PLAN DE CONVERSION
EN 3 POUR 100 AMORTISSABLE
28 juillet 1878.
Depuis quelques jours le public assiste, sans en comprendre la cause, à une baisse graduelle et constante de notre Rente 5 pour 100 français qui, après avoir, le 9 juillet courant, conquis le cours de 116 22, n’est plus cotée aujourd’hui à la Bourse que 113 75. Celte baisse* nous devons le dire pour l’édification de nos lecteurs, doit être attribuée au mode particulier de conversion qui serait arrêté dans la pensée de M. le ministre des finances et qui serait présenté, nous dit-on, aux Chambres aussitôt la reprise des travaux parlementaires.
Yoici quelle serait l’économie de ce projet :
La conversion du 5 pour 100 s’opérerait, non point en
3 pour 100 ordinaire, mais en 3 pour 100 amortissable. L’État donnerait aux rentiers, en échange de chaque 5 francs de rente, du 3 pour 100 amortissable à 75 fr,, c’est-à-dire du
4 pour 100, soit 1 pour 100 de différence, dont une moitié représenterait le bénéfice de 35 millions que voudrait faire le
gouvernement, et l’autre, la somme nécessaire pour le service de.l’amortissement du nouveau fonds.
Les rentiers actuels feraient ainsi les frais de cet amortissement. .
Mais ces rentiers, auxquels il aurait été remis un titre en rente amortisable au taux de 75 fr., bénéficieraient de la prime que pourrait acquérir le 3 pour 100 amortissable, et pourraient, dans la pensée du gouvernement, négocier ce titre à 80 fr. Ils gagneraient ainsi une somme de 5 fr. sur le fonds qui leur serait remis, ce qui correspondrait à une prime de 7 fr. environ sur le b pour 100.
Le bénéfice de l’État, si l’on s’en tient à la rigueur des chiffres, serait de 68 millions environ, dont moitié serait absorbée par l’amortissement de la totalité de la dette 5 pour 100.
Gomme on le voit, la conséquence fatale de cette opération serait de ramener à bref délai le 5 pour 100 au cours de 107 fr., en admettant que le 3 pour 100 amortissable, dont l’importance serait de 9 milliards, pût se maintenir au cours de 80 francs, ce qui est fort douteux. On ferait donc perdre aux porteurs actuels de rente 5 pour 100 une différence de 9 francs entre le cours du 9 juillet et le cours actuel, ce qui représente une somme totale de 622,800,000 fr.
Nous n’avons pas besoin de démontrer la fragilité d’une pareille combinaison. Qu’arriverait-il en effet si, par suite de l’émission sur le marché d’une somme de 9 milliards de 3 pour 100 amortissable, les cours de ce nouveau fonds venaient à être précipités de 80 fr. à 78 fr., à 75 fr. et peutêtre au-dessous?
La rente serait alors convertie au pair, et la combinaison
s'écroulerait d’elle-mème, si le nouveau 3 pour 100 venait à tomber au-dessous de 75 francs.
Faut-il donc s’étonner de la baisse constante du 5 pour 100? Cette baisse ne devrait s’arrêter, nous le répétons avec la logique inflexible des chiffres, qu’à 107 fr., en admettant l’hypothèse la plus favorable, celle où la pensée gouvernementale viendrait à se réaliser complètement. Une pareille combinaison serait désastreuse pour tout le monde et sans profit appréciable pour personne, le remboursement des Rentes dans une période de soixante-quinze ans n’étant, nous l’avons montré, qu’une utopie dangereuse.
Il y a loin de ce système de conversion à celui que la Liberté avait proposé, système dans lequel l’État, sans rien faire perdre aux porteurs de 5 pour 100, leur délivrait du 3 pour 100 en échange du 5 pour 100 au pair, à 66 fr. 67, c’est-à-dire à 4 1/2 pour 100, ce qui, au cours du 3 pour 100, représenterait une prime de 15 à 17 francs, et laisserait ainsi aux rentiers actuels tout le bénéfice acquis jusqu’à ce jour.
Nous reviendrons sur ce grave sujet qui intéresse au plus haut degré la fortune publique. Nous avons entendu simplement signaler le danger dont les porteurs de 5 pour 100 sont menacés par suite de l’éventualité du projet de conversion que nous venons d’analyser.