TOUS
Ami fidèle, Quand le plaisir m'appelle, Je reponds : me voici !
Et j'accours près de lui...
PREMIER AMI. Eh bien ! est-ce qu'on ne fait pas un écarté?
moivilMUix, préparant des cartes. Sifait!.. voilà l'autel... en attendant les victimes.
TOUS. Délicieux , le punch !..
DEUXIÈME AMI , allumant un cigaic.
Voyons tes cigares...
( Ils se mettent à fumer.)
ILVERTON, à part. Ils vont m'empester à présent... que les gens comme il faut ont mauvais ton!..
PREMIER AMI. Et la promenade à Hyde- Parck?...
MORTlMER.Tout-à-l'heure... on prépare les chevaux... qui est-ce qui me tient tête? Il ver ton!...
ILVERTON, qui est retourné sur le canapé. Ah ! laisse-moi... ( Que/que.^ amis lui font signe d\icccpter. )
3I0RTIMER. Yiensdonc... lu ne refuseras pas de perdre quelques guinées... j'ai la main heureuse...
ILVERTON, s'asseyant à la tahle. Je ne connais rien de bète connue le jeu!...
MORTIMER. A qui le dis- tu ?
ILVERTON. Ça n'est supportable que quand on risque beaucoup.
TOUS, au fond. Oui... il faut jouer gros jeu... nous en sommes!..
MORTIMER, ai>alant encore un vrrrc de punch. Parbleu!,, ce que tu voudras... le punch m'a mis en train...
ILVERTON, mettant la inain à sa poche.
Cent guinées...
MORTIMER, de même. Va! (S'arrétanf.) Ah! ah!., c'est singulier... je m'aperçois que je n'ai pas sur moi... je sais d'où cela vient... c'est égal... je tiens !
ILVERTON. Ah !.. je ne joue pas sur parole...
MORTIMER. Pourquoi donc?
ILVERTON- C'est une idée.
MORTIMER. Alors, prête-moi...
ILVERTON. Du tout !... ça porte malheur...
MORTIMER. Par exemple... ce caprice!..
pour m'empêclier déjouer... parce que je me sens en veine ! parce que je suis sûr de gagner!
II.VERTON, gaîmenl et à deml-vuix . Eh bien !.. puisque tu eu es sûr... il y a un moyen... Nous cherchions une honiidolif:.. celle petite Polly.. dont le sorll'mquiète.. je te joue tou titre de tuteur.
MORTIMER. Comment!
ILVERTO^. Le droit de la protéger...
d'être son appui.
MORTIMER. Et de chercher à lui plaire?
ILVERTOIV, Peut-être!
MORTIMER. Tu y reviens encore ?
ILVERTON. C'est une idée fixe maintenant : si je gagne, tu me laisseras le champ libre!., sans venu- te jeter à la traverse, avec ton pouvoir de mentor.
MORTIMER , se levant à moitié. Allons donc !.. quelle extravagance!
ILVERTOIV. Quand ce ne serail que pour nous distraire !
MORTIMER. Jouer une femme!... fidoiic !
la dignité anglaise!
ILVERTOIV. C'est moins stupide que de la conduire au marché, la corde au cou.
MORTIMER, ù àti-mcmr. Au fait c'est
plus moral.
ILVERTOX. Eli bien!
MORTIMER, à part. Ma foi , (ju'est-ce que je risque?., ce diable; de punch m't nflamme!.. Sije pouvaislui regagner sa dot, à cette pauvre petite!
ILVERTOIV. Eh bien !
MORTIMER, à demi-voiv. Le droit de lui faire la cour... rien de plus... et en galant homme?...
ILVERTON. C'est convenu.
MORTIMER, se rasseyant et ptennnl tes icartes. Tope!... elle est au jeu.
ILVERTON, gaîmenl. A merveille!..
TOUS, éloignés de la lahlf. Est-ce prêt?..
MORTIMER. Oui ! oui ! {Bas à Ihcrlon.) Qu'est-ce que tu mets?
( Ils tirent h qui ieia.)
ILVERTON, bas., battant les cartes. Quatre mille guinées !
MORTIMER. Peste !.. tu es plus amoureux que i\\ ne crois.
ILVERTON, at-ff/a/, vnyant Polly quientre. .Te donnerais dix fois davantage!., regarde plutôt.
( Poiiyavcc un valet qui porte le tlic prc'païc sur un plateau.)
SCKNK \I.
Les mêmes, POLLY.
MORTIMER, /</ regardant. C/est, ma foi, vrai !.. ce sourire, ces yeux! [Ftas ii I/vrrlon.) Mon ami, tu as raison, ce n'est {»asassex.
ILVERTON, impatiente. Aii!
MORTIMER. Il fîjiut être juste... en conscience, c'est pour rien.
ILVERTON, bas. Eh bien!... cinq mille... six milh; !
MOuiiMi:;», décidé. Soit!
ILVERTON. (>oupe!
TOUS, entourant Polly. Ahl... la petite Polly!
