DEUXIÈME PÉRIODE
.ii39-i333.
Nous venons de parcourir l'époque la plus importante de l'histoire polonaise, celle de la fondation de la monarchie. Basée sur les principes du christianisme, introduit sous Miéczysias I er , et. organisée par Boleslas le Grand en État fort et régulier, la Pologne prit dès lors un rang éminent et décisif dans la politique du nord de l'Europe.
En considérant bien cette époque et le développement qu'elle donna par la suite aux destinées de la Pologne, on reconnaîtra que son histoire se lie intimement au caractère religieux du pays, et qu'elle a puisé constamment ses principes organiques dan3 le christianisme. Aussi , une fois assise sur cette base solide et protégée par l'esprit patriotique et chevaleresque de ses souverains, la Pologne pouvait s'élever de plus en plus et prendre dans la Slavonie cette position centrale que
lui avait destinée le génie de Boleslas le Grand ; mais le malencontreux partage opéré par Boleslas III entre ses fils fit disparaît re toute l'ancienne grandeur nationale. Les monarques qui siégeaient à Krakovie ne portant plus le nom de roi, il y eut donc un royaume sans souverain èt un État sans nom ; car la Pologne, divisée en duchés ré-
fis par des princes de la famille des iast et devenue principauté partielle dans cette ligne de petits États, ne représentait plus la monarchie forte et compacte des Boleslas, mais bien une partie spéciale de la Léchie.
WLADISLAS IJ. ROT, Est. AS IV Ll PRISÉ. MIBCZTS- I.AS LE VIEUX. EASIMIR II LE JUSTE.
f 1139-1148. Wladislas, fils aîné de Boleslas III, poussé par son épouse Agnès, petite-fille de l'empereur d'Allemagne Henri IV, et aidé des princes russiens, voulut dépouiller ses frères de la part qui leur était échue dans l'héritage paternel , et les assiégea en conséquence au château de Posen, où ils s'étaient réfugiés. Mais le succès sedéclara contre lui ; Wladislas II, battu etexpulsé du pays, se vit réduit à chercher un asile près "de l'empereur Conrad III, son beau-frère. 1
1149-1173. — Boleslas IV, surnommé le Frisé, s'empara alors par droit il âge du duché de Krakovie et de la suzeraineté, et bien en vain le pape Eugène III lança, à la suite des démarches de Conrad , l'anathème sur la Pologne : le clergé local refusa pour cette fois soumission aux décrets de Rome.
L'intervention de Frédéric Barberousse réussit malheureusement mieux; elle priva la Pologne de la Silésie, qui, cédée aux trois fils de Wladislas II , renonçant à toute prétention à la couronne, fut à jamais perdue pour elle.
Après avoir terminé de cette manière les différends avec l'Allemagne, Boleslas tourna ses armes contre les Prussiens qui s'étaient révoltés, et les rendit ses tributaires. Dans une de ces expéditions périt son frère le duc Henri, auquel succéda dans le duché de Sandomir le cinquième fils de Bo-
L'UNIVERS
leslas ni , Kasimir , oublié lors de la répartition du patrimoine royal.
La perte des pays siavés situés sur l'Oder et occupes par les Allemands figure encore au nombre des calamités qui pesèrent alors sur la Pologne démembrée et chancelante. C'était l'époque où la frénésie des croisades soulevait de toutes parts les haines religieuses, et où, à la voix de l'éloquent abbé de Clairvaux, la chrétienté entière s'abandonnait pour la seconde fois à l'idée fixe d'arracher aux infidèles la terre sainte. La croix, mise en avant, fut suivie de milliers de combattants de toutes nations, que décimèrent un climat insalubre et le glaive musulman. Pendant ce temps, les Allemands entreprirent unç conquête plus facile, celle des contrées habitées parles païens le long du littoral de la Baltique, ils y parvinrent, et ces pays, privés de leur indépendance, se virent peuplés de colons allemands , qui , avec te temps, envahirent toute la partie occidentale de la Léchie et occupèrent presqu'en totalité les ports de mer : perte irréparable pour la Pologne.
L'Allemagne devint donc ainsi , du côté de l'occident, voisine sur tous les points de la Léchie; mais, pendant longtemps , ce rapprochement ne présenta aucun danger; car l'Empire et Rome étaient alors absorbés par les luttes sanglantes entre les Guelfes et les Gibelins, luttes dans lesquelles le pouvoir impérial , affaibli déjà par les guerres pour les investitures , tut , en dernière analvse , ruiné par la politique italienne et l'intérêt des seigneurs allemands.
Les pertes que la Pologne fit à cette époque rendirent Boleslas odieux à la nation ; et un parti puissant , formé à Krakovie, oflrit la couronne suzeraine au dernier des cinq fils du feu roi , devenu , comme on Ta vu précédemment , duc de Sandomir ; mais Kasimir la refusa.
Boleslas IV mourut en 1173.
1173-1177. Leduc de la grande Pologne, Miéczyslas III , dit le Vieux , et troisièmefils de Boleslas III, prit les rênes de l'État après la mort de son frère.
Jaloux de réunir en un seul faisceau les parties éparses de la monarchie, il poursuivit ce projet avec trop de dureté , et accabla le peuple de tant d 'impôts, que les magnats, ayant à leur tête l'évéque de Krakovie Gédéon , le déposèrent du trône , qu'ils conûèrent à son frère puîné le duc de Sandomir.
Miéczyslas se montra tout à fait indigne de gouverner la nation, car, peu de temps après, le jugeant corrigé, elle le rappela au pouvoir; mais elle dut encore sévir contre lui. Le même cas se présenta à diverses reprises durant les règnes éphémères de Miéczyslas; et, dans un espace de vingt-neuf ans , il fut quatre fois exilé par les Polonais , et quatre fois il parvint à ressaisir, à force d'intrigues, un sceptre qui lui échappait bientôt , grâce à ses débordements et à ses crimes.
1177-1189. Il était temps que Kasimir II vînt cicatriser les plaies de la patrie. Digne de sa mission de réparation, if entreprit avec un zèle et une persévérance infatigables la guérison des désastres nés des abus et de l'anarchie ; la classe des paysans attira surtout son attention , et il sut mettre un terme aux exactions des grands, qui avaient réduit à la misère cette classe si intéressante du pays. Les réformes salutaires que ce souverain introduisit dans toutes les parties du royaume lui valurent , comme une digue récompense, le surnom de Juste.