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LA BANQUE DE FRANCE

S avril 1873.

C est en moins de dix minutes que l'importante convention intervenue entre la Banque et le ministre des finances a clé vo ée hier par la Chambre des députés. On n’aurait pas expédié plus vivement une loi autorisant la commune de Carpéntras à s imposer extraordinairement.

Cette façon d’expédier les affaires est de nature à décourager ceux qui les étudient consciencieusement. Toutefois, nous n’en prenons pas notre parti, et nous en appelons au Sénat et S il vient a trahir nos espérances, à l’opinion publique P aut-il considérer la Banque de France comme ces lignes ferreesen détresse dont on vient de voter le rachat? Devons-nous

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le crédit et de donner satisfaction aux actionnaires de ce grand établissement? Cela, vraiment, ferait sourire les actionnaires

eux-mêmes, qui, s’ils consultent le cours officiel de la Bourse et de la Banque, ne verront pas, sans une satisfaction marquée, que les actions, souscrites à 1,000 fr., sont actuellement cotées le triple de leur valeur nominale, soit 3,120 fr.

Enfin, celui qui essayerait d’apitoyer le public sur la situation d’un établissement de crédit dont le dernier bilan atteint trois milliards, et qui possède dans ses caves deux milliards de numéraire, serait, à juste titre, considéré comme un mauvais plaisant. Et, cependant, la loi votée hier avec tant de précipitation a usurpé toutes les apparences d’une loi de justice et de réparation.

La Banque se ruine visiblement, dit-on, en se chargeant de « services publics qui ne lui rapportent rien ». Gomment alors expliquer que ses actions aient triplé de valeur ?

La Banque, ajoute-t-on, ne peut, sans compensation équitable, livrer au public des coupures de 50 et de 20 fr., dont il a grand besoin cependant, parce que ces coupures sont frappées, à l’égal de toutes les autres valeurs de circulation, d’un impôt d’un franc par mille... On croit vraiment rêver en voyant que ces arguments sont pris au sérieux par tout le monde, même par la commission du budget !

Qu’est-ce donc alors que le privilège réservé à la Banque? Qu’est-ce donc que le monopole dont elle jouit?

Quand donc écrira-t-on l’histoire des variations de nos économistes et de nos financiers?

Jadis M. Thiers déclarait du haut de la tribune que la création de coupures de 100 francs et au dessous serait la ruine du crédit de la Banque de France. 11 n’en a rien été. Ces coupures, au contraire, ont préservé son encaisse, alors que* cet encaisse ne dépassait guère 400 millions. Gomment donc ad-

mettre aujourd’hui que ce qui a sauvé la Banque de France soit de nature à lui causer le plus grand dommage?...

Ce qu il y a de plus étonnant peut-être encore, c’est que la commission du budget, qui n’avait pu se résoudre à adopter la première convention parce qu’elle aurait causé au Trésor une perte annuelle de plus de 2 millions, ait donné son approbation, dans sa séance d’hier, à une convention qui nous conduit absolument au même résultat, c’est-à-dire à une perte annuelle de plus de 2 millions, et cela de l’aveu même de M. Rouvier, rapporteur.

La même commission avait en quelque sorte rejeté la partie du traité avec la Banque de. France stipulant, à titre de transaction, qu’une indemnité de 3 millions 600,000 fr. lui serait accordée à raison des dommages que cet établissement avait éprouvés pendant la Commune. On pouvait croire que ce projet d’indemnité était abandonné, puisque le Conseil dÉtat l’avait désapprouvé. Il n’en est rien, paraît-il. Le ministre des finances, on le sait, vient de déposer un projet de loi tendant au payement de cette indemnité, alors qu’il n’en a été accordé aucune à ceux qui ont souffert des mêmes causes pendant la même période.

ïsous pouvons citer certaines Sociétés, la Compagnie immobilière, par exemple, dont les immeubles ont été occupés, ravagés, privés de tout revenu pendant le siège et la Commune, et qui, bien loin d’obtenir une indemnité, ont été poursuivies sans merci par des prêteurs impitoyables, par le Crédit foncier, qui n’a voulu accorder aucun délai, et dont les rigueurs ont déterminé la ruine des actiofinaires. Mais nous ne voulons point récriminer; nous demandons seulement que les graves intérêts du pays soient discutés comme

il convient, c’est-à-dire avec calme, et non point avec précipitation et à la légère, ainsi qu’il arrive toujours, la veille d’une vacance ou d’une prorogation.

Quand donc comprendra-t-on que le vote des grandes lois de finances est bien autrement important que celui de l’amnistie, ou même de l’état de siège ?

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