‹ Politique française et étrangèreChapitre 53 sur 76 · MM · texte numérisé non relu

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pays étranger sur notre demande, à l'abri de nos traités, ne pas étendre sur lui notre protection, c'est renoncer à notre protectorat. (Applaudissements. — Interruptions.)

M. Paul de Gassagnac. — Il vaut mieux être chrétien chinois que chrétien français. Vous faites là-bas le contraire de ce que vous faites ici.

M. Gauthier (de Clagny). — M. le Président du Conseil, voulez-vous me permettre une question?

M. le Président. — M. le Président du Conseil préfère continuer.

M. le Président du Conseil. — Je demande à la Chambre de me laisser achever mes observations.

J'en aurais fini avec cette partie du rapport de M. Hubbard s'il ne contenait encore un aperçu qui vient au soutien de sa thèse et me paraît constituer un véritable péril.

« Les établissements français catholiques établis en Chine s'adresseront, dit-il, au gouvernement chinois; c'est à l'Église catholique de faire valoir elle-même ses droits, de protéger elle-même ses établissements. »

Je réponds à l'honorable M. Hubbard qu'il fait à l'Église catholique un cadeau que nous n'avons jamais consenti, que nous ne consentirons jamais à lui faire. (Applaudissements.)

Et si telle est notre détermination après celle de tous nos prédécesseurs, sans en excepter aucun, sous quelque régime que ce soit, est-ce que, par hasard, c'est une question de vanité, d'ambition? C'est affaire de prudence et de sage précaution ; car si. l'on admet que l'Église catholique puisse être juge du nombre et de l'importance des établissements qu'elle fondera, de l'extension qu'elle leur donnera, des sacrifices et dfc^ concessions qu'elle voudra imposât li YHi^vya» feVraasp*-

ne voyez-vous pas à quels résultats nous pouvons être conduits? Et si elle va trop loin, et si elle est excessive dans ses actes, et si ce pays étranger se révolte contre ce qu'il considérera comme des empiétements inadmissibles : pensez-vous que ce jour-là il distinguera, comme l'honorable M. Hubbard, entre ceux qui ont la personnalité civile en France et ceux qui l'ont à l'étranger? (Rires et applaudissements.) Pensez-vous qu'il distinguera môme entre les particuliers français et les établissements?

Messieurs, ce jour-là, nous aurons appris à nos dépens que, pour avoir abdiqué le droit de contrôle, nous avons conservé néanmoins toute la responsabilité. (Très bien! très bien!)

Mais tandis que le jurisconsulte qu'est M. Hubbard... (Rires sur divers bancs, au centre.)

... Je ne puis permettre qu'on interprète mal mes paroles, je rends à un collègue et à un confrère la •justice qui lui est due; il n'y a dans mes paroles aucune ironie. (Très bien! très bien!)

Tandis que le jurisconsulte qu'est M. Hubbard s'arrête à créer des distinctions, des catégories, en disant : ceux-ci seront payés, ceux-là ne le seront pas, l'homme politique a été entraîné plus loin par la logique môme de son système ; il vous a dit : Pourquoi maintenir des missions à l'étranger? Pourquoi ne pas concentrer toute notre sollicitude sur les intérêts commerciaux, sur les comptoirs de nos commerçants? Les missions ont été la cause de l'insurrection, — on ajoutait même tout à l'heure qu'elles ont abusé de notre victoire, — c'est pour les secourir que nous avons débarqué en Chine et le 17 juin, au moment où nous occupions les forts de Takou, pas un Européen n'avait été molesté, le sang n'avait pas cou\fe. d'esA. &owt ^\ç& o^& \iw&&

aurions volé avec trop de rapidité au secours de nos missionnaires que des massacres dont le souvenir est présent à tous les esprits n'auraient pas tardé à se produire....

Ce sont là des affirmations que je ne peux pas laisser passer sans réponse.

