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LA FAILLITE DE LA SCIENCE

En ce temps-là, les Américains se virent forcés de reculer les bornes de la gloire jusqu'aux limites extrêmes de l'Alaska, pour permettre à Edison de recueillir sur sa tête, sans en être gêné, les témoignages d'admiration du monde entier.

Le génie du grand homme s'était rendu maître de tous les éléments, et il semblait aux esprits les moins clairvoyants que les limites de la science étaient atteintes.

A lui revenait le mérite d'avoir remplacé, dans les grands journaux de New^-York, les typographes par des poules admirablement dressées, composant au moyen de caractères d'imprimerie taillés en forme de graines. On

lui devait aussi une merveilleuse liqueur permettant de sensibiliser, avant leurs opérations, les dentistes américains à la main trop rude. N'était-ce pas lui, enfin, qui, surpassant tous ces travaux, par de prodigieux perfectionnements apportés à de précédentes inventions, était parvenu à faire fonctionner, après des efforts inouïs, les téléphones parisiens?

Mais tout cela ne suffisait point à son rêve. Entraîné par la folie des grandeurs, Edison voulut pousser la science au delà de ses limites naturelles.

Le bruit se répandit un beau jour dans New- York, avec la rapidité de la foudre de feu l'ingénieur Jupiter, qu'Edison venait d'inventer un Traducteur mécanique.

L'appareil ressemblait à un phonographe, mais prodigieusement perfectionné. On parlait, par exemple, en anglais dans le cornet du traducteur, et celui-ci reproduisait à volonté la phrase en français, en allemand, en russe ou en toute autre langue, au gré de l'opérateur.

L^appareil était d'une déroutante simplicité. On le réglait suivant la langue à traduire, puis on intercalait le rouleau de l'autre langue composé d'un certain nombre de membranes vibrant sympathiquement à certaines assonances et

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combinant ensuite les impressions rerues en une nouvelle langue par un moyen si simple que le décrire serait faire injure à nos lecteurs.

Le jour de l'inauguration officielle arriva ; la salle était comble et le public anxieux se taisait, attendant de grandes choses.

Edison lui-même, toujours souriant, devait faire fonctionner Tappareil.

Ce ne fut tout de même pas sans une légère émotion qu'il prononça ces paroles, devant le^ cornet du traducteur :

Hurrah for the glorious tramlator Edison. Whiskey, cjin and soda, and the girls Lorisson.

Cette phrase devait être traduite en françaispar Fappareil. *

Le grand savant, posément, appuya sur le déclic. Un long silence se fit. Enfin, le mécanisme, lentement, se mit à parler, traduisant la phrase :

Bravo pour le glorieux trad,..

Puis brusquement il s'arrêta et prononça nettement ces mots :

Et puis, à la fui, vous commencez à m' embêter; je sais bien fjue je ne suis qu un instrument^ mais vous finirez par me faire tourner en bourrique avec vos inventionscontre nature.

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