‹ Politique française et étrangèreChapitre 45 sur 76 · LA COLONISATION FRANÇAISE FRANCIS GARNIER · texte numérisé non relu

LA COLONISATION FRANÇAISE FRANCIS GARNIER

r La Société de Géographie donnait un banquet, à Saint- Etienne, le 12 janvier 1902, pour fêter l'inauguration du monument élevé à la mémoire de Francis Garnier. M. Waldeck-Rousseau y prononça une allocution dans laquelle il mit en lumière les progrès de la colonisation française.

Quelques semaines auparavant *, il avait affirmé qu'on n'avait pas à le conquérir à la politique coloniale : « Je l'ai défendue, disait-il, avec Gambetta, je l'ai défendue avec Ferry, et, tout récemment encore, j'ai plaidé sa cause avec trop de chaleur, sans doute, puisqu'un demes collègues exprimait, avec un sentiment de tristesse d'ailleurs bienveillant, l'appréhension que je fusse tout prêt a sacrifier à un certain impérialisme. Eh bien! soyez assurés que nous n'introduirons l'impérialisme ni à l'intérieur ni à l'extérieur. Nous avons su plus d'une fois résister aux suggestions les plus pressantes, tirées de certains exemples; nous n'avons jamais. cessé de dire ce que je répète aujourd'hui : qu'il ne s'agit plus d'élargir notre domaine colonial, mais qu'il faut le conserver, l'organiser, et le rendre plus fertile. Ce n'est donc pas une

i. Le 27 novembre 1901, banquet du Comxawfc *X. fcaN^».dustrie. Voir La Défense républicaine, p.YTV.

plus grande France que nous rêvons; mais je ne cache pas que nous rêvons une France plus grande par l'essor qu'elle saura donner à son commerce, par les progrès sociaux qu'elle ne cessera pas de réaliser » *.

Messieurs,

Le Gouvernement a voulu s'associer à l'hommage rendu par la ville de Saint-Etienne à l'un de ses plus nobles enfants et honorer à son tour l'homme courageux, je pourrais dire indécourageable, qui, presque toujours au milieu de l'indifférence et souvent en présence de l'hostilité, a cependant réussi à ouvrir à 'la France la route d'une de ses plus belles colonies.

A cette époque, on n'avait point sur la politique coloniale les mômes vues qu'aujourd'hui, et un peuple qui avait eu Colbert et Richelieu, une nation qui s'était établie au Canada et aux Indes en était venue à se demander si elle pouvait donner à une pareille politique l'expansion nécessaire. C'était alors une idée communément reçue que nos forces nationales ne feraient que s'affaiblir en se dispersant. Ce préjugé était encore vivace lorsque Jules Ferry entreprit d'établir en 1881 notre protectorat sur la Tunisie, et en 1883 notre domination en Indo-Chine : au Tonkin et en Annam.

Je crois que rien ne peut paraître plus surprenant aujourd'hui que les discours prononcés alors par des hommes politiques éminents, et le sentiment qu'on éprouve à cette lecture n'a d'analogue que la surprise ressentie lorsqu'on se reporte à ces débats mémorables

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