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MODE NOUVEAU PROPOSÉ POUR SA RÉALISATION

11 février 1878

La conversion est en soi un fait accidentel, nous devons le reconnaître, mais un fait nécessaire ; elle apparaît aux hommes d’État, aux grands économistes, comme le plus sûr moyen de déterminer officiellement, aux yeux de tous, une baisse sensible du loyer des capitaux, et conséquemment d’améliorer les conditions du travail. Alors même que la conversion ne devrait rapporter qu’un fort mince bénéfice au Trésor, le gouvernement aurait le devoir de l’accomplir, parce que,. dans un État où la baisse de l’intérêt s’accentue, la prospérité s’accroît de toutes parts. On connaît la belle image de Turgol, disant que, quand le taux de l’intérêt diminue, il lui semble voir émerger du sein des eaux des îles, des arbres, des prairies verdoyantes.

Mais la conversion, tout en procurant la baisse du loyer des capitaux, doit encore rapporter au Trésor une éeonomie an-

nuelle pouvant varier de 34 à 52 millions, suivant les conditions qui seront adoptées pour cette grande opération.

C’est ce que la République française ne parait pas avoir compris ; car voici l’objection quelle nous adresse :

« Ou la conversion dont parle sans cesse la Liberté sera » volontaire, et alors comment supposer qu’un seul porteur » de rente 5 pour 100 voudra y adhérer? Ou bien la con- » version sera obligatoire, c’est-à-dire que l’État devra rem- » bourser immédiatement au pair les porteurs qui refuseront » de s’y soumettre, et nous prions instamment la Liberté de » vouloir bien nous indiquer par quels moyens elle entend » faire face aux demandes de remboursement qui pourraient » surgir en présence d’un chiffre de rentes qui, capitalisées à » 100 francs, s’élèveraient à 6 milliards 900 millions de » francs? »

Si la République française croit nous embarrasser par de tels arguments, elle se berce d’une étrange illusion. Oui, la conversion sera à la fois volontaire et obligatoire. L’État, suivant le taux de la rente 5 pour 100, la remboursera à 109 ou 110, cours actuels, et même 112 50 si c’est nécessaire, de manière à ne rien faire perdre aux rentiers, et il leur donnera en échange du 3 pour 100 à 74 ou 75 francs.

Quant à ceux qui refuseraient d’échanger leur 5 pour 100 contre du 3 pour 100, ils seraient remboursés en espèces, au pair, conformément à la loi sur le rachat des rentes perpétuelles. La République française croit-elle qu’il se rencontrerait un seul rentier assez fou pour accepter ce remboursement au pair, en perdant ainsi 8 ou 10 pour 100 de son capital? Plût au ciel, dirons-nous, qu’il se trouvât un grand

nombre de fous de cetle espèce, car des milliers d’individus surgiraient, de tous les coins de la France, pour se mettre à leur lieu et place, si l’État ne le faisait lui-mème. Il ne serait besoin, comme nous l’avons répété, ni de syndicats de banquiers, ni de moyens de trésorerie, ni de réserve de capitaux, pour assurer le succès de l’opération.

Mais la République française ne veut rien entendre ; elle s’est éprise tout à coup d’une belle passion pour les rentiers, et c’est la cause de ces derniers qu’elle défend, au risque de méconnaître les intérêts si légitimes du travail.

Avant 1824, sous l’inspiration de M. Jacques Laffitte, lequel, nous le disons avec orgueil, n’était que le porte-voix d’une école à laquelle nous nous honorons d’appartenir, M. Thiers se prononçait déjà pour les travailleurs contre les capitalistes qui ne rendent rien à la société en échange des jouissances qu’elle leur prodigue: « L’oisif fortuné, «disait-il, « n’en a pas moins ses droits, car il faut respecter le travail « du père dans Je capital du fils; mais peut-on empêcher les « effets de la loi commune qui avilit sans cesse les capitaux » en augmentant leur abondance? Il faut donc travailler ou « se réduire. La peine des capitalistes doit être l’économie, » et elle n’est pas trop sévère »

Quelle n’est donc point notre surprise en voyant la République française abandonner la cause des travailleurs et plaider celle des rentiers! De pareilles contradictions nous ont causé un inexprimable étonnement. Ce qui est encore nlus étrange, c’est qu’on nous accuse de céder à des mobiles d’intérêt personnel, en demandant la conversion du 5 pour 100 en 3 pour 100.

