E.-E. TACHÉ
" Sous-ministre. "
Il appert notamment que ces limites étaient en vente depuis trois ans ; que nous n'avions pas eu d'acheteur à $60 et même à $55.00 ; qu'au mois de juin 1905, elles ont été offertes en blocs El 3 ,
séparés à $125.00 et non à $400.00, comme l'affiime M. Bourassa.
Où étaient donc les deux citoyens de Shawinigan prêts à payer jusqu'à $350 ?
M. Bourassa laisse entendre que cette vente fut décidée pendant le lunch, au Club de la Garnison, et qu'entre la poire et le fromage, entre deux verres de vin, je fis à un spéculateur le sacrifice de notre domaine national. M. Breakey a publié dans les journaux la lettre suivante :
" Chaudière Mills, 2 sept. 1907.
" Au rédacteur du " Chronicle ", " Cher monsieur,
" A mon retour d'un voyage assez prolongé aux Etats-Unis, on " attire mon attention sur certains rapports de discours faits par M. " Bourassa et parus dans le " Montréal Star ", et dans la "Patrie." " Ces rapports font dire à M. Bourassa que, lorsqu'en ma qualité de " membre du syndicat, j'ai acheté des limites à une vente publique " tenue à Québec en juin 1905, j'avais, avant la vente, dîné avec " M. Turgeon, ministre des Terres et Forêts, au Club de la Garnison.
" Je n'ai jamais ni déjeuné, ni dîné, ni soupé avec l'hon. " Turgeon, ministre des Terres et Forêts, au Club de la Garnison, " ni nulle part ailleurs, ce jour-là, ni aucun jour précédent, ni " depuis.
" Votre dévoué.
" John Breakey. "
Il est faux, en dernier lieu, que M. Breakey ait revendu avec un bénéfice de $695.000. D'après mes informations, et j'ai raison de les croire exactes, ce que la Burgers Sulphide Company a acheté pour non pas $800,000, ni 700,000, ni 500,000, ni 400,000, mais à peu près $300,000, ce sont non seulement les limites de M. Breakey, mais le. pouvoir d'eau de la Tuque, qui avait été payé $50,000, le subside en terres de la compagnie du chemin de fer du Lac St- Jean pour l'embranchement de la Tuque, et même un tarif de faveur sur la ligne du chemin de fer du Lac St- Jean pour le transport de leurs marchandises.
Où M. Bourassa a-t-il recueilli cette calomnie odieuse ? Voici un homme qui se prétend libéral et qui, sans provoquer un mot d'explication de ma part, sans chercher à remonter aux sources, sans
souci de mon honneur comme citoyen et de ma réputation comme homme public, la dissémine, cette calomnie, aux quatre points de la province. Je lui ai déjà donné le démenti. Je lui apporte, aujourd'hui, des documents décisifs. S'il croit pouvoir se dérober par le silence, ou par de nouvelles injures, à ma légitime indignation, il est dans une erreur profonde. J'ai fait preuve de patience dans ces derniers mois, et j'en suis encore capable, mais je suis capable de persévérance aussi et j'en aurai — je le crie bien haut à mes diffamateurs— pour revendiquer la seule chose, le seul bien qui me reste après avoir été ministre pendant dix ans : l'honneur de mon nom et l'intégrité de ma réputation.
Ah ! c'est un bien difficile à défendre par le temps qui court ! Un journal de Montréal, journal sans responsabilité et rédigé par des hommes de paille, a poussé l'audace jusqu'à porter contre moi une accusation de parjure. L'accusation était facile à sa face même ; elle n'a pas l'ombre d'une justification. Dans cinq numéros consécutifs, l'accusation a été répétée. J'ai pris une action au commencement du mois d'août et, après six semaines, croyez-vous que ce journal a produit un plaidoyer ? Non pas ; mais on multiplie les moyens dilatoires pour retarder l'instruction du procès. Pendant ce temps, M. Bourassa fait d'aimables plaisanteries sur le montant relativement peu élevé de mon action. Je n'ai pas la naïveté de chercher à soutirer de l'argent au " Nationaliste ", et à l'écrivain qui se cache sous le pseudonyme de Pierre Beaudry, et qui a été trop lâche pour 'lever son masque. De l'argent, je n'en veux pas ; mais ce que je veux avoir et ce que j'aurai malgré les habiletés de procureurs, c'est une enquête judiciaire, car l'enquête c'est la lumière, c'est la réhabilitation et ce sera la marque au fer rouge pour le " Nationaliste " et pour ses souffleurs.