‹ Politische Correspondenz Friedrichs des GrossenChapitre 26 sur 42 · AU PRINCE ROYAL DE SUÈDE A STOCKHOLM · texte numérisé non relu

AU PRINCE ROYAL DE SUÈDE A STOCKHOLM

Potsdam, 14 avril 1750.

Monsieur mon Frère et Cousin. J'ai reçu avec cette satisfaction que me cause toujours le bonheur d'avoir de vos nouvelles, la lettre de Votre Altesse Royale que m'a remise le colonel baron de SchefFer. Vous pouvez être persuadé qu'il n'y a point de recommandation qui puisse plus auprès de moi que celle de Votre Altesse Royale, et j'ai en conséquence donné toute mon attention aux choses que cet officier m'a rendues de la part de Sa Majesté Suédoise et de celle de Votre Altesse Royale. Il me paraît mériter par son zèle, son attachement et ses

X Vergl. S. 245. — 2 Vergl. S. 320. — 3 Vergl. S. 125.

qualités personelles toute la confiance dont le Roi et vous l'avez honoré,

et je ne puis qu'approuver entièrement le choix qu'on a fait de sa

personne, auquel il a si bien répondu. Votre Altesse Royale connaît

combien je m'occupe sincèrement de tout ce qui peut L'intéresser, et

l'amitié véritable avec laquelle je suis, Monsieur mon Cousin, votre très

bon frère et cousin ^ .

Potsdam, 14 avril 1750.

Le sieur WarendorfF vient encore de me marquer par une de ses dépêches qu'il m'a faite immédiatement, que le secrétaire d'ambassade de Suède à Pétersbourg, le sieur Lagerflycht, qui avait souhaité de pouvoir rester là en qualité de ministre de Suède, venait de demander la permission de voir ses parents en Suède. Il ajoute qu'il en était d'autant plus fâché que ledit Lagerflycht avait une connaissance exacte des affaires de ce pays-là, et qu'il lui avait d'ailleurs toujours témoigné une confiance sans réserve; qu'il estimait cependant que, si on voulait lui procurer quelques avantages, il retournerait à son poste et rendrait des services utiles à sa cour.

Mon intention est donc que vous deviez prendre l'occasion d'en

faire part convenablement à M. de Wulfwenstjerna, en lui insinuant la

nécessité qu'il y aurait de laisser un sujet tel que le sieur Lagerflycht

à la cour de Russie, en lui faisant quelques convenances, pendant un

temps aussi critique qu'il est à présent. Au surplus, j'ai bien voulu

vous communiquer, quoique pour votre direction seule, la réponse que

j'ai remise hier moi-même à M. Wulfwenstjerna au mémoire qu'il m'a

présenté conjointement avec le colonel Schefler. Sur quoi, je prie

Dieu etc. ^ ,

Federic.

Nach der Ausfertigung.

A SAINT-PÉTERSBOURG

Potsdam, 14 avril 1750.

Vos dépêches du 28 du mois dernier de mars m'ont été rendues. Je tâcherai de faire un bon usage de ce que vous me marquez au sujet du sieur de Lagerflycht, pour disposer les choses à ce qu'il soit conservé sur son poste, moyennant quelques avantages qu'on lui accordera. Pour ce qui regarde d'ailleurs les affaires à l'égard de la Suède, je me crois en droit de présumer que la bonne et étroite intelligence qui règne heureusement entre la France, la Suède, le Danemark et moi, pour conjurer tout orage dans le Nord, ne saurait que de faire de l'impression

Corresp. Friedr. IT, VII, 22

sur la cour où vous êtes et faire penser bien sérieusement au comte Bestushew sur ce qu'il voudra entreprendre; ce que vous tâcherez de bien approfondir. D'ailleurs je ne saurais assez vous recommander d'avoir une attention non interrompue sur tout ce qui se passe sur les lieux où vous êtes par rapport aux arrangements militaires.

Nach dem Concept. F C d C r i C.

Lxhambrier berichtet, Paris 3. April, <iass Puyzieulx ihn von der durch Ulfeld an Blondel ertheilten Antwort auf die ErklâruDg Frankreichs x in Kenntniss gesetzt habe, durch welche die Kaiserin-Kônigin jeden Antheil an dem Vorgehen Russlands gegen Schweden in Abrede stellt, ihre Bemlihungen um die Aufrechterhaltung des Friedens betont und sich auf den im Interesse des Friedens friiher gemachten Vorschlag zu einer Convention zwischen Russland und Schweden 2 beruft. „Quoi qu'il en soit, me dit le marquis de Puyzieulx, je crois que nous n'avons rien de mieux à faire que de nous point embarrasser du bruit, nous tenir toujours sur nos gardes avec fermeté et grande union entre nous , et que les autres en soient bien persuadés. Eii nous conduisant de la sorte, nous n'aurons rien à craindre, et vous verrez à la fin que tous ces nuages se dissiperont."

Nach dem Concept.

Potsdam, 14 avril 1750.

J'ai reçu le rapport que vous m'avez fait du 3 de ce mois, sur lequel je vous dirai que je suis en tout du même sentiment que le marquis de Puyzieulx, sur la façon de nous conduire relativement aux affaires du Nord , et que je pense tout comme lui qu'en nous conduisant de la sorte nous n'aurions pas à craindre pour la tranquillité du Nord; j'excepte le cas de la mort du roi de Suède, qui, quand il viendra à exister, pourra entraîner, comme je l'appréhende, des remuements et des troubles.

Federic.

EXTRAORDINAIRE, A VIENNE

Potsdam, 14 avril 1750.

Il ne me paraît pas que la déclaration de la cour de Danemark, faite en dernier lieu^ par son secrétaire d'ambassade à Vienne,"* ait fait beaucoup de plaisir au comte d'Ulfeld, et je serai bien aise d'apprendre de vous l'impression que cette déclaration a faite sur la cour de Vienne.

L'on prétend ici qu'il y a eu des lettres de Turquie à Vienne selon lesquelles le fameux Said-Effendi doit être démis de sa charge de kihaja et éloigné de Constantinople.^ Comme vous n'en faites aucune mention dans vos dépêches, je hésite encore d'y ajouter foi, jusqu'à ce que j'aurai de vos nouvelles là-dessus.

Au reste, il me semble que la cour de Pélersbourg commence à modérer sa fougue, en sorte qu'il me paraît fort vraisemblable que cette

I Vergl. S. 289. — 2 Vergl. S. 85. 154. 183. — 3 Vergl. S. 314. — 4 John. — 5 Vergl. S. 336.

année passera encore sans que la Russie pousse les choses contre la

Suède à l'extrémité. Du moins sais-je par différents avis que la bonne

intelligence qui règne entre la France et moi, intrigue extrêmement les

deux cours impériales et semble arrêter les mesures qu'elles ont prises

entre elles au cas d'une rupture dans le Nord. ^ ,

Federic.

Nach dem Concept.

GR^FFEN A LONDRES.

Potsdam, 14 avril 1750.

J'ai reçu à la fois vos dépêches du 31 du mois^ dernier et du 3 du courant. Pour ce qui regarde l'accession au traité de 1746 dont vous faites mention, j'avoue que j'ai encore bien de la peine à m' imaginer et me représenter qu'il s'y agisse de quelques engagements offensifs, et, supposé qu'il y en ait, la proposition ne saura venir ni de la part de la cour de Vienne ni de celle de Londres, mais uniquement de celle de Russie, qui seule est dans l'extravagante opinion que ses amis sont obligés d'épouser ses querelles malgré que cela ne convienne aucunement à leurs intérêts. Et quant aux négociations des Puissances maritimes avec quelques princes de l'Empire, j'estime qu'elles n'ont pour but que principalement l'élection d'un roi des Romains.

Nach dem Concept. F e d e r i C.

A BERLIN

Potsdam, 14 avril 1750.

Monsieur le Marquis de Valory. J'ai reçu votre lettre du 14 de ce mois. Quand je vous ai demandé le secret sur les confidences que je vous ai faites en dernier lieu, je n'ai nullement pensé d'en vouloir exclure M. le comte de Tyrconnell, dont j'ai la satisfaction de connaître déjà les sentiments de droiture, pour ne pas être entièrement assuré que tout secret ne soit auprès de lui en très bonnes mains.

Vous me demandez d'ailleurs si je ne croyais pas qu'il convînt qu'il entrât en activité, en me remettant ses lettres de créance. Vous jugerez vous-même que je ne saurais nullement lui prescrire quelque chose là -dessus, et que c'est à vous et à M. le comte de vous concerter à cet égard, conformément aux instructions que votre cour lui a données, moi étant toujours prêt de lui donner son audience pour me remettre ses lettres de créance, dès qu'il lui plaira de me la demander selon ce qui est de l'usage.

Pour ce qui regarde M. le chevalier de La Touche,* je suis bien aise de le savoir arrivé chez vous; je le crois d'ailleurs suffisamment

I Vergl. s. 322.

pourvu des instructions de votre cour pour qu'il ne me reste rien à y ajouter, de sorte que tout ce que je pourrais faire encore, serait de le charger d'une lettre pour ma sœur, la princesse royale de Suède.

Nach dem Concept. F C d G r i C.

A BERLIN

Potsdam, 17 avril 1750.

Monsieur le Marquis de Valory. Le hasard ayant fait tomber entre mes mains une dépêche assez curieuse que M. de Puebla a faite en chiffres à sa cour, et qui me confirme dans l'opinion où je suis que les deux cours impériales sont bien intriguées des étroites liaisons qui régnent heureusement entre la France et moi, je n'ai pu m' empêcher de vous en communiquer la copie que vous trouverez ci-jointe. Vous jugerez cependant vous-même de quelle importance il me doit être que vous m'en gardiez le secret le plus absolu et que vous n'en fassiez apercevoir rien à qui que ce soit, puisque le moindre soupçon qu'on aurait de ce que vous étiez informé du contenu de la pièce, me ruinerait absolument le canal par où je l'ai eue. Je connais trop votre amitié pour moi pour que je ne dusse pas pleinement me rassurer là ^dessus; aussi, si vous croyez nécessaire de me faire quelque réponse à ce sujet, je vous demande que vous me la fassiez de votre propre main.

