AU SYNDICAT DES ENTREPRENEURS
(ais ici allusion à une de vos préoccupations les [lins vives et les plus légitimer — en vue de la quantité de travail à produire, en vue du rendement.
Qui dit salaire déterminé dit rendement corrélatif. [Applaudissements. )
Vous avez tout à l'heure parlé, mon cher Président, de paroles de violence, d'excitations contre lesquelles vous vous êtes élevé, vous n'avez pas douté que je ne partageasse là-dessus vos idées, vous avez eu raison. Voici, hélas! pas mal d'années que je m'occupe de politique; j'ai eu l'occasion de prendre la parole dans beaucoup d'assemblées, et des plus diverses; je puis me rendre cette justice que je n'ai jamais parlé dé ces violences et de ces appels à la force que pour les réprouver et les stigmatiser. [Applaudissements.)
Mais, laissez-moi le dire — et je voudrais que ces paroles, en même temps qu'elles frappent les oreilles de patrons, fussent entendues de tous leurs ouvriers — si je condamne la violence parce qu'elle est mauvaise pour ceux-là surtout clans l'intérêt desquels on prétendrait l'employer, il y aurait quelque chose de plus haïssable que la violence ouverte, c'est l'hypocrite tactique qui consisterait à signer un contrat et à ne pas l'exécuter, à recevoir un salaire et à ne pas accomplir la tâche pour laquelle on est payé. [Applaiidissetiients .)
Ce n'est pas français parce que ce n'est pas franc et, s'il fallait choisir entre deux maux, j'aimerais encore mieux la violence que le sabotage, pour l'appeler par son nom, [Applaudissements.)
Mais il est heureusement possible d'éviter l'une comme l'autre. Vous avez. tout à l'heure,' Monsieur le Président, prononcé le nom d'un de nos convives : M. Villemin, qui m'apportait, il' a quelques semaines, une petite brochure extrêmement intéressante contenant les clauses d'un contrat que les entrepreneurs du bâtiment à Paris ont passé avec leurs ouvriers. Il reconnaît en termes formels la nécessité de l'équivalence du travail et du salaire.
Condition indispensable, car, pour qu'il y ait entente entre les collaborateurs d'une même œuvre, entre ouvriers et patrons, et cette entente e«t la condition nécessaire du succès de toute entreprise, il faut qu'il y ait des deux côtés-égale loyauté.
Aussi bien l'équivalence du travail et du salaire se trouve écrite, implicitement, mais certainement, dans les bordereaux de salaires joints aux cahiers des charges de vos entreprises.
Ces bordereaux de salaires, il peut se faire que le cours du temps démontre la nécessité de les reviser. Dans quelles conditions Seront-ils r('vi^<^? Dans les conditions mêmes on ils ont
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été établis. Pour les reviser comme pour les établir, ce seront les représentants des (leux parties, réunis dans une Commission mixte, qui constateront les prix nouveaux et lorsqu'ils les auront constatés... ah! je touche ici à un point délicat qui vous préoccupe avec raison, Messieurs les entrepreneurs, et sur lequel, comme sur les autres, j'entends dire sans ambages mon entière pensée.
Quand les bordereaux de salaires auront été revisés, lorsque leur revision aura établi l'augmentation des prix de la main-d'œuvre, quelle va être la situation de l'entrepreneur? Quel va être son droit vis-à-vis de l'Etat dont il a accepté le cahier des charges de l'adjudication? Devrat-il, sans avoir le droit de réclamer, supporter une augmentation indéfinie ou, au contraire, n'aura-t-il pas le droit de dire à l'Etat : « J'ai traité dans des conditions précises, les conditions sont changées, je demande que de même que les prix de la main-d'œuvre ont changé, les prix que vous me payez soient modifiés »?
Voilà la question.
J'y réponds avec une complète netteté; j'estime que le premier devoir de l'Etat est de se comporter en honnête homme, c'est-à-dire de tenir ses engagements comme il entend que ceux avec lesquels il traite tiennent eux-mêmes leurs engagements. [Applaudissements.)
