INAUGURATION DU MONUMENT WALDECK-ROUSSEAU
L'inauguration du monument élevé à la mémoire de Waldeck-Rousseau fut l'occasion d'une grande manifestation politique. C'est le 6 septembre 1910 qu'eut lieu, aux Tuileries, cette cérémonie en présence du Président de la République, du président du Conseil et des membres du Gouvernement. Toutes les personnalités du monde politique «t parlementaire figuraient dans l'assistance. M. Etienne, vice-président de la Chambre; M. Busson-Billaud, bâtonnier de l'ordre des avocats ; M. Aristide Briand, président du Conseil, prirent la parole et célébrèrent la mémoire du grand homme d'Etat disparu. Au nom des anciens collaborateurs et des amis personnels de \\'^aldeck- Rousseau, M. Millerand prononça le discours suivant :
Vous n'attendez de moi ni un jugement sur Waldeck-Rousseau ni une appréciation de son œuvre. J'ai été mêlé tropintimement àquelquesuns des événements de notre histoire oii il a joué le premier rôle^ ces événements sont trop près de nous, j'ai voué à sa mémoire un culte trop fervent, pour qu'il puisse sortir de ma bouche d'autres paroles que celles du souvenir et de l'admiration.
AU MONUMENT WALDEGK-BOUSSEAU 363
Je revis à celte heure trois années, des plus remplies et des plus fécondes qu'ait connues notre République. Waldeck-Rousseau surgit devant mes yeux, non pas seulement évoqué par le ciseau prestigieux d'un admirable artiste, mais vivant et tel que tant de fois je l'ai vu. Il parle : je crois Tenlendre!
Le voici à Rambouillet, dans une demeure amie, au lendemain du jour où il avait tenté vainement de constituer un gouvernement avec les groupes parlementaires qui se réclamaient de lui. Il écoute, de cet air fermé qui fut souvent le sien, les adjurations de républicains convaincus qu'il est l'homme de l'heure et que s'il ne surmonte pas de trop naturelles rancœurs le pays court au-devant de bien d'autres aléas que ceux d'une crise ministérielle.
Six jours plus tard, le Cabinet constitué le 28 juin, et qui déjà s'est affirmé par des actes, se présente au Parlement. Waldeck-Kousseau est à la tribune de la Chambre pour lire sa déclaration. Il n'y est pas remonté depuis 1888. Il y reparaît dans les conjonctures les plus graves. Un vent de tempête siffle autour de lui. Pâle, le papier tremblant entre ses mains, d'une intrépidité de cœur sans égale, il se demande seulement,au milieu des interruptions et des outrages qui l'assaillent, si l'effort quMl a consenti demeurera stérile ou si la majorité républicaine, s'arrachant aux impressions de séance, saura, dans
un éclair de raison et de patriotisme, apercevoir le péril et s'unir pour le conjurer.
La France est arrivée au paroxysme de la crise où depuis de longs mois elle est écartelée. Les deux partis qui se la disputent se soufflètent des mots sacrés de justice et de patrie. La lumière pourtant a commencé de percer les nuées. La Cour de cassation a parlé. La révision est ordonnée. Le second Conseil de guerre se réunira bientôt.
Dans quelle atmosphère lourde de haine et de violence va intervenir son arrêt? De quelles combinaisons ne rêve-t-on pas d'en faire l'instrument?
Le premier devoir du Gouvernement sera de ramener le calme et la confiance dans la nation brûlante de fièvre et dévorée de soupçons. Waldeck-Rousseau a médité sur les moyens propres à atteindre ce but. En peu de mots, concis et lumineux à sa coutume, il a révélé à quelques-uns de ceux qui seront ses collaborateurs sa méthode et son plan.
Par la composition même de son ministère il indique qu'il n'estime pas le moment propice à distinguer entre les diverses fractions du parti républicain et que, s'il plaît à certains de s'en exclure, il n'écarte personne de labesogne commune.
Aussi bien qu'importe au succès de l'œuvre le nom des ouvriers? J'en atteste ceux dont je suis devant ce monument le trop faible interprète et qui pendant trois ans étroitement groupés, sans