J'ai toujours admiré — et je parle d'un sentiment qui n'est pas particulier à l'honorable M. Hubbard — l'extrême facilité et la sérénité extraordinaire avec lesquelles nous raisonnons des dangers que nous n'avons pas courus, {/tires et applaudissements .) Il y avait en Chine quelqu'un, un de ces témoins qu'on peut en toute confiance appeler à sa barre. Ce témoin, la Commission du budget l'a entendu, c'est l'honorable M. Pichon, un de nos anciens collègues. J'ai bien le droit, à mon tour, de le faire entendre à la Chambre. D'une note que, sur ma demande, il a bien voulu me remettre, j'extrais les quelques lignes que voici :

« M. Hubbard dit que, le 17 juin, quand les forts de Takou furent pris par les troupes étrangères, pas un seul Européen n'avait encore été tué. Or, voici quelle était la situation exacte à cette date. Les chemins de fer de Tien-Tsin à Pékin, et de Pékin à Pao-Ting-Fou, avaient été détruits; un Suisse, une Française, deux Français, trois Italiens, appartenant à l'administration de ces chemins de fer, avaient été assassinés. La plupart des missions russes, américaines, anglaises et françaises de Pékin avaient été incendiées; toutes les lignes télégraphiques mettant Pékin en communication avec Tien-rTsin et avec l'étranger avaient été coupées; presque toutes les maisons européennes situées en dehors du quartier des légations avaient été pillées et brûlées; deux mille maisons chinoise <S^ Va. capilaJe avaient été anéanties-, taw* ^^<^ys> ^

Pékin avaient été assassinés ; les légations étaient attaquées depuis la fin du mois de mai et obligées de se barricader et de se défendre en faisant feu sur les Boxers. Tous les étrangers passaient les jours et les nuits en armes à surveiller les incendiaires et à se préserver des assassins. »

Voilà, en raccourci, Phistoire des heures tragiques et sanglantes vécues par nos légations, nos nationaux, les missions.

Eh bien, je me demande quel est en vérité ce mal étrange et pernicieux qui nous rend si enclins à tourner contre nous-mêmes et sans cesse tous les efforts de notre censure la plus amère, de nos critiques les plus cruelles [Très bien! très bien!), qui nous amène, semble-t-il, à souhaiter comme une victoire la conquête de quelques documents d'où pourrait résulter la preuve que nous avons manqué aux lois de l'humanité ( Vifs applaudissements sur un grand nombre de bancs), à concevoir je ne sais quel désir de découvrir quelque raison secrète de rougir devant le monde! (Nouveaux applaudissements sur les mrmes bancs.)

On est revenu sur un débat antérieur dans lequel, en quelques mots, j'ai dit ce que pense le Gouvernement de ceux de son armée qui sont allés en Chine, et pris à témoin — je pourrais, avoir d'autres témoins encore — non pas seulement les Français qui étaient là, avec eux, dans le péril, dans le danger, mais encore les étrangers eux-mêmes. Aujourd'hui, revenant sur cette idée, on nous dit : Mais pourquoi ne communiquez-vous pas un certain rapport, le rapport du général Voyron...

M. Camille Pelletan. — A la Commission du budget.

M. le Président du Conseil. — A la Commission du

budget, c'est le communiquer à la Chambre. (Applaudissements.) La Commission du budget n'est pas un tribunal pouvant statuer à huis clos, et j'en ai pour témoins les signes que veulent bien me faire ceux de ses membres que j'aperçois devant moi. (1res bien! très bien !)

Je vais vous le dire : ce rapport du générai Yoyron, lorsque M. Hubbard en a demandé communication à M. le ministre de la Marine, celui-ci a bien voulu me le transmettre. Je l'ai relu, car il avait déjà passé sous mes yeux. Le général Yoyron, à notre demande, s'explique, au point de vue du fait et au point de vue du droit, sur le droit de prise; et il émet des appréciations absolument conformes aux appréciations du Gouvernement.

A cette partie de son rapport, nous avons donné les conclusions qu'elle comportait. Nous avons décidé deux choses : l'abrogation de l'article 39 du règlement sur le service en campagne, c'est-à-dire la suppression du droit de prise. En second lieu, nous avons décidé que toutes les prises seraient restituées. (Très bien! très bien !)