Federic.

Copie d'une lettre que M. de Puebla écrit à sa cour.

MM. de Valory et Tyrconnell partirent samedi* pour Potsdam et en revinrent mardi, sans que depuis ce temps -là on soit devenu plus savant sur le sujet de leur voyage. En revanche, l'officier dont j'ai annoncé en son temps l'arrivée, nommé La Touche, aura occasion de déployer ses talents auprès du Roi, qui l'a appelé à Potsdam, où il s'est actuellement rendu. Il est impossible jusqu'ici de déterrer si réellement la convention dont j'ai parlé l'ordinaire passé selon les notions du ministre de Pétersbourg, et qui doit avoir été faite entre la France et la Prusse,* existe. On voit seulement que les ministres de cabinet, ceux de France et de Suède continuent à se témoigner beaucoup de confiance, sans pouvoir pénétrer au vrai ce qui peut être le véritable objet des peines qu'ils se donnent. Les dernières lettres de Paris et de la Haye marquent que le roi de Prusse était sur le point de faire une déclaration très forte à la cour de Pétersbourg, sans qu'aucune de ces lettres dise en quoi elle devrait consister, raison qui a engagé M. Biilow à sonder M. de Podewils sur cette matière, qui doit lui avoir répondu qu'il était vrai que le sieur Warendorff était chargé de faire

I 4. April. Vergl. S. 328 Anm. 2. — » Vergl. S. 331.

mutatis muiandis une déclaration à Pétersbourg conforme à celle que le Roi avait fait faire en dernier lieu à Vienne et aux alliés de la Russie. Quelques nouvelles de Pétersbourg, qui viendront peut-être dans peu de Pétersbourg, parleront sans doute le même ton, et il est à souhaiter qu'elles rassurent les bien intentionnés sur la peur où ils sont que la cour de Berlin versât plutôt de l'huile dans le feu qu'elle ne cherchât à l'éteindre. On ne voit et n'apprend rien encore des préparatifs que le Roi fait faire en Prusse et en Poméranie, que la construction des radeaux sur la Vistule destinés à des transports. Le Roi fait transporter par eau des boulets de toutes sortes de calibre et des munitions, qu'on fait partir pour Stettin et qui seront transportés de là sur des radeaux qui se conduisent près de Marienwerder en Prusse.

Nach dem Concept. Die Beilage nach der von Valory eingesandten Abschrift im Archiv des Auswârtigen Ministeriums zu Paris.

4254. INSTRUCTION SECRÈTE POUR LE CONSEILLER PRIVÉ ERNEST -JEAN DE VOSS, SUR CE QU'IL DOIT PRINCIPALEMENT OBSERVER PAR RAPPORT A LA DIÈTE EXTRA- ORDINAIRE QUI VA SE TENIR EN POLOGNE.!

Potsdam, 17 avril 1750.

Il mettra toute son attention pour empêcher par son savoir - [faire] la réussite de cette Diète, les intérêts du Roi exigeant absolument, dans la situation présente des affaires , qu'elle ne parvienne point à sa consistance, parcequ'il est à présumer que le parti saxon y proposera ou une alliance à faire entre la Russie et la république de Pologne , ou d'autres choses pernicieuses et préjudiciables, ne dût -il le faire glisser que dans les constitutions qu'on irait faire de la Diète, supposé qu'elle réussît.

S'il voyait moyen de faire échouer la Diète, sans qu'il soit obligé de recourir à des moyens extraordinaires, il s'y tiendra; mais s'il n'y avait point d'apparence d'effectuer la rupture de la Diète sans qu'il se serve de ressources en argent, Sa Majesté l'autorise d'y employer jusqu'à 3,000 ducats, somme pour laquelle Elle ordonnera qu'il lui soit fait crédit auprès d'un banquier à Varsovie ou à Breslau, pour qu'il en saurait tirer autant que les circonstances demanderont. Cependant le grand point dans ceci sera qu'il prenne ses mesures à ce qu'il n'emploie pas mal à propos son argent et qu'il ne le dépense qu'au moment qu'il faut.

H se consultera avec les ministres de France pour aviser avec eux

s'il conviendra de faire filer la Diète ou s'il faut recourir aux corruptions

pour la rompre; mais de quelque façon que ce soit, il emploiera toute

son industrie à ce qu'elle échoue absolument. ^ , .

- - , , ^ Federjc.

Nach dem Concept.

X Vergl. S. 321.

EXTRAORDINAIRE, A VIENNE

Potsdam, i8 avril 1750.

La dépêche que vous m'avez faite du 8 de ce mois, m'a été bien rendue. Je conviens avec vous du désir secret que la cour de Vienne a d'être spectatrice tranquille d'une guerre qu'elle aurait soufflée et à laquelle elle ne prendrait part que lorsqu'elle le trouverait de sa convenance; mais vous trouverez aussi vous-même combien elle se tromperait dans ses espérances, pourvu que vous réfléchissiez seulement que la France a déclaré nettement que, dès que la guerre éclaterait au Nord, elle commencerait d'abord à opérer pour faire diversion, et qu'en conséquence il serait impossible que l'Impératrice -Reine sût rester spectatrice. D'ailleurs, les affaires du Nord sont tellement compliquées que, dès que la Russie commence le branle, la France, l'Autriche et moi en serons absolument mêlés, et le feu de guerre éclatera tout d'un

coup aux quatre coins de l'Europe. ^ ,

Federic.

Nach dem Concept.

A STOCKHOLM

Potsdam, 18 avril 1750.

Je viens de recevoir 'votre dépêche du 7 de ce mois. Les nouvelles que vous m'y avez marquées, sont toutes d'une bonne apparence, pourvu qu'elles continuent. Car pour ce qui est des politesses que le chancelier Bestushew a faites au sieur de Greiflenheim,* j'avoue que je ne m'y fie pas trop et que je ne m'en laisserais jamais endormir; et pour ce qui regarde la nouvelle de la marche de quatre régiments russes vers les frontières de la Finlande, je puis vous dire qu'elle m'a été confirmée depuis peu par mes lettres de Pétersbourg, bien qu'on ne m'ait jamais marqué que ces régiments iraient précisément aux frontières de la Finlande, mais seulement qu'ils avaient ordre d'aller joindre les autres troupes russes qui étaient déjà en Finlande. Enfin, un temps de quatre à six semaines passées encore nous fera voir plus clairement sur les

vrais desseins de la cour de Pétersbourg. ^

^r ^ ^ ^ Federic.

Nach deno Concept.

A SAINT-PÉTERSBOURG

Potsdam, 18 avril 1750.

J'accuse la dépêche que vous m'avez faite du 31 du mois dernier de mars. Comme je ne doute nullement qu'à l'heure qu'il est vous

X Vergl. s. 352.

n'ayez eu occasion de faire cette déclaration dont vous avez été chargé,*

je suis assez impatient d'apprendre de quelle manière la cour où vous

êtes s'est expliquée là -dessus. En attendant, je sais, à n'en pouvoir

douter, que les deux cours impériales sont assez inquiètes sur la bonne

intelligence qui règne à présent heureusement entre la France et moi

et entre le Danemark et la Suède; ainsi qu'il nous reste à voir si ces

circonstances ne mettront pas quelque empêchement aux mauvais desseins

du Chancelier.

.T t. . ^ Federic.

Nach dem Concept*

L'hambrier berichtet, Paris 6. April :

^J'ai cru sentir, la dernière fois que j'ai vu le marquis de Puyzieulx, que l'ardeur pour la guerre 2 avait un peu baissé. Il est certain que le marquis de Puyzieulx et le comte de Saint-Séverîn sont les deux ministres du conseil d'État ou de conférence du roi de France dans lesquels on peut trouver le plus de ressources pour le soutien du système de Votre Majesté avec la France, et qu'ils sont ceux qui paraissent penser le mieux; mais ils ont leurs inégalités, qui viennent des difficultés qu'ils trouvent avec leurs collègues, ou des différentes faces dont quelquefois les objets leur paraissent, ensuite de ce qu'on leur écrit du dehors, qui bigarre leurs idées , ou soit enfin par la situation particulière dans laquelle ils sont par rapport à leur santé, étant tous deux maladifs et vaporeux."

Potsdam, 18 avril 1750,

J'ai reçu votre dépêche du 6 de ce mois et *vous sais bon gré des avertissements intéressants que vous m'y avez .donnés sur différents sujets. Pour ce qui regarde les affaires du Nord, nous sommes ici encore dans l'incertitude de quelle manière elles tourneront à la fin; tantôt il paraît comme si les brouilleries étaient inévitables, tantôt les apparences sont qu'elles pourraient se calmer encore. En attendant, je ne suis pas trop fâché que l'ardeur des ministres de France pour la guerre baisse un peu, puisque sans cela ils engageraient peut-être un peu trop légèrement la guerre, à laquelle ils penchent bien plus dans le moment présent qu'ils ne faisaient il y a quelques mois, et je sais que le comte Tyrconnell a dit depuis en propres termes: »Nous voyons que ces gens-là nous veulent faire la guerre, et puisqu'ils la veulent, il vaudra toujours mieux que nous la fassions dans le moment présent où ils ne sont pas encore préparés, que d'attendre jusqu'à ce qu'ils se soient arrangés pour la faire à nous.« Ce que je n'aurais point aimé, ^ ' parceque de ma part je n'y aurais pas été tout-à-fait préparé et que je me ressens encore un peu de la dernière guerre que j'ai soutenue contre la cour de Vienne.

Nach dem Concept. F C d C r i C

I Vergl. S. 278. — 2 Vergl. S. 293. — 3 Vergl. S. 327.

Potsdam, i8 avril 1750.

