LES JOURNAUX RÉPUBLICAINS
21 février 1878.
Il faut que la République française eu prenne son parti. L’idée de la conversion gague chaque jour du terrain, et ce sont les journaux les plus dévoués à la politique de M. Gambetta qui se sont chargés d’attacher le grelot. Ainsi, le Bien public écrit aujourd’hui :
« Nous croyons qu’il est du devoir des journaux républicains de dire nettement les choses et de prévenir leurs lecteurs.
» La conversion du 5 pour 100 devant rapporter 34 millions d’économie au Trésor est un fait nécessaire, inévitable. Elle peut avoir lieu demain, elle peut avoir lieu dans deux mois, dans six mois, dans un an ; nous ne pouvons pas préciser la date; mais elle aura certainement lieu tôt ou tard.
» Voilà ce qu’il faut bien dire.
» Ne pas avouer que la conversion est un fait nécessaire, qui devra se produire, c’est manquer de franchise.
» On imite les procédés des anciens financiers qui voulaient agir dans le secret et croyaient habile de surprendre le public, ils n’arrivaient qu a favoriser l’agiotage des gens qui se trouvaient dans leurs secrets.
» Le devoir des journaux républicains est d’éclairer le public, de le prévenir et de lui dire : — « La conversion est » un fait inévitable. »
Il y a longtemps que nous avons dit, nous aussi, que la conversion était un fait inévitable et qu’il n’était au pouvoir d’aucun parti de l’empêcher ni même de le retarder quand le moment serait venu d’y procéder.
Maintenant voici le tour du National, autre journal républicain :
« Il est bien évident, » dit ce journal, « que la sous-commission des finances, en examinant les grands projets financiers de M. Léon Say, ne pouvait se dispenser de songer à la question de la conversion, dont la gravité et la portée ne sauraient échapper à ceux qui s’occupent de questions financières.
» La conversion, d’ailleurs, a trop bien figuré, pendant un moment, dans les projets du ministre actuel des finances, pour qu’il puisse y avoir renoncé.
» Lui-même peut être au regret de ne pas avoir eu l’audace d’aborder cette grande opération, qui aurait certainement réussi, grâce au crédit dont jouit aujourd’hui la France, grâce à l’immense stock de capitaux qui existe dans notre pays, grâce aussi au concours qu’étaient disposés à lui donner tous les établissements de crédit et toutes les maisons de banque, sevrés d’affaires par suite de la crise qui paralyse le mouvement industriel dans le monde entier. »
Le même journal ajoute que si la conversion avait été opérée
plus tôt, M. de Freycinet aurait trouvé à emprunter à un taux avantageux. C’est ce que nous n’avons cessé de répéter nousmêmes.
On sent bien que le National ne veut pas déplaire à la. République française et se séparer, même dans les questions financières, du parti auquel il appartient; aussi dit-il les choses avec une certaine timidité :
« .Et cela est si vrai, que plus d’un de ceux pour les¬
quels les questions de cette nature sont familières, en sont à se demander si, même avec la perspective des émissions considérables de M. Léon Say et de M. de Freycinet, il n’aurait pas été plus sage de débuter carrément parla conversion. »
Maintenant, nous dédions à la République française , niant que la conversion soit appelée à déterminer le taux de l’intérêt, les lignes suivantes de M. Ildefonse Rousset, directeur du National :
« Quoi qu’on puisse prétendre en certaines écoles économiques, il est certain que la conversion, en réduisant le taux de l’intérêt de la rente d’État, tend à réduire en même temps l’intérêt industriel et l’intérêt commercial.
» Le taux de l’État est celui sur lequel se basent le taux de l’hypothèque et le taux de l’escompte.
» Il y a, de plus, le taux de revenu de toutes les valeurs mobilières et immobilières, qui doit nécessairement subir aussi l’influence du taux de l’État.
» Comment l'équilibre peut-il s’établir?
» Par la hausse du prix de toutes les valeurs, dont les revenus doivent se trouver capitalisés dans la proportion du revenu moyen de l’argent. »
Enfin nous aimons à retrouver dans le même journal l’affïr-
mation de nos doctrines, en ce qui concerne les bienfaits même de la conversion, que le sous-rédacteur de la République française continue à nier, sans paraître comprendre qu’il pourrait bien déterminer un schisme financier dans le parti.
« ... Donc, la conversion doit avoir pour effet d’amener simultanément la baisse de l’intérêt et la hausse des valeurs, mobilières et immobilières. Cette dernière hausse se traduit par l’enrichissement général de tout le pays, par l’enrichissement des détenteurs de valeurs, dont l’avoir s’augmente de toute la hausse dont bénéficient ces valeurs ; elle se traduit, pour les travailleurs, par la disposition où se trouve placé chacun de ceux dont la situation est ainsi améliorée, à se livrer à des dépenses et à faire effectuer de nouveaux travaux. »
L’illusion n’est donc plus possible, un grand mouvement d’opinion se produit, et ce mouvement peut se résumer ainsi :
La conversion qui détermine la baisse du taux de l’intérêt est inévitable et prochaine ;
L’emprunt projeté de 500 millions est inutile, puisque la conversion peut donner au Trésor, immédiatement, une somme de près de 800 millions en capital, dont les intérêts seront payés par les 34,500,000 francs annuels à provenir de l’économie qui résultera de la conversion du 5 pour 100.