Le rapport du général Voyron contient encore d'autres faits. Non seulement il constate qu'en effet, contre toute espèce de droit, certaines personnalités se sont fait justice,, mais il indique quels sont les documents dans lesquels on pourra trouver, la preuve de ces abus. Toutes ces pièces, tous ces documents auxquels fait allusion ce rapport, le gouvernement les remettra à cette Commission même que la Chambre va instituer et dont le premier devoir sera de contrôler les chiffres et les prétentions qui lui seront soumis. Mais je n'apprends, je pense, à personne que le général Voyron ne rencontrait pas seule-

ment des difficultés d'ordre militaire : je me serai peut-être fait suffisamment comprendre quand j'aurai dit que nous n'étions pas seuls en Chine; et c'est pourquoi nous n'assumerons pas la responsabilité de divulguer une correspondance dont le général Voyron a de sa main souligné le caractère confidentiel. Cela, nous ne le ferons pas, nous ne le ferons jamais ! (Vifs applaudissements sur un grand nombre de bancs.)

M. Lucien Millevoye. — Comment M. Sembat les connatt-il alors?

M. le Président du Conseil. — Ce n'est pas à dire que nous entendions absoudre le moins du monde ou certaines fautes ou certains excès. S'il y a des responsabilités engagées, laissez-moi vous dire que c'est affaire entre ceux qui ont commis la faute et nous, et nous ne prendrons pas la Chine à témoin de ce règlement.

Mais quelle est donc la question qui se pose à la Chambre?

Comment! de ce que des protégés auraient commis des excès, vous allez conclure qu'il faut renoncer au protectorat! Comme si le protectorat s'exerçait dans leur intérêt et non pas dans l'intérêt de la France, du maintien de son influence (Très bien! très bien!), et du maintien aussi de l'équilibre extérieur auquel nous devons tenir d'autant plus fortement qu'il peut contribuer à rétablir dans une certaine mesure au moins un autre équilibre qui pendant si longtemps a été la garantie de l'Europe. (Très bien! très bien!)

Et maintenant, je serai plus bref, car il me semble

que j'ai répondu aux sentiments ds la Chambre. (Très

bien! très bien!) Est-ce que notre politique en Ex-

trèinv-Or'wnl ne ommande pas des précautions? Est-

co qu'à l'égard des imssuma \s C»wvnw&otiskjX \£^\**

fait connaître une opinion très arrêtée? Mais, messieurs, ici encore, j'ai eu l'occasion de m'expliquer; c'était encore au Sénat, je rappelais des paroles prononcées jadis par l'honorable M. Hanotaux, les voici :

« Môme au point de vue de l'exercice du protectorat catholique, dans ce qui touche, si je puis dire, à son régime intérieur, nous nous trouvons fréquemment en présence de difficultés très réelles, et je suis sûr, — l'honorable évoque d'Angers était alors député, — que Mgr Freppel lui-môme ne me désavouerait pas, si j'affirmais ici qu'il est bien difficile de mener ensemble, de diriger, de conduire, de soutenir et de maintenir à la fois, toute la série des ordres religieux et des clergés divers qui se partagent les populations catholiques de l'Orient... Ils ne s'arrangent pas toujours entre eux et s'ils nous apportent une part d'influence, ils nous apportent aussi une part de responsabilités et de difficultés. »

On ne peut pas tenir un langage plus mesuré et, à mon sens, plus juste. Je mêle suis approprié et j'en ai tiré cette conclusion que le devoir du Gouvernement était d'établir et de fortifier son contrôle sur les missions, de faire en sorte que tous ceux qui se réclament de notre influence ou qui en prpfitent fussent ramenés à une discipline plus exacte. Je crois avoir, par là, défini d'une façon bien nette quelle nous paraît devoir être la politique du Gouvernement. {Très bien! très bien !)

Mais ira-t-on plus loin et, pour supprimer toutes difficultés, supprimera-t-on les missions elles-mêmes? Eh bien, je maintiens qu'aucun homme politique, je dis aucun homme politique ayant la responsabilité de l'avenir et des intérêts du pays, ne fera ce pas décisif, et imprudent, sans s'être dem&w&fe cpiçXwsrôk

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l'effet sur notre situation à l'extérieur et à l'intérieur d'une pareille évolution ; sans se demander — j'emploie des expressions qui sont assez mesurées et assez précises pour être bien comprises de tout le monde — si, à l'heure actuelle, nous avons intérêt à être présents en Chine, comme l'Amérique, comme l'Angleterre, comme l'Autriche, comme toutes les puissances, nous qui avons aux confins mômes de cet empire de Chine notre plus grand empire asiatique. {Très bien! très bien!)

