GUERRES ET CONQUÊTES
Henri de Bavière , moins généreux envers Boleslas que l'avait été son
Î>rédécesseur Otbon III , et jaloux de 'intimité du souverain polonais avec Je margrave d'Autriche Henri , invita les deux princes à venir le visiter à Mersebourg, et voulut les y faire assassiner. Boleslas, échappé comme par miracle à ce guet-apens , jura d'en tirer vengeance ; et, dans la guerre qui s'ensuivit, conquit tour à tour la Bohême, la Moravie, la Luzace, la Misnie, et dévasta les terres entre Lubusz et Magdebourg; mais, ne pouvant occu-
Str tous ces pays, il ne garda que la oravie et la Luzace avec la contrée de Lubusz.
A peine cette guerre était-elle terminée que l'ingratitude du duc de Bohême éclata. Ce prince, chassé à cause de crimes graves par le peuple, et replacé sur le trône par Boleslas,
récompensa celui-ci en lui suscitant de nouvelles difficultés. Après avoirépuisé toutes les ressources de la modération , Boleslas , poussé à bout, appela le duc à Krakovie, et ordonna qu'on lui brûlât les yeux avec un fer rouge. Il fit ensuite "son entrée à Prague, et conserva la Bohême.
L'empereur Henri ne put voir d'un ail indifférent les conquêtes de Boleslas , et chercha de nouveau à mettre la désunion- entré ce prince et ses alliés; prêchant même d'exemple, il obtint d'abord quelques avantages par les armes , mais Boleslas prit bientôt sa revanche. En 1005, il remporta une victoire éclatante sur les Allemands, puis les battit à de nombreuses reprises durant une guerre de sept années, et il ne conclut une trêve à Mersehourg (1013) que pour aller attaquer les Poinéraniens , les Prussiens et les Kassubiens. Tous les pays situés entre la Wistule , et le Niémen tombèrent en sa possession (1014), et Boleslas se rendit maître de leurs trois plus fortes villes d'alors, Radzyn, Balga et Romnowe. Il imposa aux Prussiens* sa suzeraineté et leur fit embrasser la foi catholique. Comme signe de domination dans ces contrées, il fit aussi ériger dans le fleuve Ossa , aux environs des villes actuelles de Radzyn et de Leszno , des colonnes en fer avec cette inscription : Hic est Polonia! Ici est la Pologne ! Elles furent renversées plus tard par les chevaliers teutoniques ; mais leur souvenir survécut jusqu'au temps où la Prusse, fatiguée de l'oppression monacale, invoqua la protection de la Pologne.
De nou velles guerres étant survenues avec l'Allemagne, Boleslas victorieux marqua encore ses frontières par des colonnes triomphales , confiées cette fois aux eaux de l'Elbe et de la Sâla , qui baignent les murs d'Iéna. A dix siècles de là, les aigles françaises devaient venir planer d'un vol glorieux sur ces lieux jadis témoins de l'immense puissance polonaise.
Un congrès, demandé par l'empereur Henri lui-même, eut lieu à Bautzen en 1018; Boleslas y imposa ses
conditions à F Allemagne, et y conclut son mariage avec Oda, fille du margrave de Misnie. Ce congrès mit fin aux luttes avec l'empereur.
Tranquille de ce côté, Boleslas tourna ses armes contre le duc de Novogrod, Iaroslaf , qui venaitdechasserde Kiiow legenriredu monarque polonais, Swientopelk. Avant l'ouverture de la campagne, Boleslas nomma le palatin de Krakovie Siéciech au grade de hetman ou grand général , puis , comme toujours, marcha à la tête de ses guerriers. La première rencontre fut sanglante, mais la victoire demeura fidèle a son favori, qui, maître de tout le pavs, se prépara à faire sans retard le siège de Kiiow. Cette ville fortifiée renfermait dans son enceinte quatre cents temples, huit cents marchés, une population immense, et rivalisait de richesse et de prééminence avec Constantinople. Des attaques réitérées et la famine la forcèrent de se rendre.
Boleslas y fit son entrée triomphale eu 1018, et, en passant sous la voûte nommée Porte d'Or, il la frappa de son sabre qui en fut ébréché. Cette arme, présent de l'empereur Othon III, se conservait précieusement à Krakovie parmi les joyaux de la couronne, et les rois élus la portaient au côté le jour de leur couronnement : elle disparut lors du partage de 1 795. Les assassinats commis sur des soldats polonais à Kiiow, et une sourde conspiration, fomentée par l'ingrat Swientopelk, amenèrent une funeste catastrophe :
Kiiow fut incendiée, pillée, et jamais depuis cette cité superbe ne put recouvrer son ancienne prospérité.
