FORCE ARMÉE
Dans les premiers siècles de son (•) M. F. de Rauroer, Chute de la Pologne.
existence, la Pologne n'eut pas d'autres défenseurs que les membres de l'ordre équestre. Chaque noble, tenant ses domaines du souverain , devait se présenter au premier signal. Le roi envoyait les vici ( ordres ) à la noblesse de monter à cheval et de se rendre à telle destination. Boleslas le Grand fut le premier qui organisa d'une manière plus solide la force nationale, et il composa une armée de-cavaliers, qui, au dire des historiens , se montait de cent cinquante à deux cent mille hommes. Sous Kasimir le Grand , il fut publié une loi qui obligeait chaque noble à marcher contre l'ennemi , avec un certain nombre d hommes d'armes proportionné à l'étendue de ses domaines. Wiadislas Jageiion , qui ne possédait |>as encore la Prusse, la Poméranie, la Kourlande et la Livonie, mit en mouvement cent cinquante mille nobles contre les chevaliers tetitoniques: Kasimir IV anéantit la puissance de cet Ordre avec soixante mille nobles; et Jean Albert fut sui\i de quatre-vingt mille dans sa malheureuse expédition en Bukowine, où l'avait attiré l'hospodar de la Valachie.
Faute d'être soumis à un règlement militaire, chacun dans ces temps s'armait et s'équipait comme il pouvait.
Les Jagellons cependant sentirent la nécessité d'une armée permanente, et les deux Sigismond obtinrent même de la diète que la quatrième partie du revenu des domaines royaux ou des starosties serait eonsa rée à l'entretien d'une force régulière, qui prendrait le nom d'armée du quart ( woysko kwarciane ). Un simple paysan. Ostau' Daszkiéwicz , homme d'esprit vif et pénétrant, organisa sous Sigismoud I er les Kosaks zaporogues, qui , plus tard, furent divisés en corps de (roupes réglées par le roi Batory. Les violences des magnats polonais iirent tourner contre la Pologne les armes de ce peu-
f)le belliqueux , accoutumé pendant ongtemps à la défendre.
Deux parties composaient la force armée polono-lithuauienne. Dans la première, dite nationale , et recrutée seulement parmi l'ordre équestre , Û*
L'UNIVERS
guraientdes brigades de hussards , de cuirassiers et de cavaliers lithuaniens , nommés petyhorcé. La seconde partie, composée de fantassins, de dragons et de cavalerie légère, comprenait toutes les troupes étrangères et soldées.
Le nombre de soldats étrangers que les rois eurent à leur solde ne dépassa iamais quatre mille hommes , et se composait principalement d'Allemands et de Bohèmes. Dans les temps les plus prospères de la république, la garde royale elle-même ne montait qu'à seize cents cavaliers.
Les hussards (hussarz) formaient l'élite de l'armée. « C'était , dit Da- « lerac(*), la plus belle cavalerie de « l'Europe, tant par le luxe de son « costume et de ses armes, que par la « beauté de ses chevaux. » Ces cavaliers nobles s'appelaient entre eux camarades (towarzysz), et, sur le bruit de leur renommée, Louis XIV voulut les connaître ; le marquis de Béthune présenta à ce monarque un hussard polonais complètement équipé. Chaque hussard se faisait suivre de plusieurs écuyers et de trois varlets: ces derniers portaient la lance et lecasq\ie , mais pas d'armure; puis, sur l'épaule , des peaux d'ours blancs etunCtéte d'aigle; ce qui leur donnait un aspect terrible. On voit, dans les anciens tableaux, beaucoup de guerriers avec deux ailes, qui n'étaient pas, comme on pourrait le supposer, un vain ornement; car leur frémissement servait à animer les chevaux.
