voilà ! me voilà !
CHONCHON
Ah ! voilà le docteur -, il arrive à propos. LE DOCTEUR, entrant.
Serviteur à mes aimables malades.
TOUS , se pressant autour du docteur.
Ah ! mon cher docteur !
LE DOCTEUR , les regardant.
Je sais ce que vous avez.
SEMOUILLE.
C'est que
LE DOCTEUR , se tournant de son côté.
Je sais ce que vous avez, vous dis-je? Voyons le pouls. (// commence par la première personne à droite). Le pouls est vif, prenez des eaux j le pouls est lent , prenez des eaux ; le pouls est assez réglé , il faut prendre des eaux • le pouls est inégal, des eaux; le pouls est fort , des eaux ; le pouls est faible , des eaux.
SEMOUlI.rȔ.
C'est donc un remède universel?
LE DOCTEUR
Universel est le mot.
CHONCHON
Croyez ça et buvez de l'eau.
LE DOCTEUR
Air : Vaudeville de la route de Poissy.
Les eaux , les eaux ,
Vivent les eaux!
Que tout le monde, A la ronde, Pour se guérir de tous ses maux , Yieuue ici prendre les eaux.
Oui, ce remcJe est sans ésral; ^ 11 guetit toute maladie.
Et surtout cette épidémie Qu'on appelle ennui conjugal.
Quand un pareil mal assiège Deux époux, je dis soudain :
Que l'un parle pour Biirî-ge, L'autre pour les eaux d'Eughiea.
Les eaux, les eaux, etc.
De langueurs tout h coup surpris, Quelquefois nn'tendron novice S'eovelopiie de sa pelisse, Et pour les eaux quitte Paris; Puis des eaux à la sourdine, La lîelle prenant congé.
Revient la taille plus liue, Et d'un air plus dégagé.
Les eaux , les eaux, etc.
Va-t-on voir un peu trop matiu A Paris aimable coquette.
Une adroit, et jeune soubrette Vous répond : madame est au baia.
Lorsqu'on craint une disgrâce.
On tient le même propos; On ne perd jamais sa place, Mais on va prendre les eaux.
Les eaux, les eaux ,
"Vivent les eaux!
Que tout le monde, A la ronde, Pour se guérir de tous ses maux, Vienne ici prendre les eaux.
CHONCHON
Mais, M. Fontaine, vous ne savez donc pas que tout le monde vous quille ; ils veulent partir pour Paris , tâchez de les guérir de colle maladie-là.
LE DO Cl EUR.
Commeni! comment , vous pariez ! et vos santés,
CHOKCHON.
Il s'agit bien de santé ! il s'agit de voir Polichinelle 1
VIKGIME
Oui, M. Fontaine, nous vous quittons pour Polichinelle.
LE DOCTEUR
Pour Polichinelle ! .. .
CHONCHON
Laissez-les partir , l'Hirondelle vient de vous en araeuei* d'autres ; en v'ià la liste.
( 20 ) LE DOCTEUR
Voyons. (i7 lit). Que vois-je ! Gustave ici ? je le croyais brouillé avec son oncle Dupuis ; oh ! la bonne idée pour les arrêter! Eh! bien, mesdames, sacrifiez votre sauté, quittez mon établissement sanitaire, allez à Paris pour voir Policliinelle ; mais vous ne l'y trouverez plus.
TOUS
Gomment ?
LE DOCTEUR
Il vient d'arriver toul-à-l'heure à Enghien. TOUS.
Polichinelle est ici?...
CHONCHON , au docteur.
C'est donc ce farceur que l'Hirondelle a amené ce matin?
LE DOCTEUR
C'est lui-même.
CHONCHON
Je l'ai vu à la source.
VIRGINIE
Alors , nous restons, (ils reviennent tous).
CHONCHON
V'I^ qu'est joliment heureux, {regardant à la cantonnade). Eh! mais tenez le v'ià qui vient par ici.
LE DOCTEUR , à part avec embarras.
Ah! diable ! il u l.">i averti de rien. Mesdames, je dois vous dire qu'il est ic incoguiio, ainsi (\\\\\ ne .s'apperroive pas que j'ai trahi son secret. [^ pari), \o\\k du moins leur départ retardé, (haut). A ce soir. (// sort en chantant). Allons tout employer pour les retenir.