J'ai bien reçu la dépêche que vous m'avez faite du 23 du mois

dernier de mars. La réponse que le marquis d'Ensenada vous a faite,

ne me laisse guère espérer que celle que vous aurez de M. de Carvajal,

sera plus satisfaisante. Cependant, comme je voudrais tirer ou pied ou

aile de ma prétention, d'ailleurs très légitime, je puis bien me prêter à

l'idée que le marquis d'Ensenada vous a proposée, savoir que vous

tourniez votre négociation sur l'autre affaire dont vous êtes chargé,* de

façon que, quand vous vous verrez avancé au point d'y pouvoir voir

clair, vous devez remettre alors sur le tapis ma prétention pécuniaire,*

en insistant qu'au lieu de payement l'on me stipulerait, soit dans le

traité soit par quelque article séparé, la permission d'envoyer pour une

fois aux Indes un vaisseau d'un certain port, tout comme vous me le

proposez dans votre dépêche. Vous me marquerez, en attendant, à la

première ordinaire combien une telle permission saura importer, et si

ce qui m'en reviendrait, quand je céderais alors cette permission à

quelques négociants contre quelque somme en argent, balancerait celle

que vous savez que je m'en serais, au bout du compte, contenté, si

l'Espagne s'était mise à la raison pour me satisfaire sur mes prétentions

pécuniaires. ,

Fedenc.

Nach dcm Concept.

DE VOSS A COPENHAGUE

Potsdam, 18 avril 1750.

J'ai reçu votre rapport du 11 de ce mois. J'approuve fort le bon

parti que vous avez pris de ne point faire l'insinuation qu'on vous avait

ordonné de faire à M. de Schulin,^ touchant les démonstrations guerrières

de la Russie, sans vous être concerté préalablement là-dessus avec les

ministres dé France et de Suède, et je vous sais [bon gré] de ce que

vous avez, en conséquence de leur bon conseil, différé de faire cette

insinuation, qui n'aurait produit rien de bon et que vous ne ferez pas,

aussi, sans y avoir mon ordre exprès là -dessus. -^ -,

Fedenc.

Nach dem Concept.

Potsdam, 18 avril 1750.

M' étant aperçu par la relation que le sieur de Voss à Copenhague m'a faite du 11 de ce mois, qu'il a été chargé de la part du départe-

I Vergl. s. 86. — « Vergl. S. 81. — 3 Vergl. die folgende Nummer.

ment des affaires étrangères de faire des insinuations au ministre Schulin relativement aux démonstrations guerrières de la Russie, ce qu'il a cependant différé de faire, sur les avis des ministres de France et de Suède, je me vois obligé de vous dire que je sais bon gré audit sieur de Voss de ce qu'il n'a pas exécuté ces ordres, et que je ne saurais point approuver que ledit département charge à mon insu mes ministres aux cours étrangères de faire de pareilles insinuations.

Aussi mon intention est-elle que, dans le moment critique où sont à présent les affaires publiques, le département des affaires étrangères doit s'appliquer principalement à bien instruire mes ministres aux cours étrangères sur ce qui se passe aux différentes cours, afin qu'ils soient instruits de la connexion des affaires générales et qu'ils soient par là à même d'observer judicieusement tout ce qui se passe aux cours où ils résident. Mais aussi souvent que le département croit être nécessaire pour le bien de mon service de donner quelque ordre, il faut absolument qu'il m'en fasse préalablement son rapport et qu'il n'ordonne point auxdits ministres de faire soit déclarations soit insinuations, sans avoir mon agrément exprès là -dessus. Je trouve cette précaution d'autant plus nécessaire, puisque, sans compter d'autres inconvénients qui en sauraient résulter, quand je ne suis pas exactement informé des ce que mesdits ministres déclarent et insinuent, je ne veux pas que la France doive nous reprocher que ceux-ci ne font que de verser de l'huile au feu et d'embrouiller les affaires. Et sur ce, je prie Dieu etc.

Nach der Ausfertigung. F e d e r i C.

Potsdam, 20 avril 1750.

J'ai été bien fâché d'apprendre, par le rapport que vous venez de me faire, la mort subite du sieur de Schulin, perte qui ne saurait que faire bien de la peine à toutes les honnêtes gens dans le temps où nous sommes.

Comme j'arriverai mercredi* qui vient à Berlin, pour donner les

audiences aux ministres de France, je vous ferai avertir, dès que je

serai dans ma chambre, où alors les deux ministres de France pourront

entrer l'un après l'autre pour avoir leurs audiences. Et sur ce, je prie

Dieu etc. ^ ,

vTi-jAr-*- Federic.

Nach der Ausfertigung. y

A BERLIN

Potsdam, 20 avril 1750.

Monsieur le Marquis de Valory. J'ai reçu la lettre que vous m'avez faite du 18 sur différents sujets. Pour ce qui regarde l'obser-

I 22. April.

vation qu'on vous a faite, que dans le cas où la Suède requît mon contingent auxiliaire pour le faire passer dans ce royaume, aucune autre espèce de troupes n'y saurait convenir que les miennes propres, j'avoue que je n'ai jamais entendu que dans le cas d'une alliance de la nature de celle où je suis avec la Suède, la partie requise n'osât fournir d'autres troupes que les siennes propres ; au moins ce qu'on a observé du temps passé en pareil cas, y est contraire, dont on pourrait citer plusieurs cas, et je ne crois pas que la Suède soit fondée ni qu'elle s'avisât jamais de se récrier, lorsque, le cas existant, j'emploierais d'autres troupes que les miennes pour lui fournir mon contingent d'auxiliaires. Si les troupes de Cassel ne l'accommodent point, j'en saurai bien trouver d'autres qui au moins vaudront celles que la Suède a sur pied ; mais quant aux miennes, toutes gens raisonnables conviendront que j'en ai besoin moi-même, ayant tant d'ennemis puissants sur les bras.

Quant à l'élection d'un roi des Romains que la cour de Vienne et ses alliés méditent de faire dans la personne de l'archiduc Joseph, il faut que j'entre dans quelque détail avec vous sur ce que les lois et les constitutions de l'Empire disposent dans un pareil cas, savoir que la Bulle d'Or ne distingue point l'élection d'un roi des Romains de celle d'un empereur; mais elle dispose qu'un roi des Romains doit être élu par la pluralité des voix du Collège électoral, sans entrer dans aucun détail ni pour l'âge ni pour la qualité du candidat ni sans distinguer l'élection de l'Empereur de celle d'un roi des Romains.

A la vérité, la capitulation de l'empereur Charles VII, à laquelle celle de celui d'aujourd'hui est presque conforme, dispose dans le troisième article, paragraphe 2, que les Électeurs ne doivent pas légèrement procéder à l'élection d'un roi des Romains, et spécifie même les cas où le Collège électoral saurait élire un roi des Romains, cas qui ne favorisent point l'intention de la cour de Vienne, quand elle veut insister dans le moment présent de faire élire l'archiduc Joseph ; mais tout ce qu'on en saurait tirer d'avantageux, serait de disputer longtemps s'il est nécessaire ou non d'élire à présent un roi des Romains. Mais comme il est constaté que la cour de -Vienne a par -devant elle la pluralité des voix dans le Collège électoral, je ne saurais point empêcher qu'on n'entreprenne cette élection et qu'on ne la fasse constater, de façon que, malgré tout l'empêchement que j'y voudrais mettre, il ne me resterait que de suivre l'exemple de l'électeur de Saxe du temps où il était question d'élire lé frère de l'empereur Charles V, Ferdinand P*" , où cet Électeur s'y opposa hautement et tarda plus de trois ans à reconnaître Ferdinand pour roi des Romains , et ne se rendit même que par un traité solennel.

Voilà tout ce que je saurais faire dans le cas dont il s'agit. En attendant, s'il y a de l'apparence que les affaires de l'Europe resteront paisibles et tranquilles, il se trouvera toujours bien des occasions où je pourrai me relâcher sur mon opposition et m'accommoder avec la

cour de Vienne à cet égard. Mais s'il arrivait qu'après l'élection d'un roi des Romains les affaires du Nord s'embrouillassent encore plus qu'elles ne le sont actuellement, et que la cour de Vienne, roidie par le succès de cette affaire, s'avisât de souffler le feu, cette élection saurait servir alors d'un prétexte excellent pour faire des ligues avec d'autres États de l'Empire sous le nom du maintien de la liberté et de la constitution de l'Empire.

Parmi tout cela, il faut que je vous avoue qu'il me paraît être un peu trop prématuré de faire actuellement des démarches à ce sujet. D'ailleurs je ne saurais point vous cacher que par tout ce que j'ai observé, depuis la dernière paix faite, à l'égard de la cour palatine, j'ai eu tout lieu de soupçonner qu'il faut qu'il y ait des traîtres à cette cour qui ne laissent pas d'avertir la cour de Vienne de tout ce que l'on insinue ou propose à celle du Palatin; j'ai même des raisons qui me font soupçonner que le baron de Beckers ne marche pas tout à-fait droit làdessus. C'est pourquoi j'estime d'autant plus qu'il faut qu'on entre avec bien de la prudence et du ménagement dans de pareilles ligues, quand le cas l'exigera d'en faire. Outre cela je ne sais aucun prince d'Empire avec qui on saura se liguer, hormis l'Électeur palatin et le duc de Wurtemberg, parceque la cour de Hesse-Cassel et le duc de Brunswick sont aux subsides des Anglais : les trois électeurs ecclésiastiques, vendus, pour ainsi dire, à la cour de Vienne, ne pensent qu'à faire ses volontés, le premier ministre de la Saxe est autrichien à brûler, de façon qu'il ne nous reste que Gotha, avec d'autres princes d'Empire qui ne sauraient nous être d'un grand usage.

Au surplus, il y a encore une chose sur laquelle il faudrait à cette occasion que je sois indispensablement informé, c'est si la France reconnaîtrait F archiduc Joseph comme roi des Romains, dès que son élection serait faite, ou si elle fera encore des difficultés pour le reconnaître en cette qualité; circonstance qui me servirait de boussole pour y régler mes démarches, puisqu'il ne saurait nullement me convenir d'être le seul qui ne voudrait pas se prêter à cette reconnaissance. Et

sur ce, je prie Dieu etc. t- j •

•' ^ Federic.

