FORMATION DU SEHAT POLONAIS
1 180. C'est de cette époque que l'on peut dater la première origine du sénat polonais. Par les soins de Kasimir II , une espèce de synode fut convoqué à Lenczy ça , et le clergé le présida en sa qualité de seul corps lettré. Entre autres points , on y discuta les moyens d'assurer l'état des cmetons ( paysans) contre l'oppression des nobles , et de mettre à I abri de toute atteinte les biens posthumes du clergé. Les mesures adoptées devinrent lois du royaume , et reçurent la sanction du pape Alexandre III.
Cette première assemblée ayant porté fruit, d'autres lui succédèrent par la suite ; et les décisions qui émanaient de ces synodes obligeaient toute la Léchie. Mais la classe nobiliaire y étant trop faiblement représentée, comparativement aux votes des prélats, il se forma bientôt à leur place un conseil ou sénat, composé des évéques/des magnats et des grands fonctionnaires du pays, et dont l'avis tint lieu de contre- poids à la puissance souveraine.
Si ce sénat rendit d'abord des services , il ne tarda pas à miner le pouvoir qu'il était chargé d'éclairer tt de soutenir. Son consentement devint indispensable pour déclarer la guerre, et toute loi n'était réputée telle qu'après avoir reçu sa sanction. D'empiétement en empiétement, il en vint à se mêler de la suprême iudicature, jusqu'alors attribution exclusive de la couronne ; et, par la suite, les grands se partagèrent de vastes domaines dont les propriétaires primitifs, lescmetons (paysans), passèrent ainsi sous une autre autorité que celle du souverain.
Le droit de juridiction dans ces mêmes terres fut concédé aux grands par les princes intéressés à obtenir leurs suffrages; et ces derniers leur permirent d'y élever des châteaux forts , les tenant quittes de toutes redevances publiques, qui retombèrent nécessairemeht à la charge des classes inférieures.
De semblables mesures devaient amener des résultats bien funestes et faciles à prévoir.
Kasimir II, que la Providence aurait dû conserver plus longtemps pour le bonheur de la Pologne , mourut subitement en 1194, après avoir vaincu les Prussiens et les Iadzvingues, et conclu (1 193) un traité avec la Hongrie , qui fixait aux Karpatbes la limite des deux royaumes. Il fut regretté de ses sujets, qu'il avait gouvernés avec 'justice et bonté.
LtS/ES. LI BLAHC.
Les grands du royaume, considérant le trône comme héréditaire , élu-
rent le fils de Kasimir, Leszek le Blanc , prince en bas âge , et auquel ils donnèrent pour conseil de régence la reine mère , les évéqnes et les palatins.
Le sénat se trouvait donc dès lors au pouvoir , mais les droits du jeune prince lurent contestés par un compétiteur remuant; Miéczyslas le Vieux, son oncle, appela aux armes les nobles de la grande Pologne , et se fit soutenir dans ses prétentions par le staroste de Poméranie , Mestwin , et les ducs de Silésie. Le palatin de Krakovie, Nicolas, et celui de Sandomir, Goworek, commandaient les armées de Leszek , qui avait pour auxiliaire le duc de Russie Roman. Une rencontre sanglante eut lieu à sept lieues de Krakovie (1 196) ; (a victoire v couronna les drapeaux du palatin Nicolas , et Miéczyslas, grièvement blessé, vit périr sous ses yeux son propre fils ; mais les Silés iens ayant battu Goworek , les chances se trouvèrent balancées et amenèrent des négociations.
Le rusé Miéczyslas ofïrit d'accepter une simple couronne viagère , qui reviendrait après sa mort a Leszek , et réussit, par ce moyen, à se rallier les esprits et à s'emparer du pouvoir souverain (1200); mais, n'ayant pas rempli les conditions stipulées, il fut expulsé pour la troisième fois de Krakovie. Leszek lui succéda, et, après un court règne, dut encore céder la place à Miéczyslas, qui était parvenu a détacher du parti de la régente le palatin Nicolas , dont il se fit un appui pour remonter la quatrième fois sur le trône. Il l'occupa quelques mois seulement et jusqu'à sa mort, survenue en 1201.
Le palatin Nicolas, plus puissant que jamais, et jaloux de l'influence qu'exerçait sur Leszek le vieux palatin Goworek, mit pour condition expresse du nouvel avènement du prince au trône , l'exil de celui qui lui portait ombrage; mais Leszek aima mieux renoncer à la couronne, et la voir poser sur le front de "Wladislas , second fils de Miéczyslas le Vieux, que de se séparer de l'ami et du guide de sa jeunesse.
Wladislas, dit Jambes Déliées (Laskonogi)^ voulut, durant un rè^ne de trois années, procéder à la reforme des abus du clergé ; mais cette intention lui coûta cher. Le pouvoir clérical lui déclara une guerre ouverte , et le grand faiseur de rois , le palatin Nicolas , offrit encore une fois le sceptre à Leszek, qui, venant de remporter la glorieuse victoirede Zawichost ( 1 205) sur le duc de Halicz , Roman , s'était attiré l'affection des Polonais. Wladislas , doué d'un désintéressement peu commun, abdiqua sansdifficulté( 1 206), et se retira à Posen, où il finit ses jours.
Leszek le Blanc, trop doux et trop conciliant de caractère, marcha de faute en faute. Il céda , en 1207 , à son frère Conrad le duché de Mazovie , avec la Kuiavie; confia la Poméranie à Swientopelk, et imprima une fausse direction aux affaires de Halicz (Russie rouge), principauté qui relevait de la double influence de la Pologne et de la Hongrie. A la suite d'arraneements , la principauté de Wladimir fut donnée à Daniel , fils du duc Roman , tué à la bataille de Zawichost , et celle de Halicz cédée au fils du roi de Hongrie , Coloman , qui épousa la fille de Leszek, Salomée. Il est vrai que les persécutions qu'exerça Coloman dans le pays décidèrent bientôt Leszek à s'unir avec Mstislaf, duc russien sur la Klazma, pour le chasser de Halicz , et rendre cette couronne au prince Daniel , devenu majeuri mais le règne transitoire de Coloman , fait historique peu significatif par lui-même, a eu depuis une grande portée (*).