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COMMERCE ET INDUSTRIE

Jusqu'au dix-septième siècle, la Pologne tut considérée comme le grenier de l'Europe. Située entre la Baltique et la mer Noire, et possédant des fleuves navigables qui unissent ces deux grandes voies de communication , elle offrait d'immenses débouchés commerciaux.

Déia dans les temps les plus reculés la Pologne approvisionnait le Mord et le ÏU idi ; en échange de ses céréales, Byzance, Chypre, Venise, l'Angleterre, Ja France, les Pays-Bas, la Suède, lui apportaient leur or ou leurs produits manufacturés. Sur ses fertiles plateaux ondoyaient de riches moissons de blé, d'orge, de seigle; ses forêts

regorgeaient de gibier et d'oiseaux de toute espèce, et abondaient en animaux aux fourrures précieuses, tels que martres , panthères , ours , renards :

elles donnaient encore des cuirs de castor , d'élan , etc. ; ses fleuves , ses lacs, ses étangs étaient aussi trèspoissonneux ; et les montagnes, comme on l'a vu précédemment, recélaient dans leurs flancs de grandes richesses en argent, plomb, zinc, cuivre, fer, azur, marbre et houille. D'autres objets d'échange commercial, te chanvre, le lin, la cire, le suif, l'hydromel, se char* geaient dans les ports de la Baltique pour les destinations les plus diverses. Il existe des documents qui prouvent que rien que le droit d'exportation de l'insecte Kermès ( czerwiec ), connu seulement en Pologne, et qui produit une couleur semblable à celle de la cochenille, se montait annuellement à six mille ducats de Hollande. Les salines de Wiéliczka et de Bochnia fournissaient également leurs produits à toute l'Europe centrale.

Dans un ouvrage publié en 1786, Busching assure que « le terroir po- « lonais abonde tellement en blé, que « l'on en exporte annuellement près de «quatre mille vaisseaux et radeaux, « qui vont à Dantzig par la Wis^ule. »

L'ancienne Pologne jouissant de la libre navigation sur le Dniester, envoyait par ce fleuve, ainsi que par le Dniéper, ses céréales à la mer ]Noire, où elles étaient embarquées à Bialygrod ( Akerman) et Katschibey. Le froment de Pologne était transporté par cette même mer à Pile de Chypre; et, sous Sigismond I er , les Vénitiens envoyèrent une ambassade au roi pour demander le rétablissement des ports de la mer Noire tels qu'ils existaient du temps de Kasimir Jagellon, aGn que Chypre put, comme par le passé, tirer ses approvisionnements en blé de l'Ukraine et de la Podolie. Les exportations de blé, en 1619, montèrent à cent mille lasts ( plus de 3,840,000 hectolitres ).

Cellarius, retraçant la Pologne en 1660, dit que dans une seule année l'exportation du blé atteignit le chiffre de 10,9*0,000 korzec ou 14,016,000 hec-

tolitres (*) ; et Luc Opalinski , écrivain du dix-septième siècle, assure que cinq mille bateaux et barques arrivaient annuellement du fond du pays à Dantzig, apportant six millions de korzecde différents blés, ce qui faisait gagner à la Pologne un capital de trois inillionsderixthalers par an, c'est-à-dire plus de quinze millions de francs (**).

Les Tatars payaient un tribut aux monarques polonais, pour le pâturage des vastes champs qui s'étendent depuis la mer Noire près d'Oczakow, et le sultan Soliman II signa même , avec Sigismond I une convention à cet égard.

Selon Opalinski , la Pologne exportait encore vers le milieu du dixseptième siècle, après des guerres désastreuses, soixante mille bœufs par an de la Podolie et de l'Ukraine.

Pour donner une idée de l'importance des mines , il suffira de rappeler

Ïu'eu 1511 les commerçants hollanais chargèrent soixante-dix navires de cuivre provenant de l'exploitation de Kielcé.

Le grand commerce de laines n'atteignit son entier développement qu'au dix-neuvième siècle.

Une sage législation venait en aide aux richesses du sol. Les greniers immenses que Kasimir le Grand fit bâtir à Kazimierz , sur les bords de la Wistule, et les vastes magasins de Kowno, où les Anglais établissaient leurs comptoirs, attestent encore de nos jours l'état prospère du commerce des grains en Pologne. L'importance commerciale de Kiiow devait être déjà grande dans les huitième et neuvième siècles, puisqu'on attribue à Charlemagne le projet d'opérer une jonction du Rhin au Danube, et d'ouvrir la navigation sur ce dernier fleuve, le tout afin de détourner de Kiiow le commerce du Levant. L'historien Kromer, qui vivait sous le règne de Sigismond I«, maintient que si les manufactures polonaises cédaient le pas aux manufactures des Pays-Bas ,

(*) Andr. Cellarii, De&crîptio Poloniae.

(**)Lucae Opalinski, Polcwia defeusa.

reconnues à cette époque comme les premières de toutes, elles n'étaient in* férieures à aucune antre en Kurope. Du temps de Sigismond -Auguste, les fabriques de drap de Wiélun et de Kosciany jouissaient particulièrement d'une grande réputation.

Ce n'est qu'au dix-septième siècle que l'industrie et le commerce commencèrent à décroître en Pologne.

Cette décadence, dont le bien-être national reçut un coup sensible, fut amenée tant par suite de l'oppression des classes moyennes et du peuple, par la noblesse, que par l'intolérance religieuse qui marqua le règne de Sigismond III : cette dernière exerça une influence funeste sur tous les règlements de l'administration publique.

11 faut encore ajouter à ces diverses causes de ruine, les guerres continuelles que la Pologne eut à soutenir contre ses voisins, lesquels, après le partage d une grande partie de son territoire, lui fermèrent hermétiquement toutes les frontières, et lui appliquèrent le système prohibitif dans toute sa rigueur.

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