‹ Politique française et étrangèreChapitre 29 sur 76 · LE « TRIOMPHE DE LA RÉPUBLIQUE · texte numérisé non relu

LE « TRIOMPHE DE LA RÉPUBLIQUE

un expédient d'un jour, comme un abri fragile et précieux pendant la durée d'un orage, mais comme le destin de la France. »

C'est à ces mots que je veux m'arrèter pour motiver le toast que je vous proposerai de porter.

Au moment où le plus audacieux abus des mots tend à l'esprit public des pièges si habiles, nous devons aimer èi nous souvenir de tout ce que l'esprit de la Révolution a fait pour la grandeur du pays.

Un principe qui, d'une nation affaiblie par l'imprévoyance et l'impéritie des cinquante dernières années de la monarchie, fait tout à coup un peuple capable de tenir tôte à l'Europe coalisée, peut braver les déclamations furibondes dont les partisans d'un passé à jamais condamné n'ont pas cessé de l'assaillir.

Une idée assez forte et assez féconde pour faire surgir, en pleine tourmente, le programme de toutes les grandes réformes philosophiques, politiques et sociales que le siècle qui va finir s'est efforcé de réaliser, et dont il lègue au siècle prochain le soin d'achever le plein développement, est bien, comme le disait l'orateur que j'ai cité, une idée préexistante, immanente et éternelle.

C'est dans un sentiment de profonde reconnaissance pour l'œuvre accomplie par nos pères, c'est avec une inébranlable confiance dans l'œuvre de l'avenir, que je porte un toast à la France moderne, à ses destinées, à l'accomplissement par la République de sa tache dans l'histoire et dans l'humanité, au triomphe des principes de la Révolution.

Chambre des députés. Séance du 20 novembre 4899. — La célébration du Triomphe de la République avait exalté les sentiments civiques de la population. Par contre, elle provoqua la fureur des adversaires du cabinet de défense républicain*. Dès le lendemain, dans la séance du 20 novembre, MM. Georges Berry et Alicot, prétextant les quelques incidents qui n'avaient pu manquer de se produire dans un pareil rassemblement de foules, demandèrent à interpeller le Gouvernement. M. Alicot lui reprocha d'avoir laissé déployer le drapeau rouge, et, en même temps, il essaya de le solidariser avec certains écrivains révolutionnaires dont il cita des extraits d'articles à la tiibune. Mais la Chambre, sur la demande du président du Conseil, alopta, par 329 voix sur 230, l'ordre du jour pur et simple, à l'exclusion de celui de M. Alicot, et ce vote fut accueilli par de vifs applaudissements et les cris de : Vive la République!

M. le Président du Conseil, ministre de V Intérieur et des Cultes. — Messieurs, notre honorable collègue M. Berry avait bien voulu me prévenir, dès ce matin, qu'il m'adresserait une interpellation sur la prétendue autorisation donnée par le Gouvernement de déployer le drapeau rouge, [exclamations sur plusieurs bancs à gauche.)

M. Alicot s'étant chargé de développer cette interpellation, c'est naturellement à lui que je dois répondre.

Sur divers bancs à droite. — Ce n'est pas la môme interpellation.

M. le Président du Conseil, ministre de F Intérieur et des Cultes. — Le Gouvernement n'a pas à s'expliquer sur les opinions qui peuvent être émises par des publicistes ou par des hommes vis-à-vis desquels il a donné, je pense, quelques preuves d'énergie (Applaudissements à gauche), puisque l'un de ceux dont on rappelait le nom tout à l'heure a été arrêté sur son ordre même. (Exclamation au centime. — Interruptions à droite.)

A droite. — On Ta relâché aussitôt!

M. Savary de Beauregard. — C'est le protecteur du Gouvernement!

M. le Président. — Messieurs, je vous prie, puisqu'on a appelé le Gouvernement à la tribune, de le laisser parler librement. Vous pourrez lui répondre.