Il y a deux années que nous réclamons la conversion du

5 pour 100 en 3 pour 100 comme le moyen le plus efficace d’arriver à la constatation de la baisse du taux de l’intérêt de l’argent et de fournir au Trésor les ressources nécessaires pour la réforme de nos impôts et pour l’achèvement de la construction de nos voies ferrées, tout cela sans mystère, aux yeux de tous, et cependant nos adversaires dénoncent les bénéfices que nous chercherions à réaliser à l’aide d’une telle doctrine. Eh bien ! ces bénéfices ont été réalisés par d’autres; ils ont été encaissés depuis deux années par tous ceux qui, usant habilement des démentis périodiques du Journal des Débats et de la République française touchant la conversion, ont acheté du 5 pour 100 et vendu du 3 pour 100.

Ces singulières accusations nous touchent peu; elles ne nous détourneront point de la voie que nous nous sommes tracée; nous voulons arriver, et nous arriverons, cela n’est pas douteux, au but que nous nous sommes assigné : à la conversion de la rente 5 pour 100 en 3 pour 100. Et si la République française n’est point satisfaite du système que nous avons déjà exposé, nous lui en présenterons un nouveau qui, nous l’espérons, aura toute son approbation, car il concilie à la fois les intérêts du travail, ceux des capitalistes et ceux de l’État, à qui il procurerait exactement les bénéfices que nous voulions lui assurer par notre précédente formule.

Nous proposerions la conversion du 5 pour 100 en 3 pour 100 sans rien faire perdre aux rentiers, quel que fût le taux du 5 pour 100, 108, 110 et même 112 fr. 50. Pour réaliser ce programme, il faudrait simplement que l’État délivrât aux porteurs de 5 pour 100 des titres 3 pour 100 à raison de 4 1/2, soit cà 06 fr. 67, en échange de leur rente au pair ; il saute aux yeux qu’au moyen de cette conversion, le 3 pour 100 étant

à 74 fratics, les rentiers seraient assurés d’un bénéfice minimum de 7 fr. 33, représentant l’écart qui existe entre 66 fr. 67 et 74 francs sur le 3 pour 100 qu’ils auraient reçu, ce qui correspondrait à une prime de 11 francs sur le 5 pour 100. Au cours de 76 francs, pour le 3 pour 100, l’écart serait de 8 fr. 33, correspondant à une prime, sur le 5 pour 100, de 12 fr. 60. Dans cette hypothèse, l’État ne gagnerait que 34 millions 600 mille francs par an; mais cela suffirait pour satisfaire aux besoins auxquels il serait utile de pourvoir, à ceux du rachat et de l’achèvement des chemins secondaires et à des dégrèvements d’impôts.

Ainsi, on pourrait capitaliser cette économie de 34 millions 600 mille francs, ce qui procurerait au gouvernement, au moyeu d’un emprunt en 3 pour 100 à 4 1/2, c’est-à-dire à 66 fr. 67, un capital de plus de 760 millions, et cet emprunt pourrait être offert à ces conditions aux porteurs de 6 pour 100, proportionnellement au montant de leurs rentes, de manière à augmenter encore la compensation de bénéfices qui leur serait donnée.

Tous les intérêts se trouveraient ainsi conciliés de la manière la plus complète.

Si la République française refusait d’adhérer à une combinaison aussi simple, aussi facile à réaliser, et qui permettrait à l’État de trouver au meilleur marché possible les capitaux nécessaires pour l’exécution des grands travaux publics, il faudrait désespérer de toute logique. Nous n’avons jamais suspecté la bonne foi de nos adversaires ; mais, inconsciemment sans doute, ils nuisent aux intérêts dont ils se sont constitués les défenseurs ; ils méconnaissent les besoins des classes, laborieuses dont ils ont assumé la protection. La Répu-

blique française défend les rentiers, la Liberté défend les travailleurs; le journal de M. Gambetta défend exclusivement les œuvres du passé, tandis que le nôtre défend les œuvres de l’avenir en ménageant celles du passé. Par quelle singulière contradiction voyons-nous la tente de Belleville se replier et se dresser maintenant au milieu de la Gkaussée-d’Antin?...

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