‹ Politique financièreChapitre 24 sur 30 · EXPLIQUEZ-VOUS · texte numérisé non relu

EXPLIQUEZ-VOUS

21 août 1878.

Au moment même où nous exprimions le regret du silène gardé par la République française sur la conversion, ce journal publiait deux articles : l’un sur le 3 pour 100 amortissable et sur le mode adopté pour l’émission de ce fonds, comparé aux modes précédemment usités avant et après l’Empire; l’autre, pour déclarer qu’il n’y avait aucune divergence d’opinion entre le ministre des finances et la commission du budget ou son président, sur la création du nouveau fonds.

Ces deux articles sont reproduits aujourd’hui dans le Journal des Débats, ce qui leur donne une signification particulière.

Nous ne nous arrêterons pas aux assertions hasardées de la République française sur les vices qu’elle attribue aux anciens systèmes, nous bornant à la mettre au défi de prouver que ces

systèmes ont eu pour effet, au moment de leur application, de faire baisser nos fonds de 8 à 10 pour 100.

Il serait cruel de notre part d’établir entre les divers systèmes une comparaison qui n’aurait rien de flatteur pour celui dont M. le ministre des finances vient de faire le triste essai.

Nous irons au plus pressé, et puisque, d’après la République française , il n’y a aucune divergence d’opinion entre le ministre des finances et le président de la commission du budget, nous lui demanderons de faire disparaître toute ambiguïté et de nous dire nettement si le 3 pour 100 amortissable, dont il vante la création, est appelé à jouer un rôle quelconque dans la question de la conversion.

Nous lui adressons cette demande, non dans un esprit d’opposition au gouvernement, mais uniquement pour faire cesser toute équivoque et pour dissiper des obscurités qui pourraient avoir des conséquences funestes sur la fortune des millions de porteurs de 5 pour 100.

Les explications que nous sollicitons de sa part touchent au plus haut degré à la considération du gouvernement de la République.

Quelques chiffres suffiront à justifier pleinement notre demande d’explications.

Le 5 pour 100 français a reçu, comme l’on sait, une rude atteinte des bruits qui ont circulé sur le système de conversion en 3 pour 100 amortissable,bruits qui n’ont pas été démentis par le gouvernement, et cette ba : sse prendrait encore de plus grandes proportions, si ce projet devait effectivement se réaliser.

En effet, si la conversion du 5 pour 100 devait s’opérer, comme on l’a dit, en 3 pour 100 amortissable à 4 pour 100,

c’est-à-dire au cours de 75 fr., et si ce 3 pour 100 devait se négocier à 79 fr., cours normal de ce fonds, d’après la République française,^ 5 pour 100 actuel serait aujourd’hui de 7 fr. au-dessus de son véritable cours ; il ne vaudrait en réalité que 105 fr., tandis que si cette conversion devait s’opérer en 3 pour 100 ordinaire sur le pied de 4 1/2, ce qui laisserait à l’État le bénéfice de 34 millions 500,000 fr. qu’on veut obtenir dans les deux cas, le 5 pour 100, d’après le cours actuel du 3 pour 100, devrait s’élever à 115 fr. 12 c.

De telles différences montrent combien il importe aux détenteurs de 5 pour 100 d’être fixés au plus tôt sur la situation qui leur est réservée, afin de n’être point livrés à la merci des spéculateurs de toute sorte.

Le 5 pour 100, comme on vient de le voir, vaudrait 105 ou 115 fr., suivant que le ministre poursuivrait ou abandonnerait l’utopie du remboursement de notre dette publique. Une pareille incertitude n’est pas tolérable; elle l’est .d’autant moins que les chiffres ci-dessus sont loin d’être arbitraires ; ils sont le résultat d’une loi mathématique absolue.

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