Nach der von Valqry eingesandten Abschrift im Archiv des Auswârtigen Mmîsteriums zu Paris.

4264. AN DAS DEPARTEMENT DER AUSWARTIGEN AFFAIREN.

Potsdam, 21. April 1750.

Ich weiss nichts anders dazu zu sagen, als dass, wenn die andern sich verkaufen woUen, er, der Chur-

Jr odewils und Finckenstein berichten, Berlin 19. April: „Le sieur Bossart vient de nous communiquer l'extrait d'une lettre du baron Wachtendonck .[Manheim 13 avril 1750] . . . Wachtendonck y marque que la cour de Munich venait d'avertir celle de Manheim . . . qu'elle était sur le point de renouveler pour le terme de

furst von der Pfalz, solches nicht thun môchte. Konnte man Baiern noch davon abrathen, so wàre es

quatre ans le traite d'amitié et de subsides qu'elle a conclu en 1746 avec les Puissances maritimes z et qui va expirer dans le courant de cette année. La cour de Manheim fait les doléances les plus amères de ce que, ayant été déjà aban* donnée par l'électeur de Cologne, par le traité qu^il a conclu en dernier lieu avec l'Angleterre et la Hollande, 3 elle se trouve actuellement dans le même cas à l'égard de l'électeur de Bavière, et par conséquent isolée malgré l'union qui subsiste entre les trois Électeurs issus de la maison de Bavière. L'Électeur palatin prie aussi Votre Majesté de l'assister de Ses conseils et de Ses lumières, sur ce qu'il aura à faire dans une situation aussi scabreuse.**

Podewils und Finckenstein berichten, Berlin 20. April : „Le comte de Tyrconnell nous a fait la lecture d'une lettre du marquis de Puyzieulx, portant en substance que la Suède venait de faire une nouvelle proposition en France, qui tendait à ce que les alliés de la Suède et de la Russie se donnassent respectivement des garanties réciproques que la Russie et la Suède ne seraient point les agresseurs, et que, moyennant de pareils actes de garantie, l'impératrice de Russie fit retirer ses troupes des frontières de la Finlande suédoise . . .

Le marquis de Puyzieulx ajoute encore qu'on savait en France que la cour de Vienne est piquée au vif de la déclaration de Votre Majesté et que les ministres autrichiens disent publiquement que Votre Majesté ne S'était déterminée à faire cette déclaration, que depuis qu'Elle était bien informée que la cour de Russie n'avait nulle envie d'exécuter aucun des projets qu'elle a affecté de répandre dans le public l'année passée."

Mftndliche Resolutionen. Nach Aufzeichnuns des Çabinetssecretars.

sehr gut. Wo nicht, so bleibe Ich doch mit Pfalz, wenn schon Baiem abgehen woUte.

Ich bin sehr wohl davon zufrieden; wenn wir durch eine mutuelle Déclaration einem Krieg aus dem Wege gehen und diesen Stachel auf die Seite bringen kônnen, so halte Ich davor, dass wir sehr glucklich seind und nichts besseres thun konnen. Was also Frankreich und die andem darunter thun werden, dazu werde Ich Mich ganz geme verstehen. Was die Oesterreicher anlanget, so haben wir schon lange gewusst, dass sie bôse auf uns seind, und zweifeln also nicht, dass sie es noch sein und uns ca* lomniiren werden, wo sie kônnen.

Potsdam, 21. April 1750.

Bei Gelegenheit der einliegenden Anfrage und der auf allergnàdigsten Befehl dabeigesetzten miindlichen Resolution ^ haben des Kônigs Majestat mir befohlen, dass Ew. Excellenz den Grafen von

X Vergl. Bd. V, 156. — a Vergl. S. 295. 303. 305. — 3 Nr. 4264.

Tyrconnell noch sogleich und vor Sr. Kônigl. Majestàt morgenden Ankunft zu Berlin von der allergnâdigsten Resolution avertiren môchten, weil Hôchstdieselbe gedachten Herrn Grafen morgen Selbst deshalb noch sprechen wûrden und es also nôthig sei, dass Ew. Excellenz denselben schon vorher von Sr. Kônigl. Majestàt ertheileten Resolution benachrichtigen .

Nach der Ausfertigung.

Eichel.

Potsdam, 21 avril 1750.

Je vous suis bien obligé de l'anecdote également intéressante qu'instructive que vous m'avez faite par la relation que la dernière poste m'a apportée de votre part, et je veux bien vous dire à mon tour que le marquis de Valory vient de m' écrire une lettre par laquelle il me rend compte d'une dépêche qu'il venait de recevoir de la part de M. de Puyzieulx, en conséquence de laquelle il témoigne de présumer que le roi d'Angleterre voudrait signaler son séjour à Hanovre par l'élection d'un roi des Romains et peut-être par l'accession des Puissances maritimes au traité de 1746 des deux Impératrices, de même que de quelques petites négociations avec des princes de l'Empire. Il croit que, pour traverser ces petits manèges, je pourrais exciter les cours palatine, Cassel, Stuttgard et autres, à former une union contre les mesures qui peuvent altérer la tranquillité de l'Empire. On me demande, d'ailleurs, quant à l'élection d'un roi des Romains, si je ne pensais pas que, pour décider s'il y a nécessité d'élire, il faille l'unanimité du Collège électoral, et, cette nécessité une fois décidée, si ce serait le cas où la pluralité des suffrages suffise pour le choix et le lieu de la Diète. L'on croit d'ailleurs que mon intérêt était de mettre tous

(-•hambrier berichtet, Paris 10. April, dass die voriibergehende kriegerische Stimmungx des franzôsischen Ministeriums die Folge eines allzu giinstigen Berichts gewesen zu sein scheine, den Pâris-Duverney dem Marquis Puyzieulx ûber die Finauzlage abgestattet habe ; die AbkUhlung soile darauf durch die Vorstellungen Chauvelins a ûber den wahren Stand der Finanzen herbeigefUhrt sein. Puyzieulz hat dem preussischen Gesandten gesagt : „£n met> tant toute partialité à part, j'ai peine à croire que la cour de Vienne puisse désirer que la guerre s'allume présentement dans le Nord, pendant qu'elle travaille à faire dans l'intérieur d'Allemagne quelque chose de plus pressant pour elle, qui est de faire élire roi des Romains son petit archiduc, et que les Anglais doivent sentir que, s'ils nous forcent à rentrer en guerre, nous ne la ferons pas comme la dernière.

Il est vrai qu'ils peuvent trouver de quoi faire de nouveaux emprunts ... le crédit de l'Angleterre est grand, je l'avoue; mais s'il commençait à lui manquer, elle ne trouverait pas dans son intérieur ce que le Roi trouverait dans le sien, qui serait de suspendre le payement des intérêts des capitaux qu'il doit: Louis XIV l'a fait en 1709, et la guerre dura encore cinq ans malgré cela.**

X Vergl. S. 343. — 2 Vergl. S. 312.

les obstacles praticables, sans trop me commettre, à cette élection; l'on conçoit que je ne saurais seul m'y opposer, mais l'on est de l'avis que je doive chèrement [faire] acheter mon suffrage.

J'ai répondu à tout ceci que, selon les lois fondamentales de l'Empire, un roi des Romains doit être [élu] par la pluralité des voix du Collège électoral; que la Bulle d'Or n'entre dans aucun détail ni pour l'âge ni pour la qualité du candidat; qu'à la vérité la capitulation de l'empereur Charles VII et de celui d'aujourd'hui disposait que les Électeurs ne devraient pas procéder légèrement à l'élection d'un roi des Romains pendant la vie d'un Empereur, et qu'ils doivent décider dans ce cas-là préalablement s'il y a de la nécessité ou non d'élire un roi des Romains ; mais comme la cour de Vienne avait devant soi la pluralité des voix dans le Collège électoral, je ne pourrais pas empêcher, par tous les obstacles que j'y voudrais mettre, qu'on n'entreprenne cette élection et qu'on la fasse constater, quoique je pourrais bien tarder quelque temps à reconnaître l'élu. Que quant aux démarches à faire pour exciter une ligue dans l'Empire, le sujet me paraissait être bien délicat; que j'avais remarqué depuis du temps combien mal le secret était ménagé auprès de la cour palatine, pour ce que la cour de Vienne ne dût être instruite d'abord de tout ce qu'on y dit et propose, et qu'au surplus la plupart des princes de l'Empire ou tiraient des subsides des Puissances maritimes ou étaient tout-à-fait dans les intérêts de la maison d'Autriche; qu'en conséquence il faudrait • user de bien du ménagement au sujet d'une pareille ligue, mais qu'indépendamment de tout cela j'avais besoin d'être informé si dans le cas que le fils aîné de l'Impératrice -Reine fût élu roi des Romains, la France le reconnaîtrait d'abord dans cette qualité ou non.

J'ai bien voulu vous dire tout ceci, pour votre direction seule, quoique vous ne ferez aucunement semblant d'en être instruit.

Quant aux affaires du Nord, vous saurez bien dire à M. de Puyzieulx que les dernières nouvelles qui m'en sont arrivées, me faisaient présumer que dans le moment présent tout pourrait rester encore tranquille, et que j'estimais que du moins l'on ne parviendrait pas dans le cours de l'année présente à quelque rupture ouverte, quoique les chicanes et agaceries de la cour de Pétersbourg iront toujours leur train; reste à savoir si, dans le cas que les Anglais et les Autrichiens parviennent à constater l'élection d'un roi des Romains, ils ne monteront leur langage sur un ton plus haut, ou si, dans le cas de la mort du roi de Suède, le chancelier de Russie ne voudra pas mettre en exécution ses projets. Ce qu'il faut que le temps nous apprenne.

