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L’ARTICLE DU FIGARO

19 février 1878.

Le Figaro publie ce matin sur la conversion du 5 pour 100 en 3 pour 100 un article d’une clarté parfaite et qui nous paraît de nature à initier les personnes les moins versées dans les choses financières, au mécanisme fort simple de cette opération. M. A. Yitu, adoptant notre système, qui consiste à dégrever le Trésor sans diminuer la fortune du rentier , en développe comme suit le mécanisme :

« .... Partant de ce fait que la rente 5 pour 100, au cours de 110 à 111 francs, ne rapporte plus que 4 1/2, on donnerait au rentier, en échange de son titre de rente de 5 francs au capital de 100 francs, un autre titre de 100 francs en capital, mais qui ne rapporterait plus que 4 fr. 50 c. Ce nouveau titre serait du 4 1/2 pour 100 au pair. Le rentier perdrait la différence qui existe entre le pair de 100 francs et le cours actuel de la rente, soit 10 francs.

» Mais si, au lieu de 4 fr. 50 de rente en 4 1/2 pour 100 au pair, on lui donne 4 fr. 50 de rentes en 3 pour 100, qu’arrive-

t—il ? Un calcul arithmétique très simple va nous le dire. Quelle est la somme capitale pour laquelle un revenu de 3 francs représente 4 1/2 pour 100 d’intérêt? C’est 66 fr. 67. Donc, si l’on donne au rentier, en échange d’une rente de 5 francs en 5 pour 100, 4 fr. 50 de rente en 3 pour 100 au pair, on lui attribuera une somme de 66 fr. 67 plus 33 fr. 33, ensemble 100 francs, représentant exactement le capital qui lui est dû.

» Mais, comme aux cours du jour, le 3 pour 100 vaut, non pas 66 fr. 67, mais 73 fr. 32, le rentier gagnera sur son nouveau 3 pour 100 une fois et demie la différence entre 66 fr. 67 et 73 fr. 32, qui est de 6 fr. 65, soit en totalité 10 francs, et il aura retrouvé, par la plus-value comparative du 3 pour 100, les 10 francs qu’il perdrait sur le cours de la rente 5 pour 100 à 110 francs. »

Au fond, comme dit fort bien le Figaro, « c’est le Trésor qui fournit la compensation, car s’il économise 34,600,000 francs par an sur les arrérages du 5 pour 100, il se reconnaît, d’autre part, débiteur d’un capital nouveau de 150 francs pour 4 fr. 50 de rente, tandis que, dans la situation actuelle, il ne doit que 100 francs de capital par 5 francs de rente. L’opération n’en est pas moins excellente pour lui, car la charge dont il se dégrève est réelle, tandis que le capital dont il se reconnaît débiteur restera purement nominal tant que le 3 pour 100 n’atteindra pas le pair. »

« Le système simple et fécond que nous venons d’esquisser-» dit encore le Figaro, « n’est susceptible d’aucune objection sérieuse de la part de financiers expérimentés ; du reste, nous n’oserons en revendiquer pour nous la priorité, car c’est identiquement le plan proposé dans ces derniers temps, avec autant

d’autorité que de compétence, par M. Isaac Pereire. On peut discuter sur certains détails d’exécution, mais, comme après tout les chiffres sont des chiffres, il reste acquis qu’en échangeant 5 francs de rente 5 % à 110 francs, contre 4 fr. 50 de renie 3 % à 66 fr. 66 (qui vaut aujourd'hui 73 fr. 32), on fait retrouver au rentier l’intégralité du capital de 110 francs, prix actuel de 5 francs de reùte, tout en assurant au Trésor un dégrèvement annuel de 34,600,000 francs, qui lui permettrait de pourvoir aux besoins des travaux publicg, sans bourse délier. »

Quelle critique plus sensée pourrait-on faire des projets d’emprunt en 3 pour 100 amortissable d’une somme de 500 millions, quand on a sous la main d’aussi puissantes ressources?

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