Et après s'être posé cette question : Avons-nous intérêt à être présents en Chine? il se demandera encore: Quelle est notre raison d'être présents en Chine, raison que nous n'avons pas créée, raison que nous n'avons pas choisie, mais dont nous avons hérité ? Elle provient d'un fait historique plus que séculaire. Toute notre histoire enseigne que chez nous l'évolution intellectuelle et morale a toujours devancé l'évolution matérielle et commerciale ; et l'on peut apprendre aux mêmes sources, que jusqu'au moment où la philosophie commença d'entreprendre la conquête des esprits, toute une partie de l'intellectualité de notre pays et de son activité morale est soumise au pouvoir religieux. [Mouvements divers.) Jusqu'au moment où se prépara la Révolution par la Réforme, l'Église catholique nV t-elle pas tendu à tout absorber, les arts, les lettres, l'enseignement? Est-ce qu'elle n'a pas l'assistance? [Très bien! très bien! sur divers bancs à gauche et au centre. — Applaudissements et rires sur d'autres bancs à droite et à l'extrême gauche.)

M. Alexandre Zévaès. — C'est la défense républicaine !

M. Paul de Cassagnac. — C'est un restant du séminaire 1

M. Marcel Sembat. — Le Vatican a bien fait de vous féliciter !

M. le Président du Conseil. — Et s'il en est ainsi, si véritablement, malgré ce qu'en semblent penser certains de mes contradicteurs, la Révolution française n'est venue qu'à la fin du dernier siècle (Sourires), s'il y a eu en France un ancien régime durant lequel l'Église même a exercé presque sans partage la tyrannie que nous avons secouée, je demande comment on s'étonnera que le mouvement de pénétration morale, qui s^st opéré au loin, n'ait pas été l'œuvre du même pouvoir absorbant que je viensde rappeler....

Ne remontons pas au delà de 1844. Je prends cette date, parce que c'est celle d'un des premiers traités qui constituent ou qui règlent notre protectorat.

En 1844, quels étaient [donc nos intérêts en Chine? Est-ce que dans les écoles nous avions des instituteurs laïques? D'où seraient-ils venus? S'était-il fondé des sociétés civiles pour créer des dispensaires, ou entretenir des médecins, ou encore pour fonder des hôpitaux ? Quelques voyageurs étaient venus en Chine, ils avaient traversé le pays sans y laisser de trace; quelques commerçants hardis étaient venus décharger ou prendre quelques marchandises en ces points de ces côtes et avaient repris la mer; mais, plus obstiné, le prosélytisme religieux s'était enraciné malgré les résistances et, quel que soit le but qu'il ait poursuivi, il rendait dès ce moment un double service dont il appartient justement à la politique contemporaine de dégager les résultats.

M. Paul de Cassagnac. — C'est pour cela que vous avez chassé les congrégations de France I

M. Alexandre Zévaès. — Malheureus^va^wV^ ^ tes a pas chassées !

M. le Président. — Je vous en prie, laissez parler!

M. le Président du Conseil. — Le premier de ces services c'était de parler notre langue et de renseigner aux autres ; le second, d'habituer un pays essentiellement rebelle à l'accession des étrangers, à la présence des étrangers. Rien au monde ne peut faire que ce qui a été ne fût pas et que la situation, à l'époque à laquelle je me place, comme celle que nous avons trouvée il y a quelques années, ne fût la suivante : tous les services d'éducation ou d'assistance soutenus et dirigés par des missions. Nous n'avons pas attendu les sinistres événements de Pékin pour réfléchir sur notre rôle en Chine; nos prédécesseurs avaient fait de môme et nous avons, secondés par un ministre qui défendait nos intérêts en Chine avec une grande vigilance et une judicieuse pénétration, travaillé à faire disparaître un double et dangereux abus. Lorsque les missionnaires avaient à traiter une très minime affaire, relever un mur, ouvrir une fenêtre, immédiatement ils recouraient à la légation; mais quand il s'agissait d'engager les plus graves affaires — je dis les plus graves, — ils marchaient, ils traitaient directement, et, une fois noire politique engagée, revenaient vers les légations. C'est à cet état de choses qu'il nous a paru essentiel d'apporter un remède. Et voici ce qui a été fait par la convention dont on a parlé ici dans des termes qui m'ont beaucoup surpris, qui porteraient à croire qu'on l'a jugée sur une insuffisante analyse plus que par son texle. Je fais allusion à la convention qu'on a appelée la convention Favier. Lorsque j'ai voulu savoir quelle en a été la portée, j'ai interrogé M. Pichon qui m'écrivait ceci :