Ce sera demain que le comte Tyrconnell aura ses audiences de moi pour entrer en activité. Autant que j'ai su connaître jusqu'ici son caractère, il est à peu près tel que vous me l'avez dépeint; mais par tout ce que j'en ai pu pénétrer, il ne me plaît pas trop, puisque je ^

crois qu'il s'est rempli la tête des intrigues et des manèges dont on est ^

accoutumé à sa cour, et qu'il est de ces courtisans qui parlent d'un diiférent ton, blanc à celui-ci, et à l'autre noir. J'avoue que je ne le connais pas encore assez pour pouvoir juger si je me trompe dans mes sentiments ou non, mais vous me rendrez un service signalé quand vous saurez vous orienter sur la façon dont il s'expliquera dans les rapports qu'il fera à sa cour sur mon sujet, et quand vous étudierez sous main le marquis de Puyzieulx, pour pénétrer les sentiments que le comte Tyrconnell lui inspirera à mon égard.

EXTRAORDINAIRE, A VIENNE

Potsdam, 21 avril 1750.

J'ai bien reçu la relation que vous m'avez faite du 11 de ce mois. Mes lettres de Russie que j'ai eues en dernier lieu, m'assurent qu'il ne paraissait pas que les desseins du chancelier Bestushew fussent dans les circonstances présentes de rompre ouvertement avec la Suède, mais de la laisser dans l'incertitude à cet égard et de lui exciter une chicane après l'autre, et d'attendre ainsi le moment favorable à exécuter ses projets.

D'ailleurs un entretien assez singulier que le sieur de Guy Dickens a eu avec mon ministre à Pétersbourg, et dont mes ministres du département des affaires étrangères vous marqueront tout le détail, me fait présumer que l'Angleterre ne souhaite point que les choses entre la Suède et la Russie parvinssent dans le moment présent à une rupture ouverte , et ce qui me confirme dans cette idée , c'est que les cours de Vienne et de Londres pensent à présent de pousser l'affaire de l'élection d'un roi des Romains, où une guerre au Nord ne leur convient nullement. Quand j'ajoute à tout ceci la réflexion que je vous ai fait faire par ma dépêche antérieure au sujet de la déclaration que la France a faite que, si la guerre s'élevait au Nord, il n'y resterait pas, mais [qu'elle] deviendrait bientôt générale, je me crois en droit d'en pouvoir conclure que cette considération devrait bien arrêter la cour de Vienne et ses alliés de ne point s'engager mal à propos dans une entreprise

qui ne leur conviendrait en aucun égard. ^ ,

^ ® Federic.

Nach dem Concept.

A SAINT-PÉTERSBOURG

Potsdam, 21 avril 1750.

Je viens de recevoir la relation que vous m'avez faite du 4 de ce mois. J'apprends assez volontiers qu'il ne vous paraît pas que le dessein du Chancelier soit dans les circonstances présentes de rompre

ouvertement avec la Suède; et quoiqu'il voudrait la laisser dans l'incertitude là -dessus, il me semble cependant que, si l'intention du Chancelier était de vouloir tout de bon passer à des réalités contre la Suède, il faudrait qu'on fît déjà plus de préparatoires relatifs à de pareilles vues.

D'ailleurs mes dernières lettres de Suède m'ont appris une circonstance qui m'a paru assez singulière: c'est que le chancelier Bestushew, ayant fait inviter le sieur de Greiffenheim à dîner chez lui et lui ayant fait force de politesses, l'avait assuré à cette occasion que sa souveraine était entièrement disposée à contribuer de son côté pour que la tranquillité soit conservée dans le Nord; qu'il n'avait cependant fait aucune mention ni du mémoire de Panin, ni de la réponse de la Suède. Si on a accusé juste dans ceci, il me paraît presque que le Chancelier, ayant été averti de la déclaration que vous êtes chargé de faire, de même que de celle que le ministre de Danemark lui fera, a voulu s'expliquer d'une manière aussi doucereuse qu'il a fait envers le ministre, pour qu'il ne paraisse pas comme s'il avait été intimidé par les déclarations mentionnées, mais que, séparément de celles-ci, il avait déjà pensé à ajuster les différends avec la Suède.

Quant aux propos que le sieur Guy Dickens vous a ténus, je crois

avoir lieu de présumer que ses instructions portent, d'un côté, de tenir

pareil langage envers vous, et d'un autre côté, d'empêcher, au moins

dans les circonstances présentes, que les choses ne viennent pas à une

rupture ouverte entre la Russie et la Suède, et ce qui me confirme

dans cette opinion, c'est que les vues principales des cours de Vienne

et de Londres vont à présent de faire élire roi des Romains le fils aîné

de la Reine - Impératrice, l'archiduc Joseph; affaire qui dans le moment

présent est l'objet principal de leur attention et qu'elles ne voudraient

pas voir traversée par une guerre au Nord, avant que cette élection ne

fût menée à sa perfection. Voilà tout ce que j'ai à vous dire pour

votre direction, en vous recommandant toujours cependant de veiller

de bien près à ce qui se passe sur vos lieux. ^ ,

Federic.

Nach dem Concept.

A STOCKHOLM

Pots dam, 21 avril 1750.

La relation que vous m'avez faite du 10 de ce mois, m'a été bien rendue. Quelques favorables que paraissent les nouvelles que vous marquez, elles ne sauront pas encore me rassurer contre les appréhensions où je suis sur les mauvais desseins de la Russie vis-à-vis de la Suède, et rien me paraît plus mal fondé que la supposition dont le ministère de Suède se berce, comme si le chancelier Bestushew ne cherchait que des expédients pour sortir honorablement de la querelle qu'il a excitée

à la Suède; tout au contraire, je suis assez informé, et mes lettres de Pétersbourg me le confirment, que lui, le Chancelier, quand même il ne voudrait pas rompre ouvertement dans le moment présent avec la Suède, ne laisserait de lui exciter une chicane après l'autre, de tâcher d'augmenter le nombre des mécontents dans ce royaume et d'attendre ainsi un moment favorable à l'exécution de ses projets. Ce que vous pourrez bien insinuer convenablement aux ministres de Suède. D'ailleurs, j'estime qu'il ne faut pas se trop flatter des ouvertures vagues que le ministre de Danemark^ a faites à ceux de Suède, surtout après la mort du sieur de Schulin à Copenhague qui vient d'arriver subitement ,= et par où il est à craindre que la bonne cause ne perde infiniment; aussi conviendra- t-il au ministère de Suède d'aller un peu à pas mesurés dans cette affaire et de prendre bien garde à ce qu'ils feront là-dessus, pour ne pas s'engager trop loin ni faire des démarches précipitées làdedans, qui autrement les sauraient mener bien plus loin qu'ils n'ont

pensé d'aller. ^ ,

F e de ne.

Nach dem Concept.

DE VOSS A COPENHAGUE

Pot s dam, 25 avril 1750.

J'ai reçu en son temps vos deux rapports du 14 et du 18 de ce mois d'avril. J'ai été fort sensible à la nouvelle que vous me mandez, par le premier de ces rapports, de la mort du ministre danois de Schulin, et il est fort à souhaiter que l'appréhension que la bonne cause n'ait fait une perte considérable par cette mort, puisse n'être pas fondée. Mais outre qu'il m'aurait été difficile d'entrer assez loin dans les affaires domestiques de la cour de Danemark pour pouvoir lui proposer tel ou autre sujet convenable à être déclaré ministre à la place de feu le sieur de Schulin ,3 tous les mouvements que j'aurais pu me donner à cet égard viennent de cesser absolument et seraient tout- à- fait inutiles à présent que le choix du roi de Danemark pour remplacer ce digne ministre, vient de se décider pour le baron de Bernstorff.

En attendant je serai ravi que la France ne se voie point déchue

d'e la bonne espérance qu'elle a conclue de celui-ci, quoique je craigne

encore, à l'heure qu'il est, qu'elle ne puisse bien ne guère tarder à s'en

repentir,^ ce que néanmoins je ne dis uniquement qu'à vous, pour votre

direction seule. ^ ,

r Wind. — a Vergl. S. 345. — 3 Voss nennt in seinem Bericht vom 14, April als

die drei fiir die Nachfolge in Betracht kommenden Persônlichkeiten den Marineminister

von Holstein, den Geheimen Rath von Bernstorff und den Oberhofmar.schall Graf

Moltke, unter denen er dem letzteren den Vorzug geben wtlrde. — 4 Vergl. S. 265.

Corresp. Friedr. IT. VU. 23

A SAINT-PÉTERSBOURG

Pots dam, 25 avril 1750.

Les nouvelles que vous me mandez par votre rapport du 7 de ce mois, m'ont été tout- à- fait agréables; je souhaite seulement qu'elles puissent toujours continuer à se soutenir sur le même pied, ne désirant rien davantage si ce n'est que la tranquillité dans le Nord y règne sans interruption.

Mais comme une sage défiance est en effet la meilleure mère de la sûreté, je ne saurais assez vous recommander de ne point vous endormir aux apparences, mais de donner toute votre attention aux affaires telles qu'elles sont en elles-mêmes, et d'avoir sans relâche les yeux bien ouverts sur tout ce qui se fait à la cour où vous êtes.

Nach dem Concept. F e d e r i C.

EXTRAORDINAIRE, A VIENNE

Potsdam, 25 avril 1750.

La dépêche que vous m'avez faite du 15 de ce mois, m'a été rendue. Nos lettres de Russie continuent à nous marquer que jusqu'à présent tout y était encore tranquille et qu'on ne remarquait aucun arrangement qui saurait dénoter quelque dessein extraordinaire, ainsi que je crois devoir présumer que les inquiétudes que le chancelier Ulfeld a paru marquer sur le parti que la Russie prendra, ne sont qu'un jeu pour intimider la Suède, afin qu'elle se prête à ce qu'on exige d'elle. J'avoue cependant qu'il est difficile de pénétrer ce que des gens aussi déraisonnables et bizarres que le chancelier de Russie et sa chque peuvent penser. En attendant, il est avéré que les deux cours impériales sont bien inquiètes sur la bonne et étroite intelligence qui règne entre la France, moi et la Suède, et qu'elles appréhendent que ce ne soit nous qui leur porteront quelque coup.

