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resterez les maîtres, tant qu'il y aura des étrennes.
Il y a une dernière question que vous avez abordée. Yous m'avez demandé de nommer une commission. Les commissions, on peut en dire ce qu'Esope disait de la langue, qu'elles sont, ou la meilleure ou la pire des choses. Il est arrivé rarement peut-être, mais enfin il est arrivé, quand une question paraissait difficile et qu'on éprouvait le désir d'éluder des responsabilités difficiles, qu'on nommât une commission pour étudier la question. {Rires.)La. commission était nommée, et la question n'était pas toujours résolue. {Nouveaux rires.)
Mais de votre proposition, je ne veux retenir que l'idée même qui l'a inspirée, et qui me va au cœur parce que c'est une idée, vous le savez, à laquelle je suis de longtemps tout entier acquis. Pourquoi avez-vous demandé une commission pour étudier les questions qui vous touchent? Parce que vous pensez que pour préparer les réformes qui intéressent le personnel et le service la collaboration du personnel est indispensable.
C'est tout à fait mon avis. {Applaudissements.) Je suis convaincu, je n'ai pas perdu une occasion de le dire et de le répéter, que dans une grande administration comme la nôtre, la collaboration du personnel à tous les degrés est absolument indispensable [applaiidisseinents), que
c'est pour les chefs un élément de succès des réformes qu'ils étudient, comme un élément de force au point de vue même de l'administration et des rapports entre les chefs et le personnel. {Applaiidisse?nents.)
Sous quelle forme assurer cette collaboration du personnel? En 1901, quand je vous ai vus pour la première fois, au moment oii votre association venait de se former, ah! la collaboration du personnel se faisait sous la forme la plus simple, la plus naturelle, la plus aisée. Trois grandes associations à la naissance desquelles vous avez bien voulu rappeler que je n'étais pas demeuré étranger englobaient, on peut le dire, à peu près l'ensemble des trois grandes catégories du personnel : le Syndicat des ouvriers, l'Association des agents, l'Association dessousagents ; à ce moment-là , le fait et le droit étaient en complet accord. Il faut bien reconnaître qu'en 1909 il n'en est plus de même : d'abord, le droit et le fait sont en ce moment dans une singulière désharmonie. Je suis à la tête d'une administration dans laquelle se présente ce spectacle paradoxal que je ne suis pas fâché de signaler publiquement à mes amis républicains du Parlement, il v a dans l'administration des postes, trois syndicats : un syndicat légal, c'est le syndicat des ouvriers; un autre, que je n'ai pas besoin de désigner plus clairement, qui est illégal et toléré, et puis un troisième, c'est le
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syndicat des agents, qui est illégal et poursuivi. [Rires.) Eh! bien, tout le monde reconnaîtra que c'est là une situation qui ne peut pas se prolonger. Le gouvernement en a eu le sentiment profond, et, dans sa déclaration môme, il a souligné la nécessité urgente qui lui apparaissait, de régler enfin la question des fonctionnaires par le vote de leur statut. [Applaudissements .)
Ce jour-là — et je réponds ainsi à une préoccupation bien légitime et bien naturelle chez vous, — ce jour-là, quand on aura fait disparaître au point de vue légal les traces d'un passé qu'il n'y a intérêt pour personne à maintenir, ce jour-là, d'accord, j'en suis sûr, entre le Parlement et le Gouvernement, il sera possible — et tout le monde en sera heureux — de pousser plus loin encore que je n'ai pu le faire, la clémence, l'oubli et l'apaisement. [Appiaudissements.)
Ces troubles, ces désordres que je viens de signaler, ont eu pour conséquence entre autres, dans l'administration des Postes, cette efflorescence d'associations que je signalais le jour même où je prenais contact à nouveau avec l'administration des Postes ; ce n'était plus 3 associations que je retrouvais, c'en était 30 et plus. [Rires.)