Parmi le cortège qui vint chercher en grande pompe a Paris Henri de Valois, se trouvaient plusieurs cavaliers équipés ainsi. Ces nobles hussards étaient honorés par le roi, les grands généraux et les chefs de l'armée, du nom de camarades d'armes, et ils avaient le droit de prendre place à la table royale.
Les cuirassiers avaient également des écuvers; mais leur solde était moins forte que celle des hussards.
Néanmoins le roi , les princes, les sénateurs, les dignitaires et même les
(*) Dalerac, Mémoires secrets sur le règne de Jean III.
évêques, avaient leurs drapeaux dans tous les corps de la cavalerie nationale. »,
La cavalerie légère se composait de Kosaks, de Valachiens, de dragons , de raytars (cavaliers), et de Tatars. Les raytars étaient recrutés parmi les Allemands, et armés de mousquets et de sabres. Les fantassins furent régis par le règlement étranger jusqu'au règne de Stanislas-Auguste.
Étienne Batorv voulut le premier introduire l'uniformité du costume dans l'armée; mais cette mesure ne fut bien en vigueur qu'en 1735, lorsque Joseph Potocki commanda l'armée.
A la fameuse bataille sous les murs devienne, le duc Charles de Lorraine faisait remarquer à Sobieski un régiment polonais, remarquable par la pauvreté de son équipement. — Ce régiment, répondit le roi en souriant , a [habitude de s'habiller aux frais de l'ennemi. » Effectivement, il se distingua dans le combat , et reparut brillant de dépouilles musulmanes.
Les Polonais déployaient autant de luxe que les Turcs dans la construction de leurs tentes ; on aurait pu prendre chacune d'elles pour une petite ville.
Le premier de tous les rois, Wladislas Jagellon , eut trois canons à la bataille de Grunwald, où il battit les chevaliers teutoniques. L'usage des boulets rouges t remonte au siège de Polock , sous Etienne Batorv ; et les pontons , au moyen desquels ses troupes passèrent la Dzwina , furent construits d'après les dessins de ce monarque.
Les anciens Polonais fortifiaient parfois leurs camps, en liant des voitures avec des chaînes de fer; ils formaient ainsi une espèce de carré retranché , aux angles duquel ils plaçaient des canons. Zolkiewski fit, en "huit jours de marche, sa belle retraite deValachie, sous la protection d'une semblable batterie mouvante. Les Polonais et les Kosaks zaporogues employèrent aussi à Chocim cette manière "de fortifier les camps.
C'est sous le règne de Michel Wis-
mowiecki que la convocation du ban tomba en désuétude. L'art militaire , élevé à la dignité de science , ne pouvait s'accommoder de ces levées irrégulières, incapables d'aucune opération stratégique, et qui, par leurs désordres , nuisaient bien plus au pays qu'elles ne le soutenaient de leur stérile impétuosité.
Quand on reconnut en Pologne la nécessité d'adopter les modifications administratives et militaires depuis nombre d'années en usage chez les autres nations, il était déjà trop tard. Pourtant le pays offrit longtemps encore de précieuses ressources ; et Pierre I er , ce réformateur de son peuple, le sentait bien luimême , lorsqu'il envoyait trente mille Moskovites au roi Auguste, pour les discipliner. Déjà , à Gette époque, la politique étrangère cherchait à paralyser les efforts de la noblesse polonaise, pour créer une armée nationale; et lorsque par la suite les constitutions pourvurent enfin à l'entretien d'une force régulière, les machinations de la Russie tendaientàcequ'il n'y eût jamais six mille soldats sous les drapeaux.
L'histoire des légions polonaises en Italie et de leurs glorieuses journées à Marengo, dans les Apennins, à Saint- Domingue, sur les Pyrénées et sur les Alpes, aux bords du Danube, de laVVistule, de la Moskova et de la Bérésina, en Espagne, en Allemagne, en Russie, à Dresde, à Leipzig , à Champ-Aubert et sur les buttes Saint - Chaumont , ainsi que celle des luttes gigantesques de 1831 , n'appartiennent pas à notre cadre : elles feront partie de la Pologne renaissante (1795-1831).
