DANGERS DE LA CRÉATION
DU
3 POUR 100 AMORTISSABLE
7 février 1878.
Le 3 pour 100 amortissable est de toutes les conceptions la plus malheureuse, la plus propre à arrêter l’essor de celui de nos fonds publics qu’on a toujours été habitué depuis un demi-siècle à considérer, en Angleterre aussi bien qu’en France, comme le fonds de l’avenir, à raison de l’élasticité dont il est doué, par sa constitution au-dessous du pair, comme le ' fonds enfm servant de régulateur du taux de l’intérêt.
Et celte conception voit le jour au moment où la paix, si longtemps attendue, vient combler les vœux de la nation, et où le 5 pour 100 et le 3 pour 100 ont atteint exactement les cours auxquels la conversion pourrait s’opérer tout naturellement, suivant les plans que nous avons indiqués (1),
(1) Voir Questions financières.
sans frais pour l’État, sans intervention de banquiers, au profit de tout le inonde, des rentiers comme des industriels et des commerçants?
Quelle est la raison d’une division du 3 pour 100 en deux catégories, l’une amortissable , avec prime de remboursement, l’autre perpétuelle, frappée par avance d une dépréciation injustifiable, par suite des arbitrages qui pourront s’effectuer entre les deux natures de fonds au profit de celui qui serait ainsi privilégié?
Croit-on qu’il serait possible de maintenir une pareille division sans déni de justice envers les porteurs du 3 pour 100 ordinaire ?
La République française nous répond aujourd’hui qu’elle ne le croit pas et qu’elle admet la nécessité d’un titre unique amortissable.
Or, ce journal a-t-il chiffré l’importance du sacrifice qu’imposerait à l’État le système d’amortissement qu’il recommande, s’il était appliqué à la totalité de notre dette?
Nous en doutons, et nous allons en faire le calcul.
En supposant la conversion du 5 pour 100 réalisée, la somme qu’il faudrait inscrire au budget pour amortir la dette actuelle dans une période de soixante-quinze années, avec les obligations remboursables au pair, dépasserait 87 millions, et il faudrait y ajouter pour les émissions futures des sommes nouvelles, dans la proportion de 3,367,000 francs par milliard, soit 16,835,000 francs à ajouter aux 87 millions ci-dessus, pour les 5 milliards qu’on se propose d’emprunter.
L’avenir se trouverait ainsi grevé d’une charge écrasante.
Dans le système de l’amortissement de la dette actuelle par voie de rachat, en quatre-vingt-dix-neuf ans, le montant de
cet amortissement ne serait que de 22 millions, en supposant la totalité de la dette rachetée en moyenne à 85 francs.
La République française revient encore sur l’idée, souvent émise par elle, que nous céderions à des préoccupations d’intérêts privés en recommandant la conversion du 5 pour 100 à 108 ou à 110 francs contre du 3 pour 100 à 75 francs, et que, dans ce but, nous aurions vendu du 5 pour 100 et acheté du 3 pour 100. Qu’elle nous permette de lui dire que c’est une forme de discussion d’assez mauvais goût et parfaitement ridicule dans l’espèce.
A ce compte, notre ruine serait complète, ce qui n’est pas le cas, fort heureusement, et la République française n’y aurait pas peu contribué en prêchant la hausse du 5 pour 100.
Heureux au contraire ceux qui ont été initiés aux' combinaisons de ce journal !
Pendant que nous nous évertuions à développer nos théories sur les avantages du bon marché des capitaux pour le bien-être du peuple, d’autres, plus habiles, se livraient à des pratiques fructueuses en achetant du 5 pour 100 et en vendant du 3 pour 100.
Cette opération, qui est à la mode depuis quelque temps, a été réalisée sur une grande échelle ; ceux qui s’y sont livrés en ont retiré des bénéfices considérables et en attendent de plus grands encore.