INAUGURATION DU MONUMENT AD. COCHERY
Quatre fois il entre à Paris sans pavillon de parlementaire.
A un moment, le comte de Bismarck veut rompre les pourparlers sous le prétexte que l'insurrection qui a éclaté le 31 octobre dans la capitale s'est rendue maîtresse du Gouvernement. Cochery se porte fort de la fausseté du renseignement et, comme on insiste, il demande à se rendre à Paris pour le contrôler. « Ce serait vous envoyer à la mort, objecte M. de Bismarck. — Monsieur le Comte, riposté Cochery, nous n'en sommes pas, à ce moment, à ménager notre vie. »
Ce n'étaient pas de vaines paroles. On le vit bien quelques heures plus tard, lorsque, traversant la Seine au pont de Sèvres pour aller remplir la mission qu'il avait sollicitée, une double décharge de mousqueterie, partie de la rive prussienne, enveloi)pa la barque qui le portait.
Aux élections de février 1871, Cochery était envoyé à l'Assemblée nationale par la presque unanimité des suffrages du département du Loiret. Il ne devait plus cesser de le représenter jusqu'à sa mort, soit à la Chambre, soit au Sénat, en même temps qu'il entrait, pour n'en plus sortir, à l'Assemblée déj)artementale.
Adolphe Cochery a joué, dans le Parlement de la troisième République, un rôle considérable. Membre de nombreuses commissions, notamment de celle du budget, dont il fut trois fois le
rapporteur général, c'est en cette qualité qu'avec une précision et une vigueur de langage impressionnantes, il demandait, le 27 novembre 1877, le rejet des crédits supplémentaires qu'en ; l'absence des Chambres avait illégalement ouverts le ministère du 16 mai. Jusqu'à son dernier jour, Cochery se consacra à ses devoirs parlertientaires et, à près de quatre-vingts ans, il présidait au Sénat, avec une verdeur et une vivacité d'esprit qui faisaient l'admiration de tous, la Commission des Chemins de fer et la Commission des Douanes.
C'est surtout comme ministre des Postes qu'Adolphe Cochery a conquis la juste popularité qui entoure son nom. Et c'est à la mémoire du premier ministre des Postes français qu'au nom du gouvernement de la République, le ministre actuel des Postes apporte Thommage de la reconnaissance nationale.
Ce fut à la fm de 1877, sous là forme d'un sous-secrétariat d'Etat rattaché au ministère des Finances, en attendant qu'au début de 1879, elle devint un ministère autonome, que Cochery prit en mains l'administration des Postes et des Télégraphes. Ils avaient jusqu'alors été séparés. Le premier soin de Cochery fut d'en opérer la fusion.
L'abaissement à 5 centimes par mot de la taxe télégraphique intérieure ; la réduction de 25 à lo centimes de la taxe des lettres : ces deux
INAUGURATION DV MONUMENT AD. COCHEKY 2l>9
réformes capitales réalisées dès le début de 1878 auraient sufli à illustrer le passage de Cochery aux Postes. Elles ne marquaient que le début d'une action réformatrice continue et méthodique qui, pour le bien public et pour la prospérité nationale, n'a cessé de s'affirmer pen-i dant plus de sept années par d'incessantes et profondi3s améliorations : création du service des recouvrements, des abonnements aux journaux, des bons de poste, de la Caisse d'Epargne postale, des colis postaux, des réseaux urbaiti? téléphoniques, des lignes télégraphiques souterraines, des tubes pneumatiques parisiens, de nombreux câbles sous-marins.
En 1878, Cochery présidait à Paris, au moment do l'Exposition universelle, le Congrès postal international et il rendait à l'intluence française dans la direction de l'Lnion postale la part légitime qui lui était due.
En 1881, il organisait cette magnifique exposition internationale qui marqua une date dans l'histoire de l'électricité et de ses applications, laissant après elle comme œuvre essentielle l'adoption d'un système d'unités électriques admis par les, savants du monde entier.
Si tant; de titres avaient acquis au Ministre des Portes la gratitude du public, il avait su par sa bienveillance toujours en éveil conquérir la confiance et ralîection de son Personnel.
Sous le.s dehors dune bonhomie narquoise et
parfois un peu brusque, Adolphe Cochery cachait une bonté sincère et une vraie délicatesse de cœur. Il avait trouvé le petit personnel, commis et sous-agents, dans une situation lamentable, avec des traitements dérisoires, sans espoir certain d'avancement sérieux. Un de ses premiers soins fut d'élever Téchelle des traitements; dans une large proportion, d'assurer et d'accélérer l'avancement, de rendre accessibles enfin à tous les agents, par une série de concours, tous les emplois de l'administration. Aucune catégorie n'échappa à sa sollicitude.
Aussi le nom de Cochery est-il demeuré cher à tous les membres de la grande famille postale et télégraphique. Le jour de ses obsèques, le 16 octobre 1900, je tenais, en ma qualité de ministre des Postes, un des cordons du poêle, accompagné à droite d'un inspecteur général , des postes et télégraphes, à gauche, d'un facteurchef des postes. Devant co monument que la reconnaissance de ses concitoyens a élevé en l'honneur de son ancien chef, la famille postale .] et télégraphique a tenu également à être repré- 'i sentée.
En son nom, au nom du gouvernement, au nom du Pays, je m'incline respectueusement ; devant la mémoire d'Adolphe (Cochery. Mieux que le bronze et que la pierre, les grands ser- ^ vices qu'il a rendus à la Patrie et à la République défendent son nom de l'oubli. Et en s'cndor-
INAUGURATION DU MONUMENT AD. COCHERY 3(il
mant pour toujours après une vie si noblement remplie, Adolphe Cochery aura eu la joie suprême de penser qu'il laissait derrière lui, pour suivre ses traces et pour prolonger son exemple, un fils digne de lui et capable d'ajouter encore à l'éclat du nom paternel.