« Cette convention, 4owt ovi m^M^v\^ Y*t\&* ^

l'esprit, n'a nullement été négociée en dehors de nous par l'évèque de Pékin. Toutes ses clauses destinées à renforcer l'influence politique de la France en Chine en établissant notre droit historique de protectorat religieux, en diminuant les causes de discussions et de mésintelligence entre nous et le gouvernement chinois, en interdisant aux missions de se mêler à des questions d'ordre intérieur .entre Chinois, sont dues à notre diplomatie. »

M. le Rapporteur. — La convention a-t-elle été publiée dans les Livres Jaunes et portée à la connaissance du Parlement? Je n'ai pas pu en trouver le texte.

M. le Président du Conseil. — J'ignore si elle a été publiée, mais je puis vous assurer que la divulgation de ce texte ne présente aucun inconvénient. Je crois que, lorsque vous le connaîtrez exactement, vous verrez combien votre critique était inexacte.

C'est de ce document que l'honorable M. Hubbard prenait texte pour dire : « Eh bien, avant la convention Favier, c'est vrai, les établissements religieux étaient sous le protectorat français, mais cette convention en a fait des établissements chinois; ils sont entrés dans une église catholique chinoise. » Il ajoutait : « La preuve en est que voilà nos missionnaires et évêques devenus mandarins. » (On rit.)

Il y aurait beaucoup à dire à propos de cet aperçu, car, en Chine, on peut avoir le titre de mandarin et n'être pas Chinois. (Rires sur divers bancs,) Et, pour citer un haut fonctionnaire, sir Robert Hart, je pense que, bien que son nom soit accolé à la haute distinction de mandarin de première classe...

M. Julien Goujon. — Prenez garde! Celaoouc\^ vous arriver! [Nouveaux rires.)

M. le Président du Conseil. — ■ ... s'il avait à se réclamer de l'Angleterre, elle ne considérerait pas qu'il ait perdu sa nationalité !

Mais il n'y a rien de pareil dans le traité. On y trouve une série de stipulations qui vont rappeler à la Chambre une institution souvent un peu raillée, mais nécessaire, le protocole. (Sourires.) j'y vois, en effet, qu'on a réglé à quels fonctionnaires tels missionnaires pourraient rendre visite, et voyez comme tout est heureusement disposé :

Les évoques pourront rendre visite au vice-roi et au gouverneur; les vicaires généraux et les archiprétres sont autorisés à voir les trésoriers et juges provinciaux et intendants et le menu peuple; les autres prêtres sont autorisés à voir les préfets de première et de deuxième classe, les préfets indépendants, les sous-préfets et autres fonctionnaires. (Rires et mouvements divers.)

M. Julien Dumas. — A quoi cela sert-il?

M. le Président du Conseil. — Mais ce qui est capital, c'est cette stipulation qui domine toute la convention :

« Lorsqu'une affaire de mission grave ou impor- « tante surviendra dans une des provinces, quelle « qu'elle soit, l'évoque et les missionnaires devront « solliciter l'intervention du ministre ou des consuls « de la puissance à laquelle le pape a confié le protec- « torat religieux; ces derniers régleront et termine- « ront l'affaire soit avec le Tsung-li-Yamen, soit avec « les autorités locales. » (Très bien! très bien!) Eh bien, qu'on ne dise pas que la convention Favier a fait sortir les établissements religieux d'Extrêrae- Orient de la protection française pour les placer simplement sous le domaine tfwwe TOtatvNfe ^.taluçie

chinoise, puisqu'au contraire nous avons voulu et obtenu qu'aucune affaire grave ne pût être jugée que par notre intermédiaire. {Très bien! très bien!) Or, je suppose que c'est Jà encore une des circonstances et un des caractères auxquels on peut reconnaître un protégé.

