BANQUET PIERRE MARTIN
grande et puissante découverte. Plus imporlanlc qu'on ne saurait rimaginer, si Ton songe qu'en moins de trente années, de 1880 à 1908, la production de l'acier Martin a bondi : en France, de 160.000 a près d'un million de tonnes; en Allemagne, de 36.000 à près de 4 millions de tonnes; en Grande-Bretagne, de 2oo.000 au même chiffre de près de 4 millions ; aux Etats- Unis, de 102.000 à près de 8 millions de tonnes, et, pour la production universelle, de 642.000 à 18.925.000 tonnes, si bien que l'acier Martin représentait, en 1908, ol p. 100 de Taçier de toutes catégories produit dans le monde entier.
Devant ces chiffres éloquents, comment les compatriotes de Pierre Martin et plus encore ses collègues, se défendraient-ils dun légitime sentiment de fierté?
La grande famille des ingénieurs français revendique, en effet, avec orgueil, Pierre Martin pour un des siens. Il lui appartenait, si j'ose dire, par droit de naissance. Ses grands-pères paternel et maternel, son père, son oncle eurent leurs noms associés aux débuts de notre Ecole Polytechnique et au développement de quelquesunes de nos plus grandes entreprises industrielles : leP.-L.-M. et Fourchambault.
Ce n'est pas diminuer les mérites du grand inventeur que nous fêtons ce soir, c'est les apprécier plus exactement, c'est répondre, j'en suis sûr, à ses vœux intimes, qu'associer à sa
gloire ceux qui, avant lui, perlèrent le nom qu'il a illustré, et qui, de leur influence directe ou par les voies mystérieuses de l'hérédité, contribuèrent à former son génie.
Le pays, Monsieur, vous est reconnaissant moins encore des profits énormes que lui a, sous toutes les formes, apportés votre découverte, que du surcroît de prestige qu'elle lui a valu et dont la présence à cette fête des représe^ntants de Tindustrie étrangère nous est un précieux témoignage.
Aussi est-ce avec la conviction d'acquitter une dette nationale que j'ai la joie, au nom de M. le Président de la République, de vous remettre la croix dorficier de la Légion d'honneur.