‹ Politique de réalisations [par] A. MillerandChapitre 59 sur 73 · SOCIÉTÉ D'HISTOIRE DE LA RÉVOLUTION · texte numérisé non relu

SOCIÉTÉ D'HISTOIRE DE LA RÉVOLUTION

A la campagnedes banquets qui avait sillonné la France de traits de feu, aux attaques dirigées par toutes les oppositions contre un régime qu'on accusait, de ne pas vouloir entendre la Voix du pays, le gouvernement avait opposé une confiance aveugle, un optimisme imperturbable: il en était cruellement réveillé. Quelle leçon pour les gouvernements et pour les majorités de tous les temps !

Si l'origine de la révolution de février est pleine d'enseignements, que dire de l'histoire même de la seconde République, de ces trois années si pleines, au début surtout, d'événements et d'idées?

Michel de Bourges, à la tribune de la Législative, disait un jour : « Je n'aime la République que si elle me promet la conciliation de ces deux forces ennemies et solidaires : le capital et le travail », et il marquait ainsi d'un trait fort ce qui a été, en effet, à ses débuts, la caractéristique, ce qui est resté l'honneur de la République de 1848.. C'est que les plus éminents de nos ancêtres d'alors avaient tout de suite aperçu quelle connexion intime, indissoluble liait la République, le suffrage universel elles réformes sociales, lis avaient aperçu dans une vue d'une justesse admirable, qu'on ne pouvait pas instaurer le suffrage universel, faire ce queduizot, dans sa superbe, appelait cette absurdité de donner à chaque citoven les mêmes droits poli-

tiques, sans qu'immédiatement, comme une conséquence fatale, surgît la nécessité de donner pour corollaire aux droits politiques dont on investissait chaque citoyen, des facultés élargies. Il ne se pouvait pas, — et les républicains de 48 le comprirent avec une grande clairvoyance faite autant de sentiment que de raison, — il ne se pouvait pas, pour reprendre le mot d'un illustre théoricien, que les mêmes hommes fussent à la fois misérables et souverains.

Du fait même qu'il proclamaitle suffrage universel, le peuple qui commettait cette glorieuse imprudence, s'imposait à lui-même le devoir impérieux de réaliser, au point de vue social, toutes les réformes qui, en donnant au citoyen la capacité morale, intellectuelle et les facultés matérielles suffisantes, le rendrait digne du pouvoir dont on l'investissait. [Applaudissements . )

Aussi le suffrage universel est à peine, proclamé que tous les problèmes sociaux sont abordés. On parlait tout à l'heure de cette œuvre admirable de l'enseignement à laquelle, sous la seconde République, le nom de Carnot est attaché, comme, sous la troisième, le nom de Paul Bert, celui de Jules Ferry et de tant d'autres.

En même temps que la question de l'enseignement, ce sont toutes les questions sociales : c'est la législation ouvrière qui apparaît, c'est l'abolition du marchandage, c'est la limitation

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