M. le Président du Conseil. — Le Gouvernement doit, au contraire, s'expliquer sur deux points : les mesures qu'il a prescrites et l'exécution qu'il leur a données. Les mesures prescrites étaient tracées par une ordonnance de police de 1894, qui. par conséquent * n'a pas été faite pour la circonstance, et dont les dispositions bien connues sont les suivantes : « Aucun drapeau ne peut être déployé sur la voie publique, sinon le drapeau aux couleurs nationales ou étrangères. » Quant aux bannières ou aux drapeaux des sociétés et des corporations, la même ordonnance les autorise; et toujours dans toutes les manifestations auxquelles des sociétés ont pris part, on a considéré comme étant les bannières de ces corporations les drapeaux sur lesquels figurait une inscription indiquant le nom de l'association. (Applaudissements à gauche. — Réclamations à droite et au centre.)

Permettez-moi de dire que persotute w^ ^«sXVtwssrçk sur le sens de ces prescriptions.

M. Alicot. — Je demande la parole.

M. le Phésident du Conseil. — J'en trouve la preuve dans une protestation très vive qui a été publiée dans un certain nombre de journaux, et qui a même été l'objet, je crois, d'une affiche. Elle était ainsi conçue :

« L'agglomération parisienne du parti ouvrier français, qui compte 25 groupements, a voulu participer à la manifestation de dimanche prochain en l'honneur du triomphe de la République. Le président et le syndic du Conseil municipal ont déclaré dans une entrevue provoquée par eux que ces 25 groupes seraient exclus de la manifestation sous prétexte que leur drapeau est le drapeau rouge. « Pas de drapeau rouge! Un point, c'est tout. » Telles furent les dernières paroles du syndic, M. Bellan.

J'ai donc le droit de dire que personne ne s'est mépris sur le sens des prescriptions qui découlent de l'ordonnance de 1894.

Comment celte ordonnance a-t-elle été exécutée?

A l'heure où je parle, je n'ai pas reçu de rapport détaillé de M. le préfet de police (Exclamations ironiques au centre) ; j'ai reçu un rapport sommaire très suffisant pour répondre.

Dans un cortège qui a compté plus de 250.000 personnes (Applaudissements à l'extrême gauche et à gauche), dans lequel figuraient plusieurs milliers de drapeaux, il est parfaitement exact que deux drapeaux rouges et deux drapeaux noirs ont été arborés. (Rumeurs au centre.) Us ont été immédiatement enlevés par la police, et l'un des groupes qui portaient ces drapeaux a été exclu du cortège.

Je déclare, au nom du Gouvernement, qu'il n'a autorisé et n'autorise que le port du drapeau national. (Très tien! très bien!)

J'ajoute que, dans une cérémonie comme celle d'hier, on admettra bien que chaque inscription n'ait pas pu être vérifiée à l'avance. {Mouvements divers.)

A droite. — Pourquoi?

M. Pracde. — On a chanté hier dans Paris le Ça ira! pendant cinq heures. (Bruit.)

M. le Président du Conseil. — Nous ne pouvons que blâmer tout ce qui, dans une grande manifestation républicaine, pouvait tendre à réveiller le souvenir des discordes civiles; j'ai bien le droit de dire que dans cette journée, remarquable par Tordre matériel qui n'a pas été troublé,... (Applaudissements vifs et répétés à l'extrême gauche et à gauche.)

M. Périllier. — C'est bien pour cela qu'on vous interpelle! (Très bien! très bien! à gauche.)

M. le Président du Conseil. — ... certains faits isolés n'ont pu effacer la grandeur de la manifestation. (Nouveaux applaudissements.)

Si l'honorable M. Alicot a été surtout frappé par des notes dissonantes, nous, messieurs, nous avons été frappés par autre chose : nous avons été frappés par l'immense acclamation... (Vifs applaudissements à gauche et à Vextrême gauche. Interruptions diverses.)

Voix nombreuses à gauche. — Vive la République! A bas la réaction !

M. le Président. — Vous avez manifesté vos sentiments, messieurs; maintenant laissez parler le Gouvernement.

M. Eugène Fournière. — Nous ne les manifesterons jamais trop !

M. le Président du Conseil. — Nous avons été frappés et émus par l'immense acclamation qui a salué la République et son premier magistrat. (JVouxttau* applaudissements sur les mêmes bancs .^

Je tiens encore à dire que personne moins que moi ne suspectera les intentions de mon collègue M. Alicot. Il a eu raison de dire que je le connais de longue date, mais enfin il m'est bien permis de regretter que, soit hasard, soit rencontre de circonstances, on voie se poursuivre le dessein d'effrayer l'opinion — (Applaudissements répétés à gauche et à l'extrême gauche), — de détourner son attention des réalités menaçantes. {Nouveaux applaudissements sur les mêmes bancs. — Interruptions sur divers bancs au centre et à droite.)

