L'AGENT
Dans la nuit, trois heures du matin sonnent lentement aune intègre horloge qui ne connaît que son devoir, puis, entre les hautes maisons (le l'avenue déserte, le silence retombe plus profond encore.
Avant le réveil des êtres et des choses tout semble pour la dernière fois s'endormir lourdement aux premières lueurs de l'aube, et, dans cette humidité chaude du jour qui point, c'est comme du sommeil qui monte de la terre vers le ciel, mêlé aux fades parfums que versent sans compter Aubervilliers et Pantin.
Seul, tel Siméon stvlite au faîte de sa co-
lonne, l'agent de la brigade des voitures demeure immobile sur son refuge. Serviteur incorruptible de l'Idée, il reste là, les yeux perdus dans le rêve, songeant aux lointaines campagnes qui le virent naître, qui sait? peut-être même à sa mère, ruminant lentement.
Et comme, malgré tout, l'inaction lui pèse et que le sommeil l'envahit, pour se distraire, il se met à compter les étoiles qui, une à une, se fondent dans le ciel et se décolorent.
Quelques noms lui reviennent lentement, inculqués par le brigadier au long d'interminables et incohérentes théories sur l'orientation.
Voici le Cygne, auquel les enfants ne doivent, sous aucun prétexte, jeter du pain; puis la constellation d'Andromède et, plus loin, le Dragon, trop souvent, hélas ! en état d'ivresse manifeste.
Mais brusquement, esclave de sa consigne, l'agent se redresse avec autorité. Son bâton s'est levé, puis, machinalement, retombe vers riiorizon.
Entre Pobiire et le Lion, il vient d'apercevoir le Chariot.