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FIESOLE

Une grande place, quelques maisons, et, tout autour, l'immensité lumineuse et pure de la Toscane.

Vers l'Apennin, dans un chaos de pierre et de verdure, un sentier longeant des ruines romaines descend lentement au milieu des oliviers vers le torrent.

Seul, rompant le silence, on entend un oiseau mal graissé qui crie, puis c'est un bruit de grelots en bas dans la vallée, puis plus rien, et seulement Fodeur lourde et pénétrante d'huile chaude qui monte des jardins.

Inquiets en entendant marcher, de petits lézards qui dormaient sur le chemin s'éveillent, font quelques effets de torse comme si quelqu'un

leur chatouillait les cotes, puis successivement, disparaissent brusquement dans les buissons, tirés, chacun sait cela, par d'invisibles ficelles.

Au loin, un peu d'humidité à l'aisselle d'une montagne dénudée, a fait pousser quelques touffes d'herbe.

Sur l'autre versant du double rocher de Fiesole, au pied des terrasses et des jardins, plus basqueles coteaux qui s'écroulent en mamelons sombres, c'est l'immense vallée qui se déroule tout entière, Florence dont les campaniles et les dûmes brillent innombrables dans une poussière d'or, et, plus loin, l'Arno en fusion qui serpente et scintille dans la plaine.

Tant que le soleil reste haut, inondant la terre de son écrasante lumière, rien ne bouge dans Fiesole : les maisons sont closes, les êtres dorment accablés, et, dans le grand silence, la chaleur monte seule en tremblant au long des murs.

Mais dès qu'il s'éteint peu à peu dans le lointain lourd des nuages, et que, rouge enfin, il roule à l'horizon dans les eaux boueuses du fleuve, la fraîcheur du soir monte lentement

delà vallée et éteint bientôt les dernières poussières du jour.

Alors les êtres et les choses se raniment, les maisons s'entr'ouvrent doucement avec les fleurs.

C'est rheure délicieuse où, dans la paix immense de ce jardin merveilleux, la Toscane entière courbe les volontés et se plaît à rêver

pour les hommes.

Au loin des voix calmes résonnent dans la campagne, et des ifs très noirs se découpent au long d'une allée dantesque montant en lacets vers la vieille cité étrusque.

Sur la route, trois jeunes filles enlacées passent lentement en souriant, portant quelques fleurs aux plis de leurs robes, et, inconscientes des gestes immortels qu'elles évoquent, souples et silencieuses elles s'effleurent les doigts de leurs mains renversées.

Puis, dans l'immensité muette du soir s'égrènent, cristallines, les clochettes d'un cheval qui monte sur la route, avec un haut panache sur

la tête, secouant de droite et de gauche son irritante et invisible escorte.

Les cloches de la valle'e commencent à tinter lentement, et, tout au fond de la brume légère et bleue, quelques lumières s'allument dans Florence.

D'autres cloches se mettent en branle, très pures, très lointaines, et, léger, le son monte dans Tair limpide vers la voûte du cieL où, dans un bleu trop clair, une étoile scintille avec peine.

Les silhouettes immobiles des ifs se découpent plus nettes et plus sombres. Quelques voix sur une terrasse qui s'éteignent bientôt, et, tout près, dans les couvents de Fiesole, puis au pied de la colline, de petites cloches claires et hâtives qui se mettent à sonner et répondent joyeusement au bourdonnement sourd et lointain de la Ville des Fleurs.

Insouciante et rieuse, délivrée du maître auquel elle doit tout, Fiesole s'éveille au coucher du soleil.

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