Tels sont les résultats que nous avons obtenus. Nous avons pensé qu'il fallait moins de prédication, plus .d'enseignement, plus d'assistance et surtout plus de discipline. Et, au moment où les troubles de Chine et les faits de Pékin venaient à se produire, voici quelle était notre situation en Chine. Nous avions des écoles à Pékin, à Tien-Tsin, à Shangaï, Pao-Ting-Fou, à Tuyenfou, à Pakoi, à Canton, à Tong-Kin dans le Kouang-Toun, l'île d'Haïnan, le Kouang-Si, le Yunnan. Nous avions à Pékin, une université d'enseignement supérieur, et à Shangaï un observatoire. Puis, dans toutes les provinces où des missions avaient pénétré, c'étaient des hôpitaux et des dispensaires. Pour ne citer qu'un exemple, à Pékin, il y avait trois hôpitaux dirigés par les lazaristes, dont deux ont été entièrement détruits.

L'enseignement du français avait porté ses fruits, car par là s'est trouvé préparé pour nos entreprises tout un personnel, toute une clientèle française. On a parlé du chemin de fer d'Han-Kéou-Pékin. C'est par les écoles qui avaient été fondées, c'est par l'enseignement de notre langue qui y était donné, qu'il a été possible de recruter un personnel exclusivement français et, par conséquent, d'ajouter non pas seulement à la réalité des choses, mais à l'extériorité des choses, un signe de plus où l'on pût reconnaître que la France avait sa large part dans cette grande ^akts prise.

Alors nous revenons à notre point de départ. La question qui se pose et que la Chambre doit résoudre est la suivante : Abandonnerons-nous un de ces hôpitaux, une de ces écoles, un de ces dispensaires?

J'affirme que nul ne se résignera à le faire; nul, après avoir considéré le retentissement qui pourrait en résulter. Car, quelle que soit l'opinion des hommes, quelles que soient leurs théories politiques, si loin qu'ils puissent aller dans leur doctrine, nul, entendez-le bien, ne deviendra le Gouvernement sans regarder au delà de ces premiers plans où frémissent toutes les passions politiques, fût-ce les plus nobles, dont s'alimente notre politique intérieure... {Très bien ! très bien /) sans porter ses regards plus loin au bord de quelque fleuve ou au pied de quelque chaîne de montagnes, pour discerner ce que commande l'intérèt de la France, son avenir, sa grandeur. {Applaudissements.)

On peut, sans doute, concevoir la création dans l'espace d'un pays idéal, assez heureux pour se suffire, n'ayant pas de passé, n'ayant pas de rivaux; échappant à la nécessité de regarder sans cesse autour de lui et de compter avec cet axiome que les questions de prééminence sont parfois des questions de conservation.

Le magicien qui voudra fonder ce pays d'Utopie fera bien de choisir quelque point d'un océan ignoré, s'il en existe encore, assez fertile sans doute pour nourrir ses habitants, mais assez pauvre pour ne tenter l'ambition de personne. {Applaudissements et rires approbatifs au centre et à gauche.) Il devra surtout faire en sorte que son peuple ne soit pas une démocratie] car la loi des démocraties, ce n'est pas l'immobilité, la stagnation à^ns» Vb sta\u ^uo : c'est

révolution (Très bien! très bien!), c est la consommation chaque jour plus large, c'est l'intensité de vie chaque jour plus grande, c'esïplus de travail, et c'est par conséquent plus d'industrie et plus de commerce. (Applaudissements au centre et à gauche,)

Mais, messieurs, nous ne sommes pas de ce pays-là; nous avons une histoire, nous avons appris par de trop graves expériences qu'il ne suffît pas toujours de ne point décroître quand tout le monde grandit autour de nous. (Très bien! très bien!) Pas plus qu'aucun peuple de l'Europe nç>us n'avons pu rester enfermés dans nos frontières, et c'est en dehors du vieux continent que nous avons cherché à nous étendre. Nous avons fondé des colonies; là où la terre n'était pas libre, nous avons assis notre influence. Ainsi s'est formé un vaste empire, épars en apparence, solidaire dans toutes ses parties en réalité, qui forme comme un réseau à mailles ou plus étroites ou plus larges, mais singulièrement impressionnable, sur lequel les moindres vibrations se transmettent avec une foudroyante soudaineté (Très bien! très bien!) un tel événement dans de tels milieux aurait un retentissement incalculable, et c'est pourquoi en pareille matière un peu de fierté, un juste souci du point d'honneur ne sont que de la vulgaire prudence. (Très bien! très bien!)

