LA LETTRE DU DOCTEUR CLOUTIER
Et que trouve t-on un peu plus tard, en 1897, alors que l'honorable député de Nicolet était lui même à la tête de l'administration provinciale? Le docteur Cloutier, de St-George de Beauce, un bon et fidèle partisan et, si je ne me trompe pas, un candidat conservateur, écrivait au chef de l'opposition une lettre dont l'honorabie député de Beauce a demandé la production et que je citerai à cette Chambre, avec votre permission,
Cette lettre est longue mais elle est intéressante, Voici comment ce bon et fidèle conservateur jugeait l'administration de 1897, voici comment ce futur candidat jugeait son chef l'honorable député de Nicolet, alors premier ministre de cette province :
“NOMBRE DE COLONS NE PEUVENT S'ETABLIR ICI, EM- PÉCHES QU'ILS SONT PAR UNE COMPAGNIE PUISSANTE QUI PREND TOUT ET NE LAISSE RIEN. Les Breakey s’accaparent de tout le terrain et le pauvre colon qui va s'établir dans la forêt avec l'espoir de voir arriver d'autres personnes, SE VOIT ENLEVER SON BOIS, DE SORTE QU'IL NE LUI RESTE PAS ASSEZ POUR SE CONSTRUIRE MAISON ET GRANGE, ce qui lui est le plus nécessaire. Un autre colon le suit de loin et après quelques années, ceux qui sont groupés ensemble veulent fonder une paroisse, bâtir une église, etc.; mais ils ont pensé sans les Breakey. M. Breakey, alors, ne vend son terrain pour aucun prix et ces pauvres colons se voient toujours dans une position très difficile. Telle est la population de Dorset, où il y aurait moyen de faire une belle paroisse, mais M. Breakey détient le terrain et la paroisse ne peut être érigée par le manque de colons qui se trouvent dans l'impossibilité de s'y établir,
“ Maintenant, à la dernière session, le gbuvernement a fait passer le loi du Homestead, loi magnifique, mais qui ne paraît
pas d’avoir être mise en vigueur dans. ia Beauce, Il y à un endroit dans la Beauce appelé “ Mergermette-sud”; cet endroit présente dans son ensemble un aspect magnifique et renferme le meilleur terrain cultivable possible, 11 y a des lacs à Proximité, des .cours d’eau pour bâtir des moulins, enfin tout ce qu’il faut pour ouvrir une paroisse nouvelle, Quelques eitoyens, amis Je la colonisatio loi du Homestead,
au centre du On voulait donc ériger une nouvelle Paroisse et faire venir des Etats-Unis et J'ailleurs une centaine ou plus de familles Canadiennes, qui ne demandent que le moyen d: prendre un lot de terre qui ne leur serait pas enlevé par M, Br-:key et où M. Breakey ne prendrait Pas tout le bois. Or, ces citoyens sont allés se heurter au même mur d'ordinaire, Ils ont produit des certificats, ils sont demeurés sans réponse ou à peu près, et
voilà où ils en sont aujourd'’hui,
“ D'ailleurs, tandis que je suis à parler de certificats. IL
PARAIT QUE DE PAR VOTRE ORDRE LES CERTIFICATS D'AL- LOCATION ENVOYÉS CHEZ L'AGENT DES TERRES DE LA COU- RONNE, DANS LA BEAUCE, NE VONT PAS PLUS LOIN,
“Qu'est-ce que cela Peut bien vouloir dire ? Comment ! des gens sont propriétaires de terrains et M. Breakey arrive, s'en empare, et les preuves que les personnes lésées envoient au département pour se défendre d’une pareille injustice seraient arrêtées en chemin Par votre ordre! C'est à tomber des nues! Est-ce là la fjustice? ON ENLÈVE À CES PAUVRES COLONS MÊME LES MOYENS DE SE DÉFENDRE ET DE SE PROTEGER ! Si cela est le cas, c'est indigne de vous! et j'en profiterai pour vous dire que j'avais une autre opinion que celle-là de vous.”
Voilà, monsieur l'Orateur, ce que disait, en 1897, un fidèle partisan de l'honorable chef de l'opposition.
L'on. M. Flynn.—L'honorable ministre me permettra-t-il de l’interrompre ? Je ne me souviens aucunement de ces faits.
Je veux bien croire que la lettre existe, mais est-ce qu'il n'y a pas eu une réponse à cette lettre ? Ce ne serait que justice de lire cette réponse si elle existe.
L'hon. M. Gouin.--Je n'ai pas cette réponse sous la main ; et, si je l'avais, je la produirais. Je veux bien croire que l’honorable chef de l'opposition a dû donner une habile réponse ; mais, dans tous les cas, en lisant cette lettre vous constatez où nous en étions en 1897. Il y avait des récriminations comme il y en a aujourd’hui, et c'est de la part des amis de l'honorable chef de l'opposition qu'elles étaient plus violentes. (La réponse à cette lettre du docteur Cloutier est un simple accusé de réception.)