‹ Politique financièreChapitre 8 sur 30 · L’INTÉRÊT ET LE REPORT · texte numérisé non relu

L’INTÉRÊT ET LE REPORT

18 février 1878.

Nous faisons le plus grand cas du bien-dire de la République française , de sa littérature et même de sa politique ; mais il nous sera bien permis de faire des réserves à l’endroit de ses idées financières et de sa manière de les exprimer. Sous ce rapport les rédacteurs de ce journal font preuve d’une inexpérience notoire, et il leur arrive fréquemment de bégayer toutes les fois qu’ils veulent parler avec nous la langue des affaires. Ainsi, à propos de la conversion des rentes 5 pour 100 en 3 pour 100, et de la nécessité proclamée par nous de créer un seul fonds d’État pour déterminer d’une façon certaine la valeur du loyer des capitaux, le rédacteur financier de \q. République française nous signifie que l’on a toujours vu, au lendemain des conversions, le taux de l’intérêt s’accroître d'une façon démesurée et atteindre 12, 15 et même 18 pour 100.

Le Turgot de ce journal confond les questions de report et celles de l’intérêt, il établit entre elles une identité absolue.

Le report n’est que la différence des cours entre les opéra-

tions au comptant et celles à terme, et il exprime plutôt le rapport qui existe entre les acheteurs et les vendeurs que le véritable taux de l’argent. Ainsi, quand les acheteurs sont nombreux, le report s’élève, et il s’abaisse quand ce sont les vendeurs qui dominent.

Dans ce dernier cas, il peut même disparaître complètement et faire place à ün déport, ce qui signifie qu’au lieu de recevoir un intérêt pour le prêt de son argent, on paye au contraire une prime pour le donner afin de se procurer des titres.

L’exemple cité par la République française d’un report de 10, 12 et même 18 pour 100 sur les rentes, après la conversion opérée en 1852, est loin d’indiquer que le prix du loyer de l’argent fût alors aussi élevé. Il indique seulement que, dans la croyance à une grande hausse, les acheteurs abondaient et subissaient volontiers les conditions qui leur étaient imposées dans l’espoir de se récupérer par des bénéfices supérieurs.

Ainsi, le 3 pour 100 qui, en février 1852, dans le mois qui a précédé la conversion, était à 66 fr. 15, s’était élevé successivement jusqu’à 75 fr. 20, au mois de juillet, et à 86 francs, au mois de novembre.

Le report étant à 10 pour 100, l’acheteur aurait donc eu à payer, sur 3,000 francs de rente à 70 fr. 50 en moyenne, un report de 2,820 francs pour les cinq mois qui séparent le mois de février du mois de juillet, et 4,287 francs pour neuf mois, de février à novembre.

Mais, dans le premier cas, son bénéfice aurait été de .9,000 francs, et, dans le second, de 20,000 francs.

A ce compte, il aurait eu encore un grand avantage à payer, des reports de 20 ou 30 pour 100 pour se procurer les moyens d’acheter des rentes.

Le fait de la hausse des rentes correspondant avec 1 élévation du prix du report s’était déjà produit sous M. de Villèle, en 1824, et l’on a pu le constater encore sous le ministère de M. Fould, en 1862.

Le véritable taux de l’intérêt doit être apprécié autrement ; ce taux est celui qui est accusé par le prix des rentes qui ne sont pas placées sous le coup d’un remboursement onéreux, et qui représentent, comme le 3 pour 100 français et le 3 pour 100 anglais, par de très nombreux milliards les épargnes du pays.

« Nous avons démontré jusqu’à l’évidence, » dit encore la République française , « que la conversion n’avait et ne pou- » vait avoir aucune influence sur le taux de l’intérêt du capi- » tal, ni sur le salaire, ni sur le travail, ni sur les rapports » du patron avec l’ouvrier; ce sont là de vieilles sornettes... »

Notre contradicteur n’a rien démontré du tout. Il a confondu naïvement le taux du report avec celui de l’intérêt !... Est-ce qu’au moment où les reports s’élevaient à 10, 15 et même 18 pour 100, le taux des prêts hypothécaires ne se maintenait pas à 4 3/4 et 5 pour 100? Et l’on nous parle de vieilles sornettes l

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