M. Firmin Faure. — C'est la doctrine nationaliste.

A gauche. — C'est la doctrine française !

M. le Président du CoiNSEiL. — Sans doute, messieurs, il faut être ménager, il faut être avare des deniers de la France, du sang de la France, qui est la réserve nécessaire et sacrée ; mais ceux-là n'aperçoivent qu'un des moindres aspects des choses ^quiwycû^ lent seulement avec les rèsuUfcls \»a\&c\s\^ OùVksn^

dans quelques régions de l'Afrique ou de l'Asie. Pense-t-on que l'eîfort que nous y avons déployé, l'organisation dont nous avons fait la preuve, la valeur de ceux qui ont combattu pour nous, leur endurance, n'aient pas été de quelque profit pour notre situation en Europe? et si nous étions assez injustes pour en douter, nous serions les seuls à prendre de nous-même une opinion si peu favorable. (Applaudissements au centre et à gauche.)

Non, tant de sacrifices n'ont pas été perdus! La troisième République n'avait pas seulement à accomplir une tâche politique : elle avait aussi une tâche nationale, l'œuvre de notre relèvement. (Applaudissements.) Elle a su la remplir; les garanties qu'elle a données de sa politique pacifique permettent de le dire bien haut. Et si quelque chose peut nous soutenir au milieu de tant de difficultés qui semblent avoir été ménagées au cabinet actuel, c'est la pensée, c'est la certitude qu'il laissera la France plus forte demain qu'il ne l'avait trouvée hier. (Applaudissements vifs et prolongés sur un grand nombre de bancs au centre, à gauche et sur divers bancs à droite.)

Chambre des Défutés. Séances des 21 et 25 novembre 1901 . — A la séance du 21 novembre, M. Marcel Sembat demanda l'ajournement du vote de l'emprunt jusqu'à ce que le Gouvernement soumît à la ratification de la Chambre V instrument diplomatique qui engageait les intérêts financiers et diplomatiques de la France. M. Waldeck-Rousseau prononça quelques mots pour repousser cette motion qui soulevait des difficultés d'ordre constitutionnel : « Le Gouvernement, disait-il, n'estsans doute pas le seul gardien des prérogatives constitutionnelles, mais tout au moins ne peul-\\ aAmfcWsfe ç£\fc, &\\^\&k&%y&

ou indirectement, il leur soit porté atteinte ». L'ajournement fut repoussé par 363 voix contre 204.

M. Paul Guieysse, dans la séance du 25, présenta une motion invitant le Gouvernement à faire connaître à la commission du budget les pièces et documents signalés dans le rapport du général Voyron, afin que la commission pût écarter de la répartition des indemnités les personnes visées par ce rapporl. Cette motion fut rejetée après une brève réplique du Président du Conseil.

M. Waldeck-Rousseau, président du Conseil, ministre de VIntérieur et des Cultes. — Messieurs, je crois que les déclarations que j'ai apportées à la tribune, et que l'honorable M. Guieysse a bien voulu rappeler, sont de nature à donner satisfaction aux légitimes préoccupations de la Chambre.

La Chambre, en effet, est en présence de deux questions bien différentes. Doit-elle voter un emprunt, et quel sera le chiffre, de cet emprunt? Lorsqu'elle aura statué sur ce premier point, il s'agira d'examiner quels sont les indemnitaires, quels sont leurs droits, quel est le montant de leur créance. J'ai déclaré de la façon la plus nette que la commission instituée par l'article 3 étant le juge naturel de ce genre de réclamations, devant être appelée à statuer et sur le principe des créances et sur leur montant, c'est à cette f commission, et à elle seule, que le Gouvernement pourra remettre les documents qui lui permettront d'accomplir son œuvre. [Très bien! très bien !)

La Chambre voudra bien remarquer que si elle subordonnait, comme le demande notre honorable col* lègue, le vote de l'emprunt lui-même, quel qu'en soit le chiffre, à l'examen du bien ou mal fondé des créances qui pourront être présentées par les uns ou

I par les autres, ce serait l'ajoutuem^iiX. te \^ Nsfc. *x

l'échec de l'emprunt. Le Gouvernement ne peut donc pas accepter la motion déposée par l'honorable M. Guieysse; il demande à la Chambre de réserver à la commission instituée pour statuer sur la valeur et le chiffre des indemnités l'examen des documents qui seront de nature à lui permettre d'accomplir son œuvre. (Très bien! très bien!)