DOMINATION DES POLONAIS SUR LA )l LR BALTIQUE.
Lorsqu'après les longues guerres de 1310 à 1466, contre les chevaliers teutoniques, la Pologne rentra enfin en possession de la Poméranie, le pays redevint florissant par le négoce, et les villes situées au bord des fleuves navigables semblèrent renaître à la vie commerciale. L'extension des limites du royaume jusqu'au littoral de la
Baltique lui acquit une influence telle, que Sigismond 1 er fut choisi comme médiateur entre les rois de Danemark et de Suède, et qu'on lui offrit même plus tard le trône danois.
Les villes hanséatiques réclamèrent, en 1557 , la protection de Sigismond-Auguste , car jusque-là les rapports maritimes des Polonais s'étaient bornés au commerce; mais Sigismond- Auguste, tant pour repousser les invasions en Livonie et en Estonie du roi de Suède que pour s'opposer aux tentatives du tzar Ivan Vasiliévitsch, qui s'était déjà emparé du port de Narwa , ordonna aux ducs de Prusse et de Poméranie, ses vassaux, de lancer des corsaires pour capturer tout bâtiment suédois naviguant sur la Baltique, et il arma lui-même par la suite une flottille corsaire à Puçk et à Dantzig.
Elle avait non-seulement pour but de s'emparer des navires suédois et moskovites, mais aussi de tous ceux qui approvisionnaient ces pays de recrues, de poudre, d'armes et de productions agricoles (*).
Dans les pacta conventa qui furent présentés au serment de Henri de Valois, la nation inséra la condition expresse de la formation et du maintien d'une flotte sur la Baltique. On voulait tout à la fois par là assurer la sécurité des ports polonais, maintenir la domination sur cette nier, et interdire la navigation de Narwa aux Moskovites.
Quand le roi de Suède, Gustave- Adolphe, ligué avec l'électeur de Brandebourg, s'empara du port de Pilawa et transporta le théâtre de la guerre en Prusse, Sigismond III, satisfaisant aux pacta conventa, arma neuf vaisseaux de guerre sur la Baltique, et livra bataille aux Suédois, qui y avaient envoyé onze vaisseaux, sous le commandement de l'amiral Hernschild. Les Polonais furent complètement vainqueurs : Hernschild sauta en Pair avec le vaisseau amiral; deux autres bâtiments suédois furent capturés , et le
(*) Swiencki, Description de l'ancienne
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le restant se dispersa tout en désordre.
Wlad islas I V renforça le port de Puçk , et, pour rendre plus sûre la défense de la cote, lit élever sur Piie de Héla les forts de Wladyslawow et de Kazimiérzo.w.
Par la suite on débaptisa ces torts pour leur donner des noms allemands, afin de faire périmer les droits originaires.
Ce roi rétablit aussi l'amirauté instituée à Dantzig, par son père Sigismond III, et lui donna, en 1635, pour chef George Denhoff. C'est par de semblables mesures que Wladislas força les Suédois à conclure une paix honorable de vingt-six ans, en vertu de laquelle ils évacuèrent entièrement la Prusse. Deux ans plus tard seulement le roi de Danemark, jaloux de la domination polonaise sur la Baltique, arriva avec des forces considérables, et s'empara, par une nuit obscure, des bâtiments qui stationnaient près de Dantzig. Wladislas IV vengea cet échec; mais c'était une dernière lueur, et avec sa mort se termina, pour ainsi dire, lapuissancedes Polonais sur terre et sur mer. On suivra dans l'histoire les progrès de cette décadence , qui date de Jean Kasimir. C'est depuis ce règne que disparut petit à petit de la Baltique le pavillon polonais; son souvenir seulement est resté dans les ports étrangers : ils en conservent de nombreuses empreintes sur la pierre.