Nach dem Concept.

A STOCKHOLM

Potsdam, 25 avril 1750.

Vos rapports du 14 de ce mois me sont bien entrés, et je ne saurais point vous cacher que les mesures que les Suédois ont prises en Finlande, ne me paraissent être point suffisantes pour empêcher, en tout cas, les Russes d'y mettre le pied, s'ils s'étaient proposé d'y pénétrer. La raison qu'ils allèguent en Suède pour laquelle ils ne sauraient se mettre sur une meilleure défensive dans cette province, n'est non plus

tout- à- fait valable, puisque sur ce pied -là, et par leurs mauvaises dispositions et arrangements, ils restent toujours à la merci des Russes.

Mais je veux bien vous dire confidemment que je serais assez disposé à croire que c'est leur lésine en Suède qui en est la principale cause, et qu'on ne fait que grappiller les subsides de la France; sur quoi cependant je veux que vous ne vous expliquiez qu'à moi seul immédiatement.

Au reste le maréchal de camp chevalier de La Touche, qui est envoyé par la France pour examiner les arrangements défensifs de la Suède, s'y est acheminé actuellement, homme sage, raisonnable et expérimenté. Je lui ai parlé pendant qu'il s'est arrêté ici,^ et vous ne laisserez pas non plus, en son temps, de lui parler confidemment sur tout ce qui regarde la situation présente de la Suède.

Nach dcm Concept. F C d C r i C.

Chambrier berichtet, Paris 1 3 . April : i P o t s d a m , 25 avril 1 750.

„Il me parut que le marquis de Puyzieubc désirerait beaucoup qu'il lui vînt quelque chose de la Porte Ottomane de favorable, pour en imposer à la Russie et empêcher les mauvais desseins du chancelier Bestushew, dont on connaît ici toute l'étendue.

Aussi lui rend-on bien le change."

J'ai reçu votre dépêche du 13 de ce mois. C'a été le 22 que le marquis de Valory m'a présenté ses lettres de rappel et que le comte Tyrconnell est entré en activité sur sa mission. Il m'a donné toutes les bonnes assurances que j'aurais su souhaiter. Je verrai à présent de quelle manière il cheminera, sans me prévenir en attendant ni pour ni contre lui.

J'attends avec quelque impatience quelles seront les nouvelles que la France recevra de Constantinople ; celles qu'on en a disséminées jusqu'ici ailleurs, n'ont pas été trop satisfaisantes. Nos nouvelles de Russie continuent à nous assurer que jusqu'ici on n'y remue pas; l'on ajoute que les trois régiments à qui on avait ordonné de passer en Finlande se joindre là au corps de troupes russe, ne se sont pas mis encore en marche.

Je vous sais bon gré de l'anecdote que vous m'avez communiquée par rapport à la façon dont on pense là où vous êtes sur la Russie. Je ne suis point fâché que la France soit aigrie contre celle-là; aussi faut-il convenir que les Russes ont tout fait pour donner du chagrin à la France et qu'ils ont pris expressément à tâche de la choquer

ouvertement. -r. j .

Federic.

Nach dem Concept.

1 Vergl. S. 339. 340.

A BERLIN

Potsdam, 27 avril 1750.

Monsieur le Marquis de Valory. J'ai bien reçu votre lettre du 24 de ce mois;^ je reconnais avec plaisir votre zèle et votre attachement pour moi dans la manière dont vous ressentez les témoignages de ma bienveillance et de mon amitié. Soyez persuadé que je saisirai toujours avec la plus grande satisfaction les occasions de vous en renouveler les assurances; ce sera m' obliger que de les faire naître; je serai toujours charmé de vous donner des marques de l'estime particulière que vos qualités personnelles et la façon dont vous avez rempli les fonctions de votre ministère, vous ont si bien méritée de ma part.

Nach dem Concept. F e d 6 r i C.

Potsdam, 27 avril 1750*

Ayant trouvé bon d'agréer à la charge de conseiller et directeur de la chancellerie de Neufchâtel, qui vient de vaquer par la mort du sieur Montmolin, le nommé David Huguenin, sur le mémoire ci -clos qu'il vient de m'envoyer et sur l'éloge que le sieur Andrié m'a fait par rapport aux bonnes qualités de ce sujet, ma volonté est que vous devez faire expédier en conséquence ce qu'il faut, à ma signature.

Je vous adresse d'ailleurs ce que le sieur de Torck^ à Unna vient de me mander au sujet des mouvements secrets de la cour de Vienne pour faire élire coadjuteur de Munster un des princes de la Reine- Impératrice. Comme il m'importe extrêmement que ladite cour échoue dans ce dessein, afin de ne pas se nicher là quelque part, vous devez au plus tôt bien instruire le sieur de Torck sur la manière dont il doit se conduire dans cette affaire importante et lui témoigner en même temps combien je suis sensible à la bonne volonté qu'il me marque à cet égard. Au surplus, vous observerez bien de lui faire parvenir la réponse qu'il aura, par des voies bien sûres, pour que le secret ne soit point risqué et que d'ailleurs toute l'affaire soit si- bien ménagée que rien n'en saurait transpirer ni que les ministres impériaux et saxon à Berlin n'en sauraient soupçonner quelque chose. Et sur ce, je prie

Dieu etc. ^ ,

Federic.

Nach der Ausfeitigung.

X Dankschreiben filr das dem Marquis Valory tlberreichte Abschîedsgeschenk. — 2 Vergl. Bd. VI, 307.

Pots dam, 27. April 1750.

Kr weiss bereits, dass Ich die hessische Truppen gerne haben woUen , auf den Fall , dass es mit Russland zu einer Ruptur kommen dôrfte. Da aber die letzteren petersburgischen Briefe sehr favorable sein und hoffen machen, dass wenigstens dièses Jàhr wiederum ruhig vorûbergehen werde, so ist Meine Intention, dass er die Sache wegen der hessischen Truppen nicht pressiren dôrfe, sondern vor der Hand antworten kônne, dass es ihm sehr lieb wâre, die Information zu haben, wovon er gewiss sehr guten Gebrauch machen wurde, im Fall, dass Ich ihn damach fragen soUte, da er nunmehro wusste, was er Mir darauf antworten sollte. '

Miindliche Resolution. Nach Aufzeichnung des Cabinetssecretars.

Jr odewils berichtet, Berlin 26. April :

„ Votre Majesté verra par la ci-jointe réponse du sieur d'Asseburg [Cassel 23 avril] que la proposition de prendre tout le corps des troupes hessoises par une convention, telle que Votre Majesté m'a ordonné de lui proposer , x parait être assez de son goût, mais qu'il n'a pas voulu la faire au prince-stathouder de Hesse sans y être autorisé, parceque dans toutes mes lettres J€ n'ai fait, suivant les intentions de Votre Majesté, que sonder le terrain auprès du sieur d'Asseburg, sans lui demander une réponse directe de la part du Prince."

Potsdam, 28 avril 1750.

La dernière ordinaire m'a bien apporté votre dépêche du 17 de ce mois. La manière dont vous vous êtes acquitté de ce que je vous avais chargé d'insinuer à M. de Puyzieulx pour que le marquis de Mirepoix fît le voyage à Hanovre ,* est tout-à-fait à mon gré, et la tournure dont vous vous êtes . servi à ce sujet, a toute mon approbation, çn sorte que je suis très content de la manière dont vous avez conduit cette affaire. Quoiqu'il soit décidé que le marquis de Mirepoix n'ira point à Hanovre, je crois cependant avoir lieu de présumer que ce sera le marquis de Valory qu'on nommera pour y aller.

Les dernières nouvelles que j'ai eues de Pétersbourg, ont été assez favorables pour pouvoir espérer que la tranquillité du Nord se conservera encore. L'on me marque que le ministre de Danemark, comte Lynar, venait d'exécuter la commission dont sa cour l'avait chargé en faveur de la Suède , ^ que le chancelier Bestushew avait paru eh être fort piqué, que sa première réponse n'avait consisté qu'en des généralités, mais que, le comte Lynar l'ayant engagé enfin à s'expliquer plus précisément, il avait dit que l'impératrice de Russie * aurait beaucoup mieux aimé que Sa Majesté Danoise eût suivi les conseils que cette Princesse lui avait donnés de temps en temps et qu'elle ne se fût pas liée si étroitement avec

1 Vergl. S. 336. — 2 Vergl. S. 318. — 3 Vergl. S. 314.

la France et la Suède, puisque c'était cette union qui encouragerait la dernière à rejeter les propositions qu'on lui faisait du côté de la Russie ; sur quoi le comte Lynar avait répliqué que le Roi son maître, se trouvant rassuré sur la crainte d'un prétendu changement dans la forme présente du gouvernement suédois, n'avait vu qu'avec peine les discussions qui subsistaient entre les deux empires, et que, pour en éviter les suites fâcheuses. Sa Majesté n'avait pu se dispenser de s'expliquer amiablement avec la cour de Russie; que Sa Majesté Danoise, uniquement attentive au bonheur de ses peuples, n'aspirait qu'à la tranquillité, qu'elle prenait particulièrement à cœur celle du Nord et que, pour ce qui était des conseils qu'on lui avait donnés, ils ne pouvaient que s'accorder avec les sentiments du Roi son maître, d'autant plus que lui, comte Lynar, était persuadé que le Chancelier n'avait d'autres vues que le maintien du repos.