Il figure, dans vos cahie^rs dos charges une
clause qui prévoit le plus souvent que, si le prix, de la main-d'œuvre a augmenté de plus de 33 p. 100, vous pouvez vous retourner vers l'adminislralion et lui demander ou la résiliation du contrat ou Taugmenlation des prix.
Mais une question a surgi. Si ce droit vous est reconnu en théorie, comment, en fait, vous sera-t-il permis de Texercer? L'Etat ne peut-il pas se fermer les yeux, se boucher les oreilles pour éviter de constater que les prix ont changé ? Ou, au contraire^ lorsqu'il est averti que les prix ont augmenté et augmenté dans les proportions prévues par le cahier des charges, en deçà desquelles vous saviez devoir supporter les augmentations de salaires, mais passé lesquelles votre droit naissait, l'Etat peut-il, comme si rien ne s'était passé, continuer à exiger de vous l'accomplissement de vos obligations sans rien modifier aux conditions du cahier des charges?
Ma réponse est simple : non, l'État n"a pas ce (h'oit. [Applaudissements .)
Une fois faite la constatation que les charges qui vous incombent sont arrivées au point où, en vertu du cahier des charges, vous avez le droit de demander des modifications aux conditions de votre marché, c'est pour l'Etat un devoir de probité élémentaire que de s'acquitter du | devoir que lui impose le cahier des charges qu'il a librement proposé à votre acceptation et de modifier les prix qu'il vous paye comme vous-
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' mêmes avez dû modifier les prix que vous payez à vos ouvriers. [Applaudissements.)
C'est, à mon avis, dans ces conditions et dans ces conditions seulement que peuvent et doivent s'exécuter en toute loyauté les contrats que l'Etat passe avec vous.
Mais l'Etat, s'il doit se comporter en honnête homme, a pour devoir aussi et pour devoir impérieux de défendre les deniers des contribuables. Il est bien facile à TEtat de consentir à des augmentations des prix; celui qui paie n'est pas celui qui signe. Il faut donc qu'il n'y ait, et je le dis très nettement devant les honnêtes p,ens que vous êtes, aucune possibilité d'entente, de collusion qui puisse conduire à des augmentations de salaires susceptibles de faire élever les prix de l'adjudication, et c'est pourquoi, au lieu de cette condition courante en vertu de laquelle, si les salaires augmentent de plus de 33 p. 100, immédiatement les prix d'adjudication sont à leur tour susceptibles d'augmentation, je préférerais de beaucoup une clause qui stipule que, lorsque la dépense totale de l'entreprise est augmentée dans telle proportion par suite de l'augmentation de la main-d'œuvre, alors l'entrepreneur a droit de réclamer ou la résiliation d'un contrat qui n'est plus celui qu'il a passé ou l'augmentation des prix qu'il a acceptés.
En un mot comme en cent, il faut que les contrats soient loyalement exécutés et c'est, en
somme, cetle exécution loyale des contrats qui est la sauvegarde la plus sûre, non pas seulement pour les entrepreneurs, mais pour l'Etat lui-même. II n'est pas, en effet, de spéculation plus dangereuse et plus décevante pour l'État que celle qui consisterait à imposer à ses entrepreneurs les conditions les plus dures possibles, ; même s'il apparaît que personne ne puisse pra- ] tiquement les respecter, en se disant qu'après tout l'entrepreneur se tirera d'afTaire comme il pourra.
S'il s'en tire, c'est au détriment, soit de la main-d'œuvre, soit de la qualité des travaux, à moins que ce ne soit des deux, et, s'il ne s'en tire pas, c'est l'État en définitive qui paiera les frais dé ce mauvais calcul, puisqu'il devra s'adresser à d'autres, que les travaux dureront plus longtemps et reviendront plus cher à l'Etat, c'est-à-dire au contribuable.
Donc loyauté complète, de part et d'autre, entre l'État et les entrepreneurs dans la façon dont les adjudications sont faites et dont, une fois faites, les travaux sont conduits. A-'oilà la règle qui, à mi^n avis, comme à celui de tous nos collaborateurs, s'impose à nous dans l'intérêt général.
Et c'est, pour le ministre qui vous parle, une très grande joie que d'avoir pour auxiliaires des hommes comme ceux que je vois autour de moi. Je connais de longue date votre Chambre syn-