Au moment où la Chambre allait statuer sur le chiffre de l'emprunt, M. de Mun sollicita l'opinion du Gouvernement sur la manière dont seraient réglées les indemnités. Dans sa réponse, M. Waldeck-Rousseau, après avoir affirmé que le Gouvernement ne distinguerait pas entre ses protégés,Jfit appel à la majorité républicaine, et l'emprunt fut voté par 295 voix contre 249.

M. Waldeck-Rousseau, président du Conseil, ministre de r Intérieur et des Cultes. — Messieurs, on demande au Gouvernement s'il entend établir des distinctions entre les différents indemnitaires. Il me semblait que le Gouvernement s'était expliqué sur ce point avec une parfaite clarté. (Très bien! très bien!) Mais, puisqu'il n'a pas été suffisamment compris de quelques-uns, je répéterai donc qu'il n'a fait qu'exercer dans toute son étendue les devoirs du protectorat en refusant de distinguer entre ses protégés. (Très bien! très bien !)

M. Ciiarles Bernard. — Vous êtes un Gouvernement de distinguo.

M. le Président. — M. le Président du Conseil dit précisément le contraire. (Hilarité.) Vous auriez pu vous épargner cette interruption.

M. le Président du Conseil. — J'ai dit à la Chambre qu'en agissant ainsi le Gouvernement se plaçait non pas au point de vue des*\iiV^^^\\N^,\^,^^si^vat

L'EXPÉDITION kDE CHINE 45T

de vue du maintien de son protectorat lui-même. (Très bien! très bien!). Et, appelé à expliquer trè& nettement quelle était notre politique en Extrême- Orient, j'ai faontré que le Gouvernement n'avait fait que suivre une tradition invariable.

M. Edouard Vaillant. — Cléricale.

M. le Président du Conseil. — Non, certes! républicaine et à laquelle tous les ministères précédents se* sont conformés, depuis le ministère de l'honorable M. Goblet jusqu'au ministère de l'honorable M. Brisson, jusqu'au ministère de l'honorable M. Bourgeois. ( Très bien ! très bien !)

Ce qui est vrai, messieurs, — il ne me coûte pas de le redire, — c'est qu'il y a des heures où Ton doit considérer d'une façon plus particulière, non pas seulement les devoirs, mais les droits du protectorat.

Nous sommes résolus à assumer les uns et à exercer les autres (Applaudissements), et à montrer que le mot de protection, dans le sens où il faut l'entendre, a un corollaire nécessaire et indiscuté de tous, qui est la subordination. (Nouveaux applaudissements.)

Je ne veux pas rechercher maintenant si dans ce débat des préoccupations d'un autre ordre ont trouvé leur place, et si, aux considérations qui touchent la politique extérieure, d'autres raisons — comment dirai-je? — moins lointaines, ne sont pas venues se joindre. [On rit.)

J'ai entendu l'honorable M. Cochin dire qu'il ne voterait pas l'emprunt parce que nous n'avions pas sa confiance; j'ai entendu M. Millevoye apporter ici la même déclaration.

M. Périllier. — C'est ce qui vous honore.

M. le Président du Conseil — J'ai le droit de o*^ être ni surpris ni affligé, et Sfcna ty\s\ &<tf&\fc As> wsfc.

raison de rester fidèles à leur opposition ainsi que le ministère demeurera fidèle à sa propre politique. (Applaudissements à gauche.)

C'est donc à la majorité républicaine...

M. l'amiral Rieunier. — Laquelle? Celle de droite ou celle de gauche ?

M. de Baudry d'Assqn. — Vous êtes redevenu clérical, monsieur le Président du Conseil! {On rit.)

M. le Président du Conseil. — Je ne le suis pas assez à votre gré.

C'est donc à la majorité républicaine que le Gouvernement s'adresse pour faire prévaloir une fois de plus une politique que le parti républicain n'a jamais négligé de défendre, et que le Gouvernement actuel n'a pas cessé de pratiquer. (Applaudissements.)

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