Eh ! bien, ces 30 associations sont assurément, quand elles sont constituées légalement, tout à fait qualifiées pour se mettre en rapport comme la vôtre, avec le ministre, avec les chefs
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de service, pour leur faire entendre leurs revcndi-] cations, leurs doléances, et il en sera ainsi pour' toutes demaiti, comme aujourd'hui et comme hier. Seulement, s'il est vrai, comme j'en suis profondément convaincu, que la collaboration du personnel est une condition nécessaire à la bonne marche du service, s'il est utile, s'il est indispensable au ministre et à ses' collaborateurs directs, les chefs de service, de connaître la pensée exacte du personnel, de savoir ce qu'il pense et sur les réformes et sur les améliorations projetées, de stimuler et de provoquer au besoin ses initiatives et ses propositions, encore faut-il que nous en ayons le moyen, encore faut-il que le ministre puisse dégager avec certitude la pensée noi>' seulement du personnel en général, mais des diverses catégories du personnel. Comment y arriver ?
Eh! bien, il m'a paru qu'il n'y avait pas de moyen meilleur et de procédé plus sûr à mettre en pratique, que celui-là môme qu'il y a bientôt dix ans, avec un homme dont vous avez tout à l'heure rappelé le nom aux acclamations de cette salle, j'ai préconisé, dans le projet que Waldeck-Rousseau et moi avons déposé sur les règlements amiables des conflits du travail dans l'industrie privée, — le procédé dont, en ce' moment même, je poursuis l'application au-j près des grandes compagnies de chemin de fer.| Et quel est-il donc? Il est bien simple : c'est
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d'appeler le personnel lui-même à choisir, à élire ses délégués. Que toutes les catégories du personnel, par département, par région, élisent leurs délégués, et que ces délégués puissent, à des époques réglées et périodiques, venir trouver les chefs de service, le ministre, leur signaler ce qu'ils désirent, faire connaître leur avis sur les améliorations poursuivies dans le service, à tous les points de vue, c'est, il me semble, le procédé à la fois le plus correct et le plus sûr, pour le personnel et pour le ministre lui-même, d'établir entre les chefs et le personnel tout entier, cette collaboration à laquelle je tiens pardessus tout, non seulement dans votre intérêt, mais dans l'intérêt du public lui-môme. {Vifs applaudissements .)
Ne croyez pas — et que personne au dehors ne croie — qu'une pareille institution puisse, à aucun degré, diminuer dans le personnel l'esprit de discipline. S'il en devait être ainsi, je serais le premier à l'écarter. J'ai le sentiment profond de mes devoirs, et je sais que, dans une grande administration comme la nôtre, une discipline étroite et rigoureuse est une condition essentielle, indispensable, mais j'entends aussi que cette discipline, tout le monde en comprenne, en sente et en accepte la nécessité. (^/?plaudissements.) Ce n'est pas d'une discipline imposée par la rigueur, subie à contre-cœur, que je veux, quapt à moi, dans l'administration que
je dirige, c'est d'une discipline comprise, je le repète, acceptée et consentie par tous, comme une nécessité pour la bonne marche du service dont tous nous sommes, chacun à notre place, les collaborateurs dévoués. [Applaudissements .)
C'est cette entente étroite, c'est cette collaboration intime, que la fête de ce soir met en plein relief. C'est pourquoi j'ai été si heureux de me rendre à votre appel. C'est pourquoi je remercie de tout cœur les membres du Parlement qui ont pu, par eux-mêmes, se rendre compte ce soir, quel est l'esprit qui anime ce grand personnel attaché à ses devoirs, profondément républicain, qui attend simplement que chacun de ses membres ait sa part légitime des avantages dus par la République à tous les travailleurs, qu'ils aient pour employeur l'Etat ou un industriel privé. [Applaudissements .)
C'est à l'entente intime, c'est à la collaboration étroite de tous ceux qui, à un titre quelconque, ont l'honneur de faire partie de l'administration des Postes et des Télégraphes, que je veux lever mon verre ; c'est à vous, mes- chers collaborateurs, c'est à l'Association générale des sous-agents, c'est à tous les membres de cette grande administration des Postes, des Télégraphes et des Téléphones à la tête de laquelle je suis heureux et fier d'être placé ! ( Vifs applaudissements.)