POLLY, tenant une tasse île thé. Finissez donc !.. vous allez me faire tout renverser'
MO\i.TlMM\\, jinuint. Un moment , messieurs... Polly ne s'appartient pas... ( // joue. ) Le roi I
ILVERTON, aocc liumeiir. Cei laiiicment.. , et puis ça nous trouble!
MORTIMER, /^lav. Tu faisd<'j;'i le jaloux... c'est trop tôt. ( 1/ fouc.) Trèfle 1
l'OLLY, offranl du thé. J)n lli:'- , messieurs? •
TOUS, Volontiers î
l'OLLY. Encore leur vilain jeu I {A pmt, ai>ec un petit soupir, en regardant lloertnn.) Ah !... c'est fini maintenant , il n'y a plus de danger pour moi!.. J'ai vu Yorrick... je lui ai dorme ma parole, et dans quelques heures... ( A Ilverlon.) Vous en offrirai-je, mylonl?
ILVERTON, jouant. Si VOUS avez cette complaisance... (.Jouant.) Atout!
rOLLY. Pas trop sucré... n'est-ce pas.'
( Elle va pii'parcr les tasses.)
MORTIMER, Cl Iherton. Elle connaît tou goût ?.. diable!
TOUS, lutinant Polly. Présenté par une aussi jolie main...
MORTIMER, marquant. Trois points...
ILVERTON , (H'ec humeur j regardait l^olly. Ce n'est pas étonnant... avec un pareil bruit!.. Polly... {à /1/or/tmer) dis-lui donc de venir par ici...
MORTIMER. Pour t'inspirer?. . c'est juste !.. Ilfaut voir ce qu'on joue...(-^ Polly.) Polly, demeurez là... que nous jouissions un peu de votre société...
PREMIER AMI , s' approchant du jci. Ali çà!.. peut-on parier?
ILVERTON, donnant. Oui.. . mais pas de conseils !
PREMIER .\MI. Qu'est-ce que ça si;;nifie ?.. rien sur table !
(Quelques amis s'approchent de l.i table.)
POLLY. C'est drôle!., qu'est-ce (m'ils jouent donc ?
MORTIMER. Nous jouons très-cher.
l'OLLY. Siu- parole ?..
ILXKUTON. Oui. .. (^Retournant la rtirle.'\ Le roi !
MAGASUS THKATUAL.
l'HEUlER AMI, à lïoerlon. Ton nouveau ihevrl de chasse?..
ILNERTOM. Fi donc!
MOiniMEK , d'un air g'iguenard. Quelvjiic chose de plus furouclie, |>cui.-eUel
iL\EUTO.\. C'est ce que nous venons...
roLLV. Ou'esl-ce que ça peut être?
!LVERTO\, ^/t7/^i'</«/ latei'éf. Lavolel.. (lois points...
( Il marque.)
TOUS. Egalité!
rOLLY. Ca devient intéressant... ( /l/o/itrant Ilverlon. ) J'ai idée que uiylord gagnera.
MOnTiMER , donnant trcs-iute. A'oyezvous l'instinct!..
TOLS, entourant lu (uble. Attention !
UN AMI. Je parie pour inyloid.
DEUXIÈME AMI. Moi contre... cent guinées !
TOUS. Ah ! ah I
MORTlMER. Silence .'
ILVEUTON , annonçant. Le roi !
MOnTlMER, à Polly. Polly!... passez donc de mon côté... vous lui portez bonheur.
TOUS , riant. Ah !... ah î... ah !... il a peur !
MORTlMER. Du tout!., la preuve... c'est que je propose...
ii.VERTON. Je ne peux pas.
TOUS. Ah !
MORTlMER. C'est ce que je voulais... il est perdu !.. je suis sûr du coup. .. tenez...
[Jouant.) Là... là... là !..
ILVERTON. Je coupe... atout!., etatout!
{A\>ec Joie.) J'ai gagné.
MORTlMER. Morbleu!
TOUS. Victoire !
(Ilvcrton se lève.)
POLLY, ai^ec une gaité ingénue. Là !.. je le disais bien que ce serait luylord î
MORTlMER, à part., en se levant. Pauvre petite !.. dire que c'est un coquin de valet de pique qui me l'enlève!
ILVERTON, regardant Polly. J'ai gagné!
TOUS. Mais quoi?
POLLY, riant. Oui , au fait!
ILVERTON, souriant. Ca nous regarde.
MOliTIMKR, se IcK^ant., et à lui-même. Du reste... je suis tranquille , c'est la sagesse n^èuie!.. Le pauvre garçon!., c'est comme s'il n'avait rien gagné.
ILVERTON , à Mortimrr. Eh bien ! mon cher?
MORTlMER, ginrnrni. Allons!., il faut s'exécuter de bonne grâce I
TOUS , les entourant. Il va le payer...
MORTlMER , // Ih'erlon. Ce qui est dit est dit... (^Luî tendant la main.) Es-tu content?
ILVERTON, la lut serrant. Parfaitenaent...
nous soiniues quittes.
TOUS, étonnés. Eh bien!., qu'est-ce que cela signifie?
MORTlMER, soupirant. Ca me coûte beaucoup !
POI.LY, souriant. Qu'est-ce que ça lui coûte ?.. il n'a rien donné... Singulière manière de payer ses dettes I