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Tant de gloire et de succès devait
Ijroduire un résultat bien flatteur pour 'orgueil de Boleslas , l'union de tous les peuples léchites. Ralliés à son sceptre par la double influence de la bravoure et de la droiture connues du monarque, les Polonais, les Krakoviens, les Mazoviens et les Silésiens ne formèrent plus désormais qu'une seule nation. Boleslas, chef militaire absolu et juge suprême d'États immen-
COURORITI
nor.
ses, songea à les rendre encore plus formidables par la civilisation et de
sages institutions appropriées à la na- 1024. Dans un temps où les cmpeture du pays. Il divisa donc le royaume reurs envoyaient des couronnes aux en districts, et chacun d'eux renfer- rois nouvellement convertis à la foi mait un château fort , qui , aux jours chrétienne , l'empereur Othon III acde péril, servait d'asile et de résistance corda cette faveur à Boleslas , lors de contre les attaques de l'ennemi. Dans son pèlerinage à Gnèzne en 1000; pèchaquejuridiction, les habitants étaient lerinage entrepris sous prétexte de vitenus de suivre à la guerre le castellan .siter le corps de l'évéque Adalbert , ou chef de district ; en temps de paix, tué par' les Prussiens idolâtres et cales fonctions du castellan se bornaient nomsc par le pape , mais dans le but à administrer. Tout sujet possédant réel de voir de près la puissance presun cheval et un équipement de bataille que fabuleuse du héros polonais. Émercomplet devenait noble. Comme on ran- veillé d'une splendide réception , Othon çonnait sans pitié les pays conquis, le lui conféra, au milieu d'un festin , la trésor royal se trouvait toujours abon- dignité royale , ainsi que les titres de
membre et d'allié de l'empire d'Allemagne, ce qui le dégageait de toute obéissance servile envers (es empereurs.
Othon céda en outre à Boleslas son droit de suzeraineté sur les Slaves transodériens , et lui octroya le droit d'investiture et de nomination des évéques ; dans un moment d'enthousiasme, il alla même jusqu'à ôter son diadème pour le poser sur le front de Boleslas.
Mais, à cette époque de ferveur, tout monarque chrétien tenait à être sacré par le pape, et Boleslas lui-même ne se considérait pas comme réunissant tous les caractères de la dignité monarchique, tant que cette faveur lui manquait; aussi la sollicita-t-ilavec ardeur auprès du saint- siège par de nombreux envoyés. La gloire acquise ne lui suffisait pas, et Boleslas pensait sans doute que, pour affermir tout à fait son trône, l'assentiment de Rome était indispensable. Il lui fallut pourtant y renoncer; et, fatigué des refus de Silvestre II, il réunit les évéqûes polonais , et posa de sa propre autorité, en 1024 , la couronne royale de France des savants profondément sur sa téte , bravant par là toutes les versés dans la connaissance des ma- foudres spirituelles et temporelles. Si tières théologiques. Dans ses instants l'on se reporte au siècle où cet acte de tranquillité , il aimait à parcourir eut lieu, on comprendra facilement le royaume , écoutant chacun et ren- son importance, dant justice à tous. Un conseil, corn- Boleslas mourut en 1025, après un posé de douze personnes citées pour règne des plus glorieux , et qui dura leurs vertus et leurs lumières , l'ac- vingt-cinq ans. A sa mort , la nation comparait d'habitude dans ces excur- entière prit le deuil et le porta pendant sions si louables. toute une année.
4« Livraison. (Pologne.). 4
damment pourvu; et Tannée coûtait d'autant moins, que le souverain pouvait distribuer, suivant sa guise, des terres en fiefs à la noblesse, à la seule condition de guerroyer quand besoin en était. Le système de l'impôt foncier s'appliquait alors à toutes les parties de la Pologne ; plus tard , ou le changea, mais ce fut seulement quand les rois durent solliciter le vote électif des nobles : afin de se rendre ceux-ci favorables, ils les tinrent quittes de certaines taxes et transformèrent des dotations personnelles en dotations perpétuelles. Les richesses passèrent ainsi des mains du trône dans celles de la noblesse, et le pouvoir suivit bientôt les richesses. Les prisonniers étaient seuls esclaves sous Boleslas, et encore durant la guerre; la paix faite , on leur confiait ordinairement la culture des terres , et , une fois paysans , ils recouvraient leur liberté.
Boleslas ne borna pas là sa tâche.
Par ses soins , les étrangers reçurent nn bon accueil en Pologne ; des écoles furent fondées , et il appela d'Italie et
L'UNIVERS