Comme c'est le comte Lynar lui-même qui a fait cette confidence à mon ministre là, il a continué de lui dire dans la même confidence qu'il savait de science certaine et par le canal des confidents du Chancelier que le dessein de la Russie n'était point de rompre avec la Suède, et que Bestushew même n'osait pas porter les choses à l'extrémité, de peur de ruiner sa fortune; qu'on pourrait compter que la Russie ne répliquerait pas à la dernière réponse de la Suède, mais qu'elle resterait armée, parceque suivant l'opinion du Chancelier la gloire de sa souveraine y était intéressée, de sorte qu'on continuerait les ostentations guerrières jusqu'à la mort du roi de Suède, et que, si alors le Prince-Successeur prenait le parti, dès son avènement au trône, d'envoyer un ministre de marque à la cour de Russie en le chargeant de quelque assurance, on s'en contenterait. Ledit comte a poursuivi de dire que le sieur Guy Dickens avait fait au Chancelier la déclaration de l'Angleterre d'une manière si mâle et si ferme que celui en avait paru fort fâché. Vous rapporterez tout ceci à M. de Puyzieulx, en ajoutant par quelque compliment convenable de ma part que j'étais bien aise de pouvoir lui donner d'aussi bonnes nouvelles que celles-là.

Il ne me reste à présent qu'à vous dire que je trouve convenable pour le bien de mon service que vous vous répandiez en éloges sur le comte Tyrconnell, en déclarant en termes flatteurs à ses amis, et partout où vous le trouverez convenable, combien j'étais satisfait de son bon caractère et de son aimable personne, de même que des bons principes dans lesquels je l'avais trouvé. Vous ferez ceci sans affectation, mais en sorte que cela revienne aux ministres de France et que cela puisse être mandé à lui, comte Tyrconnell, soit par ceux-ci soit par quelquesuns de ses amis. ^ ,

Federic.

Nach dem Concept.

A STOCKHOLM

Pots dam, 28 avril 1750.

Le plan qu'en conséquence de la dépêche que vous m'avez faite du 17 de ce mois, le ministère de Suède s'est proposé de suivre, de ne pas franchir les bornes de la modération non plus que de la fermeté et de veiller soigneusement sur tout ce qui se passera aux frontières de la Finlande, enfin de régler là -dessus les arrangements à prendre, a toute mon approbation et, pourvu qu'il soit bien exécuté, ne laissera pas de tirer la Suède de tout son embarras.

Mes dernières nouvelles de Russie sont assez favorables, et je viens d'avoir de fort bon lieu des assurances assez positives que la Russie, quelque grimace qu'elle fasse, n'avait pas envie de rompre, et que même le chancelier Bestushew n'oserait porter les choses à cette extrémité sans risquer de ruiner sa fortune. L'on ajoute qu'on pourrait compter que la cour de Pétersbourg ne répliquerait pas à la dernière réponse de la Suède, mais que la Russie resterait armée et que l'on continuerait les ostentations guerrières jusqu'à la mort du roi de Suède. Mais ce qui me console encore plus que tout cela, c'est que je tiens de fort bonne main que, quand le cas du décès du roi de Suède arriverait et que le Prince-Successeur prendrait le parti, dès son avènement au trône, d'envoyer un ministre de marque à la cour de Pétersbourg dont la personne ne lui serait pas tout- à- fait désagréable et qui serait chargé de quelque assurance de la part du Prince — qu'alors la cour de Pétersbourg s'en contenterait et prendrait le prétexte par là

pour désarmer. ^ -, •

Federic.

Nach dem Concept

GR^FFEN A LONDRES.

Potsdam, 28 avril 1750.

J'ai reçu votre dépêche du 14 de ce mois. J'ai eu tout lieu jusqu'ici de me louer de la façon droite et sincère dont la cour de Copenhague a agi pour la conservation de la tranquillité du Nord, et les déclarations qu'elle a fait faire vis-à-vis des deux cours impériales, n'ont pas laissé de faire impression.

Comme les dernières lettres que j'ai eues de Pétersbourg, m'assurent presque positivement que la Russie, malgré toutes les grimaces qu'elle faisait, n'avait guère plus d'envie de rompre avec la Suéde et que même le chancelier Bestushew n'oserait porter les choses à l'extrémité sans exposer sa fortune, mais que la Russie resterait armée et continuerait les ostentations guerrières jusqu'à la mort du roi de Suède, il y a à espérer que tout se pourra calmer encore

Les lettres susdites me marquent encore que le sieur Guy Dickens avait fait, dans la dernière conférence qu'il avait eue avec le chancelier de Russie, la déclaration de l'Angleterre d'une manière si ferme et si mâle que celui-ci en avait été bien embarrassé et fâché en même temps, et que le comte Bernes venait de recevoir des instructions de sa cour pour faire des représentations au nom de la Reine-Impératrice en faveur de la Suède.

Quant au ministre que la France enverra à Hanovre, je suis tenté de croire, par de certaines apparences, que ce sera le marquis de Valory qui pourra être nommé pour résider de la part de la France à Hanovre pendant le temps que le roi d'Angleterre y séjournera, ce que je pourrai vous apprendre en peu de temps avec plus de certitude.

Nach dem Concept. F e d e r i C.

A SAINT-PÉTERSBOURG

Potsdam, 28 avril 1750.

J'accuse la relation que vous m'avez faite du 11 de ce mois. Je vous sais infiniment gré du détail circonstancié que vous m'avez fait des propos que le comte Lynar vous est venu tenir, qui m'ont fait d'autant plus de plaisir qu'il vous a positivement assuré que la Russie n'avait point envie de pousser les choses à l'extrémité contre la Suède, et que même le Chancelier n'oserait pas les y porter. Comme tous ces avis partent d'un canal nullement sujet à caution, j'espère que ces bonnes nouvelles continueront. C'est aussi pourquoi je vous recommande de bien ménager ce canal et de cultiver au possible l'amitié et la confidence de ce ministre, qui, "par les liaisons qu'il a avec les confidents du Chancelier, vous pourra être d'une grande ressource, afin de vous

mettre au fait sur bien des choses intéressantes. ^ ,

Federic.

Naoh dem Concept.

EXTRAORDINAIRE, A VIENNE

Potsdam, 28 avril 1750.

J'ai reçu votre dépêche du 18 d'avril. Quoique vous fassiez fort bien de vous méfier en tout de la cour où vous êtes, et que je vous sache bon gré de m' avoir averti des arrangements qu'on y fait relativement aux campements qu'on va former, je dois cependant vous dire que je n'ai point heu de me douter de quelque dessein caché là-dessus ; car toutes les apparences sont à présent que la paix du Nord pourra encore se conserver au moins cette année-ci. Ce qui me confirme dans ce sentiment, ce sont mes dernières nouvelles de Pétersbourg, qui

m'apprennent que la déclaration que la cour de Danemark a fait faire au chancelier de Russie dans le même sens qu'elle Fa fait à Vienne, n'a pas laissé de faire bien de l'impression sur ce dernier ; que le sieur Guy Dickens avait fait la déclaration de l'Angleterre d'une manière si mâle et si ferme que celui-ci en avait été également embarrassé que fâché. Et les dernières instructions qu'un courrier avait apporté au comte Bernes sur le même sujet, étaient pour faire au nom de la Reine- Impératrice des représentations aux ministres de Russie en faveur de la Suède; du moins le comte de Barck l'avait-il marqué sur ce pied-là au ministre de Suède à Pétersbourg, par une lettre que ledit courrier lui avait apportée. Enfin, j'apprends par un assez bon canal que la cour de Russie paraissait n'avoir plus d'envie de rompre avec la Suède, et que le chancelier Bestushew même n'oserait porter les choses à cette extrémité sans courir grand risque de ruiner entièrement sa fortune, mais que la Russie resterait armée et continuerait les ostentations guerrières jusqu'à la mort du roi de Suède; mais qu'elle tâchera d'obtenir son but plutôt par les intrigues que par les armes; circonstances qui toutes, prises ensemble, me font conjecturer que les affaires du Nord se composeront encore sans qu'on parviendra à des éclats.

Nach dem Concept. Federic.

Potsdam, 28 avril 1750.

J'ai bien reçu votre lettre du 24 de ce mois et je reconnais avec grand plaisir votre zèle pour moi dans la façon dont vous vous êtes acquitté de la commission dont je vous ai chargé à votre départ d'ici pour la cour de Gotha.* Je suis d'ailleurs très sensible à la manière attentive dont cette cour a reçu vos insinuations, et je lui en conserverai toute la reconnaissance possible; mais comme les circonstances des affaires publiques viennent de prendre tout d'un coup un tour assez favorable, pour que je ne me voie pas pressé d'avoir dès ce moment des troupes auxiliaires, vous insinuerez à ladite cour, de la manière la plus flatteuse pour elle, que, comme ma façon de penser avait été toujours d'êtie aussi peu à charge à mes amis que les circonstances le permettaient, pour ne point abuser de leur bonne volonté, j'éviterais encore de lui faire la proposition pour engager de ses troupes, jusqu'à ce que quelque circonstance urgente l'exigerait, et que je me tenais assuré alors que je ne serais point refusé.

Pour ce qui regarde le propos que vous avez tenu à votre bon voisin,* relatif aux troupes de Wurtemberg, il serait bien acceptable dans un autre cas; mais dans celui dont il s'agit, la marche ruineuse que ces troupes- seraient obligées de faire pour parvenir à leur destination,

1 Vergl. S. 320. — a Der wiirttembergische Geh. Rath von Keller auf Stetten.

et les hauts cris que les États de l'Empire jetteraient par où ces troupes auraient à passer, m'empêchent d'en pouvoir profiter. Je suis avec les sentiments que vous me connaissez, votre bien affectionné

Nach dem Concept. F e d C T i G.

Potsdam, ler mai 1750.

Je vous suis bien obligé du rapport que vous m'avez fait touchant l'entretien que vous avez eu avec le sieur de Cheusses au sujet des affaires de Russie.* Il m'en a paru assez clairement qu'il est fort porté pour le chancelier Bestushew, dont il a tout-à-fait adopté les sentiments. Il y a cependant à observer que les avis qu'on prétend qu'ils reviennent constamment au susdit Chancelier de ses partisans en Suède, ne sont que de l'invention de celui-ci, qui, comme je le sais par de bons canaux , se les fait mander par des gens apostés par lui en Suède , de façon qu'il le leur prescrit, pour colorer en quelque façon les avanies qu'il fait à la Suède. Il faut ainsi qu'il ait dupé le sieur de Cheusses, en lui imposant par ses fictions, ou que celui-ci soit extrêmement préoccupé lui-même contre la Suède, par les raisons que vous remarquez udicieusement." Au surplus, mes occupations ne me permettent pas que je vienne à Berlin pour parler au sieur de Cheusses, à qui d'ailleurs je n'ai rien à dire ; il me suffira que vous lui fassiez quelque compliment poli et convenable de ma part. Et sur ce, je prie Dieu etc.