M. Maurice Lasserre. — (Test le drapeau rouge qui est une réalité menaçante. *

M. le Président du Conseil. — La tactique n'est I pas nouvelle; on Ta employée il y a quelque cinquante | ans, et je ne sache pas qu'elle ait tourné au profit de ! l'ordre, à moins qu'elle ne confonde Tordre avec le coup d'État. (Vifs applaudissements à gnuche et à V extrême gauche. — Bruit à droite et sur divers bancs au centre. — L'orateur, de retour à son banc, reçoit des félicitations.)

LE PROCÈS DES ASSOM PTI ONN ISTES

Chambre des députés. Séance du 24 janvier 1900. — Au cours des débats du procès engagé contre les Assomptionnistes, M. le procureur de la République Bulot fut amené à donner au tribunal lecture d'un document sensationnel. C'était un numéro d'un journal clérical dans lequel les Assomptionnistes, au lendemain des élections générales de 1808, se vantaient d'avoir fait élire un certain nombre de députés dont ils donnaient les noms. Plusieurs de ces députés protestèrent à la tribune de la Chambre et soulevèrent des incidents violents en outrageant l'honorable magistrat et M. le Garde des Sceaux. Mais la majorité républicaine ne se laissa nullement entamer par ces manifestations .

M. Waldeck- Rousseau, président du Conseil, ministre de l'Intérieur et des Cultes. — Messieurs, après l'honorable M. Motte qui avait posé une question, vous avez entendu un certain nombre de membres de cette Chambre qui ont demandé et obtenu la parole pour un fait personnel.

Je considère — et^je tiens à le dire immédiatement — qu'en formulant des protestations, ils étaient absolument dans leur droit. Il leur appartenait en effet de rectifier ce qu'il pouvait y avoir d'inexact dans certaines énonciations.

A droite. — Dans les commentaires.

M. le Phésidext du Conseil. — Mais on me permettra d'être surpris de voir <\\te towte* \^ \**\fc&3v»ctions sont allées non pas à Yautewt &u &wms^^ *>\^

Terreur... (Vifs applaudissements à gauche et à, l'extrême gauche. — Mouvements divers.)

M. Lemire. — Elles vont à l'usage qu'on en a fait.

M. le Président du Conseil. — ... mais à un magistrat qui en a donné lecture sans en accepter à aucun point de vue la responsabilité. (Applaudissements à gauche et à l'extrême gauche. — Vices réclamations au centre et à droite.)

M. Marcbal. — Il a fait un choix moral et politique, votre magistrat.

M. Henri Laniel. — Il a fait une sélection absolument personnelle.

M. le Président du Conseil. — Tout le monde paraît s'obstiner à juger un magistrat du ministère public, non pas sur les paroles qu'il déclare avoir prononcées, mais sur celles qui lui ont été attribuées. (Très bien! très bien! à gauche. — Rumeurs à droite.) Quel est donc celui de nous qui* dans les comptes rendus hâtifs que la curiosité exige et que les journaux s'empressent de lui donner, a toujours trouvé l'expression exacte de sa pensée? (Applaudissements à gauche. — Rumeurs à droite.)

Je suis monté à cette tribune, parce qu'il m'a paru que beaucoup de nos honorables collègues m'y invitaient...

M. Pierre Richard. — Il y a on texte officiel lu par le Garde des Sceaux.

M. le Président du Conseil. — ... et je n'avance rien qui n'ait pu être constaté par chacun de nous. J'ai lu dix comptes rendus du même passage et des mêmes paroles : il n'y en a pas deux semblables. (Très bien! très bien!) Je n'incrimine la bonne foi de personne; seulement il est de tradition, — et nous sommes aussi intéressés que qui c\vîl& es mV V\xtfà\i-

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