LE REPRÉSENTANT BAUDIN
Le dimanche 22 décembre 1901, une cérémonie eut lieu, au faubourg Saint-Antoine, en l'honneur du cinquantenaire de la mort du représentant Alphonse Baudin, tué au 2 Décembre sur une barricade.
Cette commémoration était présidée par M. Loubet, Président de la République, entouré des ministres, des membres du Parlement, d'un grand nombre de fonctionnaires, etc. Des discours furent prononcés par MM. Fallières, président du Sénat; Paul Deschanel, président de la Chambre, et Waldeck-Rousseau, président du Conseil, qui s'exprima en ces termes au nom du Gouvernement :
Monsieur le Président de la République, Messieurs,
J'apporte à la mémoire d'Alphonse Baudin l'hommage du Gouvernement. Il ne pouvait manquer de s'associer à l'initiative respectueuse qui a voulu qu'au lieu môme où il est tombé cette statue évoquât son image. Aussi bien, le culte de ses héros est-il pour une démocratie un devoir tout à la fois de justice et de sagesse.
Baudia, comme beaucoup de jeunes hommes de sa génération, fut élevé dans les principes de la Révolution et reçut son empreinte. Elle n'était point entrée dans l'impartialité de l'histoire. Elle vivait toujours frémissante dans les hommes qui l'avaient servie, tém)ins d'un temps où l'évolution pacifique n'avait point encore trouvé sa formule et ses lois. C'était trop peu que de penser seulement et de vouloir, il fallait
que l'action individuelle secondât l'idée: pour eux, la notion du devoir civique n'allait pas sans l'acceptation du sacrifice.
Aussi, l'éducation qui fut alors donnée à leurs fils ne se borna point à leur transmettre des doctrines, elle forma des caractères dignes d'une époque où la science de la vie s'effaçait devant le mépris de la mort.
Républicain par éducation et par conviction, Baudin était acquis d'avance au parti de la liberté, qui, une fois de plus, se dressait contre la monarchie, préparait sa chute, et n'aboutissait, cependant, qu'à la longue déception du Gouvernement de Juillet, imposé moins par l'habileté des politiques que par l'imprévu du succès. Esprit méthodique et réfléchi, habitué aux déductions de la science, il salua, dans l'avènement de la République de 1848, le terme logique d'une transformation prévue et nécessaire.
Il aborda la vie publique avec la sereine confiance des âmes fortement trempées, qui n'acceptent pas seulement de la liberté les facilités et les douceurs, mais les périls et les épreuves.
Au moment où les électeurs de l'Ain l'envoyaient à l'Assemblée législative, l'effort qui, pour la seconde fois en France, venait de fonder une République, était déjà compromis, et, sans qu'aucune vue bien précise les dirigeât encore, des événements prochains allaient enseigner à la démocratie que l'affirmation des principes ne suffit point à sa conservation, qu'elle doit s'élever jusqu'à la conception d'un Gouvernement fondé sur les données positives de l'expérience et de la raison, et capable, pour s'imposer progressivement à tous, de s'imposer à lui-même une méthode et une discipline.
Bien des critiques amères ont été dirigées contre les