SOCIÉTÉ D'HISTOIRE DE LA RÉVOLUTION
(le la journée de travail, — c'est enfin ce pro- Ijlème capital que nous allons seulement — grâce à vous pour une grande partie, mon cher Ferdinand Dreyfus — résoudre demain par le vote du Sénat : celui des retraites ouvrières et paysannes, auquel, dès 1848, se lie un nom qui nous est deux fois cher : le nom de Waldeck Rousseau. {Applaudissements.)
Ce ne sont pas seulement les questions sociales proprement dites, comme celles que je viens d'énumérer, que la République de 1848 aborde avec la ferme volonté de les résoudre : ce sont, en même temps, les questions économiques que, hier à peine, la troisième République vient de mettre sur le chantier. Je veux parler de la question du rachat des chemins de fer qu'interrompaient à la tribune de la Législative les fusillades de Juin. La seconde République a donc abordé toutes les questions sociales, économiques, financières de l'étude et de la solution desquelles nous vivons encore en ce moment.
Voilà pourquoi, n'y aurait il que cet admirable effort, le souvenir de la seconde République devrait être, par nous, gardé avec un soin pieux. 11 nous est également précieux non seulement par ce que la République de 48 a fait, par ce qu'elle a tenté, par les mérites des hommes qui ont collaboré à son œuvre, mais, je le dis très haut, autant et plus encore peut-être.
par les défaillances, par les fautes, pour la plu-part inévitables, commises alors. Ces hommes, appelés à gouverner un peuple cftii passait en vingt-quatre heures du régime censitaire le plus étroit à la pleine mer du suffrage universel, ces hommes qui avaient l'ambition démesurée, mais merveilleuse, de réaliser sur l'heure tout leur' programme politique et social, ont ,vu l'œuvre à accomplir, ils ont regardé haul sans prendre toujours suffisamment garde auX' obstacles qui se trouvaient sous leurs pas et à C€iix qu'on y jetait. Alors comme aujourd'hui', plus qu'aujourd'hui, les réformes sociales se heurtaient aux , difficultés financières. Alors comme aujourd'hui ' plus qu'aujourd'hui peut-être, elles rencontraient des résistances aveugles, et lorsqu'un ministre des Finances, en quête de ressources, j recourait au procédé d'ailleurs peu heureux des 45 centimes sur les quatre contributions, 'tous j les intérêts qui, satisfaits la veille, s'inquiétaient des audaces du régime nouveau, s'api)liquaient | à exploiter la mesure, à la tourner contre la République, à semer autour d'eux la défiance et la crainte. Peu à peu surgissait- et grandissait cet adversaire redoutable qui s'appelle la peur, la peur contre laquelle personne ne peut rien, une fois qu'elle est déchaînée, et que. pour cette raison, un gouvernement prévoyant doit tout faire pour écarter — car un peufvle qui a peur] ne réfléchit plus, il ne raisonne pht-^ : il devient!
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la proie désignée de tous les aventuriers. (A/> Ijlcmdissements.).
11 y a enfin unq troisième et dernière leçon, ce n'est pas la moins précieuse, que nous a léguée la seconde Rép.ublique, c'est celle de sa disparition. Si, une nuit de décembre, un homme a pu surprendre et escamoter la Republique, il ne l'a pu — il faut le dire parce que c'est la vérité — que parce qu'il a eu pour complices, l'inditTérence et la désalïection générales. Nous sommes ici à quelque cents mètres de l'endroit oii eut lieu entre Baudin et un ouvrier du faubourg Saint-Antoine le bref et tragique dialogue clos par la parole historique de Baudin : « Vous allez voir comment on meurt pour 25 francs ». Par sa mort, Baudin léguait sans doute à l'avenir un exemple sublime et nécessaire. Il ne pouvait plus — il n'était plus temps, — éclairer un peuple que des fautes successives avaient détourné d'un régime dont il ne devait que plus tard — trop tÊird — reconnaître la valeur. Oui, c'est dans 1q réveil cruel de l'invasion, que le peuple de France s'est repris et a revendiqué l'héritage de la seconde République.
Vous avez dit, avec infiniment de raison, mon cher Président j et c'est par là que je veux terminer, que les jcépublicains que nous sommes ont deux devoirs essentiels : conserver toujours présent devant, les yeux un idéal, parce qu'on ne peut rien sans idéal, parce que pour bien
remplir même l'humble besogne de tous les jours, il faut regarder haut et loin [applaudissements) \(ii puis, pour servir utilement cet idéo.l, avoir le souci constant des réalités et des difficultés quotidiennes. 11 faut se préoccuper moins encore de ses amis et de ses partisans que de ses adversaires et surtout de cette masse indifférente, la majorité presque toujours, qu'il faut savoir peu à peu amener à soi et qu'il ne faut surtout jamais, par des imprudences ou par des exagérations aussi dangereuses qu'inutiles, détourner sinon dresser contre soi. {7V«?5 bien, très bien.)
Tel est le double devoir qui s'impose à nous : être des idéalistes, conscients et soucieux des réalités.
Je vous remercie et je vous félicite de vous être donné pour tâche, dans cette société de l'Histoire de la Révolution de 1848, de recueillir les documents, les souvenirs, les actes et les idées qui, pendant trois ans, ont animé et fait vivre nos ancêtres. Vous travaillez, de la sorte non seulement à faire rendrii justice à nos précurseurs, mais en môme temps à nous garantir contre les erreurs oi\ nous pourrions tomber demain. Votre œuvre nest pas seulement une œuvre de réparation et de justice pour le passé, elle est pour le présent et pour l'avenir une œuvre de sauvegarde et de salut.
Je lève mon verre à vos efforts, à vos succès, à laj prospérité de votre société, [Applaudissements.