Nach der Ausfertigung. F e d e r i C.

GR^FFEN A LONDRES.

Potsdam, 2 mai 1750.

J'ai bien reçu la dépêche que vous m'avez faite du 17 du mois passé d'avril. Ce que vous m'apprenez de l'impression que les déclarations vigoureuses de la France ont faite sur le roi d'Angleterre et sur son ministère, m'a donné bien de la satisfaction; aussi tiens-je que, quand la Russie verra qu'elle n'aura aucun appui à espérer de ses alliés, elle se rendra à la raison.

Je ne m'étais point attendu que la cour de Londres s'aviserait tout d'un coup d'envoyer le chevalier Williams à ma cour; mais si elle persiste dans cette résolution et que celui - ci nous arrive , il faut bien que vous vous arrangiez à continuer encore sur votre poste, puisque je

I Cheusses war Gesandter Dânemarks in Berlin , dann in Russland gewesen. Vergl. S. 208. 276. 296; Bd. II, 366. 413. 472; Bd. VI, 203. — 2 Podewils bemerkt in seinem Berichte: „Le sieur de Cheusses paraît encore ce qu'il a été autrefois, c'està-dire bon Anglais et Autrichien, malgré le changement de système de sa cour."

ne saurais alors vous en rappeler, comme j'avais résolu sans ce nouvel incident.' Il pourra cependant arriver que, quand vous serez à Hanovre, je vous manderai de venir chez moi pour un temps de six jours, afin de m' entretenir moi-même avec vous sur le vrai état des affaires.

Nach dem Concept. F C d C r i C.

A STOCKHOLM

Potsdam, 2 mai 1750.

J'ai bien reçu votre dépêche du 21 d'avril. Mes lettres de Copenhague m'ont appris que le traité entre le roi de Danemark et le Prince-Successeur y a été actuellement signé le 25 du mois passé, ainsi que cette affaire en était entièrement terminée.^ J'apprends d'ailleurs avec plaisir les bonnes nouvelles qu'en conséquence de votre rapport on a reçues de Constantinople , puisqu'il me paraît qu'il n'y a que la Porte Ottomane qui pourrait faire changer de conduite à la Russie par rapport à la Suède, si l'on peut porter la première à faire quelque déclaration vigoureuse à cet égard. En attendant, les nouvelles que je reçois de Pétersbourg, sont encore assez favorables, et quand je combine celles que j'ai reçues par l'ordinaire dernier de Londres et qui paraissent m'assurer que la Russie ne trouvera point d'appui de l'Angleterre pour réaliser ses desseins contre la Suède, je crois pouvoir présumer que la Russie se rendra, à la fin, à la raison, quoiqu'elle voudrait disputer encore au possible terrain.

Je vous adresse ci - clos la réponse que je viens de faire à ma sœur, Madame la Princesse Royale,^ sur la lettre que vous m'avez envoyée de sa part. , .

A SAINT-PÉTERSBOURG

Potsdam, 2 mai 1750.

J'ai bien reçu votre dépêche' du 14 du mois passé d'avril. Je croirais comme vous que le sieur Guy Dickens n'eût point parlé au Chancelier avec cette fermeté que le comte Lynar vous a dit, si les dernières lettres de Londres ne venaient de m' apprendre que le roi d'Angleterre et son ministère commençaient à appréhender les suites des déclarations fermes et vigoureuses que la France a faites relativement aux affaires du Nord, et que Ton n'était d'ailleurs pas sans inquiétudes au sujet de l'étroite intelligence qui régnait actuellement entre la France, moi et la Suède; que c'était en conséquence que la cour de Londres

I Vergl. S. 178. 228. — 2 Vergl. S. 141. — 3 Dièses Schreiben liegt nicht vor. Vergl. Bd. V, 354 Anm. i.

venait de donner ordre au chevalier Williams d'aller incessamment résider à ma cour et me faire, à ce qu'on prétend savoir, directement des protestations pour la conservation de la tranquillité du Nord; que d'ailleurs le duc de Newcastle s'épuisait en protestations envers l'ambassadeur de France sur la sincérité du Roi son maître et sur la droiture de ses sentiments dans les affaires du Nord. Outre cela, les cours de Londres et Vienne paraissaient craindre que la guerre ne commençât dans le Sud, et j'apprends encore que la dernière est fort intriguée sur la déclaration que la cour de Danemark a faite ' à l'égard des affaires du Nord.

Toutes ces circonstances, prises ensemble, me font croire qu'il se peut bien que le sieur Guy Dickens ait parlé d'un ton plus ferme qu'à l'ordinaire au Chancelier, et je crois pouvoir espérer que, puisque la Russie ne sait trouver aucun appui auprès de ses alliés, elle se rendra, à la fin, à la raison et tâchera de se tirer de l'affaire, quoiqu'elle ne

laisserait pas de chicaner le terrain au possible. ' ^ , .

Nach dem Concept.

EXTRAORDINAIRE, A VIENNE

Potsdam, 2 mai 1750.

J'ai reçu la dépêche que vous m'avez faite du 22 d'avril. Vous devez assurer de ma part au colonel de Schœnaich* que, quand il viendra ici, je l'agréerai en mon service, le connaissant pour un officier de mérite et de valeur, et que de cette façon -là il ne risquera point d'être au dépourvu, si on venait à lui donner son congé.

Les dernières lettres qui me sont arrivées de Londres, ont été assez intéressantes; elles m'apprennent que le roi d'Angleterre et son ministère commencent à être dans de fortes appréhensions sur les suites des déclarations vigoureuses que la France a faites au sujet des affaires du Nord, et qu'ils paraissaient être bien intrigués sur l'étroite intelligence entre la France, moi et la Suède; qu'on venait de prendre en conséquence la résolution d'envoyer incessamment le chevalier Williams à ma cour, pour y faire directement, dit-on, des protestations sur la forte envie qu'on avait pour conserver la tranquiUité du Nord, et qu'en attendant le duc de Newcastle faisait toutes les assurances possibles au ministre de France sur la droiture des sentiments du Roi son maître à cet égard. L'on ajoute d'ailleurs que la cour de Londres n'était pas sans appréhensions que la guerre ne commençât dans le Sud.

Quand je combine tout ceci avec les nouvelles qui me reviennent de Pétersbourg et qui continuent d'être assez favorables, je crois pouvoir conjecturer que la Russie, ne trouvant aucun appui auprès de ses alliés ^

I Vergl. s. 338. — 3 Vergl. S. 328.

pour parvenir à ses vues, sera obligée de fléchir, et que du moins cette année-ci s'écoulera encore sans qu'il y aura quelque rupture ouverte.

Nach dcm Concept. F e d C r i C

Potsdam, 2 mai 1750.

J'ai bien reçu la relation que vous m'avez faite du 20 du mois passé d'avril. J'ai vu avec satisfaction que ma résolution de faire de concert et conjointement avec le roi de Danemark cette déclaration à la Russie que la France désire,* ait fait plaisir à M. de Puyzieulx. Celle que Sa Majesté Danoise a fait actuellement faire à la cour de Vienne,* a bien intrigué celle-ci et au point qu'elle n'a pas pu cacher le chagrin qu'elle en a, envers le chargé du Danemark, et, si j'ose pleinement ajouter foi à ce que mes dernières lettres de Londres m'apprennent, le roi d'Angleterre et son ministère commencent à appréhender les suites qui sauraient résulter des déclarations fermes et vigoureuses de la France, et d'être inquiets sur l'étroite intelligence qui règne heureusement entre la France et ses alliés. On a, dit-on, résolu de faire partir incessamment le chevalier Williams pour résider à ma cour, afin de faire, à ce qu'on prétend, des protestations sur l'envie qu'on a de maintenir la tranquillité du Nord, et le duc de Newcastle doit s'épuiser en assurances envers le marquis, de Mirepoix sur la droiture des sentiments du roi d'Angleterre à cet égard, ainsi qu'il apparaît de tout ceci et de ce que je vous ai déjà mandé par ma dépêche de l'ordinaire dernier, que la fermeté dont la France a agi à cette occasion, fera plier ses ennemis et anéantira tous les pernicieux desseins de la Russie et de ceux qui y étaient entrés.

Pour ce qui est du comte de Tyrconnell, je vous renvoie à ce que je vous ai ordonné à son sujet en conséquence de ma dépêche de l'ordinaire dernier, dont vous tâcherez de vous acquitter habilement. Et quant au marquis de Valory, je lui donnerai à son départ une lettre au roi de France, pour le lui recommander avec instance,^ quoique je m'y prendrai de la façon que qui que soit n'en saura point être choqué.

Au surplus, je suis véritablement fâché de ce que je ne puis plus accorder la charge de chanceUer de la principauté de Neufchâtel à celui pour lequel vous venez de vous intéresser.'* J'aurais sûrement réfléchi, préférablement à tout autre, sur celui que vous m'avez proposé, si je n'avais pas disposé de cette charge,^ avant que votre lettre me fût rendue, de façon que je ne saurais plus me rétracter. Vous devez cependant compter que, si quelques autres occasions s'offrent où je pourrai vous faire plaisir, je les embrasserai volontiers, pour vous marquer les sentiments que j'ai pour vous. ^ , .

Federic.

Nach dem Concept.

I Vergl. S. 315. — 2 Vergl. S. 338. — 3 Vergl. S. 160. 220. — 4 Chambrier empfahl fiir dièse Stelle einen entfernten Verwandten. — 5 Vergl. S. 356.

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