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BOLESLAS XII

XI02-Il3g.

La première moitié du règne de ce prince, surnommé Bouche de Travers a cause de la difformité de ses lèvres, fut consacrée à des guerres presque continuelles que lui suscita le bâtard Zbigniew, homme vil et perfide, auquel Wladislas Herman avait eu bien tort de donner une part dans i'héri*

tage royal. L'affection de bon parent que lui portait Boleslas encourageait encore son insolence et sa trahison.

C'est ainsi qu'il attira sur le pays des guerres avec les Bohèmes et les Poméraniens ; il ne se rapprocha momentanément en apparence de Boleslas (1 1 06) qu'avec l'infâme projet du régicide.

En 1107, la Poméranie rentra sous la puissance de Boleslas, son souverain légitime , et Zbigniew pris allait être jugé, quand son frère, non content de lui pardonner, lui accorda, par une faiblesse blâmable, le duchédeMazovie.

À peine libre, l'ingrat excita de nouveau les Poméraniens à la révolte ; il fallut assiéger Wollin; et, dans le nombre des prisonniers qu'on v fit , il s'en trouva un qui ne voulut pas lever la visière de son casque. On l'y contraignit, c'était Zbigniew ! Condamné à mort par un conseil de guerre, il implora bassement sa grâce; Boleslas, toujours bon et généreux , changea encore cette fois l'arrêt de mort : il fut commué en arrêt d'exil. Partout la victoire suivait les pas de Boleslas ; mais elle était souvent sanglante, et rien qu'à la prise de Naklo , plus de trente mille habitants périrent.

CHAMP DES CHIMCS (hUW DSPELd).

1109. Une invasion terrible eut lieu à cette époque; l'Allemagne inonda toutes les provinces polonaises entre l'Elbe et l'Oder. Zbigniew, que l'on était certain de rencontrer sans cesse à la tête des ennemis de la patrie , s'avançait avec les Saxons , les Bavarois , les Suèves , les Thuringues , les Franconiens, les Bohèmes et l'empereur, suivi lui-même des Misniens. Fier de sa puissance , Henri V somma Boleslas de s'avouer tributaire de l'Empire, et de rendre à Zbigniew la possession de ses États. Jamais, lui répondit Boleslas , je ne m'abaisserai à devenir ton vassal; faime mieux perdre, s'il le faut, mon pays par la guerre, que de le gouverner avec ignominie en temps de paix.

L'empereur ne fut pas heureux dans son entreprise; après avoir perdu beaucoup de monde au siège de Glogow

(Gross-Glogau) , il dut y renoncer et se replier sur Breslau. Boleslas le suivit de près; et, dans une vaste plaine aux environs d'OEls, les deux adversaires se livrèrent un combat acharné ( 1 109). Henri V y perdit quarante mille hommes et chercha son salut dans la fuite. Le champ de bataille., disent les chroniqueurs, fut tellement couvert de chiens affamés et attirés par l'odeur du carnage, que le peuple lui donna le nom de Hundsfeld (Champ des Chiens); il l'a conservé jusqu'à nos jours.

Henri V, réduit à demander la paix, reçut avec la pltfs grande distinction Boleslas à Bamberg, où un traité d'alliance fut conclu entre les deux monarques (1110). L'union de Boleslas avec la fille de Henri l'aîné , comte de Bergen, cimenta leur amitié; et on fiança en outre la nièce de l'empereur, Agnès , à Wladislas , prince royal polonais.

PARTAGE IMPOLITÏQirE DU PATS EK DUCHES.

Le traître Zbigniew, n'ayant plus espoir de soulever les nations étrangères, sut encore, par ses viles supplications, réveiller un écho dans le cœur magnanime de Boleslas. Il rentra donc en Pologne (1116); mais son caractère incorrigible le conduisit à sa perte, et, à force d'orgueil et de menées turbulentes, il devint tellement insupportable, que le roi s'écria un jour, dans un accès de colère: Quand donc serai-je délivré de ce traître ! Ces mots furent le signal de la mort de Zbigniew ; les gardes du palais le massacrèrent.

Cette catastrophe, que Boleslas se rerocha aussitôt avec amertume, jointe d'autres chagrins, suite du changement de fortune, altéra profondément la santé du roi. Il oublia à son heure dernière qu'il avait seulement trpuvé dans la réunion des provinces disjointes de la Pologne les forces nécessaires pour soutenir la lutte et triompher; et, repoussant les avis d'une sage politique pour écouter la voix du cœur, qui trop souvent guide mal les souverains, il régla ainsi le démembrement du royaume :

Wladislas II , l'aîné des fils , eut en partage les terres de Krakovie, de Silesie , de Siéradz , de Lenczyça et de Poméranie, avec un droit d'autorité sur ses frères, et qui tenait à la possession des terres de Krakovie ;

Boleslas III, surnommé le Frisé, obtint la Mazovie, la Kuiavie et les terres de Dobrzyn et de Culm ;

Miéczysias III , surnommé le Vieux, eut pour sa part la grande Pologne , contenant les terres de Gnèzne, de Posen et de Kalisz ;

Et Henri vit la sienne se composer des terres de Lublin et de Sandomir.

Quant à Kasimir, le cinquième fils du roi , il fut le seul qui n'obtint rien ; son père , à son heure suprême , le recommanda simplement à la tendresse des aînés.

Boleslas III mourut à l'âge de cinquante-quatre ans, après avoir été vainqueur dans quarante-sept batailles, ce qui eût dû lui valoir un tout autre surnom que le sien. l

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