‹ PolochonChapitre 16 sur 54 · LE PORT ABANDONNÉ · texte numérisé non relu

LE PORT ABANDONNÉ

Dans de grands bassins rapiécés avec des morceaux de ciel, les coques noires des bateaux se reflètent comme de larges taches d'encre coulant des quais.

A la lumière crue tombant des mats électriques ce sont des cordes, des rails, des wagons, des passerelles, des paniers et des caisses: — lait condensé — lait condensé — lait condensé — lait condensé.

Sur le pont désert du paquebot un rat, ne connaissant que son devoir, s'avance par bonds successifs et prend possession du navire. Maintenant le capitaine peut venir.

Au hasard de la nuit les nuages passent rapides comme de longues bâches noires flottant

dans le ciel. Par-ci par-là, une tache claire : des cheminées blanches, des manches à air doublées de brun.

Une grue noire, à ventre rouge, laisse flotter au vent sa chevelure blanche et, pour se distraire, lève la jambe.

Et comme dans ce chaos on ne saurait discerner des hommes habillés de noir, il semble que cet infernal sabbat, abandonné à lui-même, crie, grince, souffle et dévide follement ses engrenages sans contrôle possible, au seul gré des rafales.

llï

Page 1