‹ PologneChapitre 24 sur 103 · BOLESLAS V LE CHASTE · texte numérisé non relu

BOLESLAS V LE CHASTE

Xaa7-ia7Q.

La minorité du fils de Leszek , Boleslas V , fournit de nouveau une occasion aux passions d'éclater. L'oncle du jeune prince, le duc de Mazovie, et son cousin germain , Henri le Barbu , duc de Silésie, convoitaient chacun de leur côté la tutelle, à laquelle se rattachait la régence. Ils en vinrent à une lutte ouverte, et, quoique vainqueur dans deux combats, Henri se laissa surprendre et fut fait prisonnier par le rusé Conrad, qui s'empara ensuite de la régence. Mais son esprit tout d'intrigue ne pouvait guère parvenir à éteindre les discordes une fois allumées, et les grands, à qui son caractère vindicatif était insupportable, et qui voulaient gouverner eux* mêmes sous le nom du jeune prince , proposèrent d'émanciper Boleslas, à peine âgé de douze ans. Voyant cela, Conrad voulut le faire périr (1233), et Boleslas dut s'enfuir en Silésie auprès du duc Henri ; ce dernier le ramena à la tête de ses armées dans le royaume. Le traité conclu à Plock en 1237 rendit le sceptre à Boleslas et donna la régence au duc de Silésie.

Deux ans après (1239), Boleslas, à sa majorité, épousa la fille du roi do Hongrie , Cunegonde , princesse pudique et pieuse jusqu'à l'excès. Soit comme épreuve ou bien comme œuvre agréable au ciel , elle exigea de son époux l'engagement assez singulier qu'aucun rapprochement n'aurait lieu entre eux avant une année de mariage

(*) Naruszewicz, Histoire de Pologne.

L'UNIVEKS.

accomplie; Boleslas assez froid lui- les pays voisins, et instituèrent dans

même, y consentit, et ce pacte, re- leurs "possessions une suprématie fa-

nouvelé d'année en année, dura au- natique et sanguinaire. Les Prussiens

tant que leur union à tous deux. Le qui résistaienta la loi de l'Ordre étaient

surnom de Chaste en resta à Boleslas, brûlés vifs, et ce despotisme révoltant

qui , sous d'autres rapports, n'était ne fut tenu en échec que par le duc

nullement le souverain qui convenait de Poméranie Swientopelk et son fils

à la Pologne. L'époque critique où il Mestwirf; seuls ils luttèrent pendant

rirvint au pouvoir rendait nécessaire douze années contre ces moines enla nation un monarque énergique et capable, dont l'esprit sût entreprendre et la main vaincre; mais loin de là, l'apathie et la nullité de Boleslas rendirent encore plus précaire la situation du royaume.

Pendant que les terres russiennes se toniques , déjà si dangereuse pour le

trouvaient inondées par les hordes ta- pays , l'influence de l'Allemagne devint

tares et en proie à leurs ravages , la <le plus en plus grande , et prit son

Pologne se voyait également menacée appui dans les fréquentes relations

vahisseurs.

INFLUENCE DU f.FBMAN^MF. Eïl POLOGNE.

LOIS DE M A.GDEBOT7RG.

Avec l'admission des chevaliers tcu-

dans sa puissance. Les chevaliers teu toniques et les chevaliers du glaive réunis (*) s'arrogèrent des droits sur

(*) Dans le douzième siècle, Mcinhardns se rendit avec des marchands de Brème en Livonie, afin d'y prêcher la foi chrétienne.

En récompense de ses efforts, le pape Alexandre III le nomma (1170) évêque des pays nouvellement convertis par lui. Son successeur, Albert de Buxhoff , obtint (1204) du pape Innocent III la permission d'instituer en Livonie, sous le nom de Chevaliers du glaive, une milice religieuse dont la mission serait de combattre les païens opposes à la parole de l'Evangile. Elle potiait une longue robe blanche, avec deux glaives rouges brodes sur la poitrine; et les empereurs d'Allemagne la dotèrent de tous les privilège* et prérogatives accordés a l'ordre tentonique.

Son premier grand maître fut Winno de Rhorbach.

Dans PoFigine, l'ordre des chevaliers du glaive relevait du pouvoir épiscopal de Riga, auquel il devait sa création; mais trop faible pour repousser ses ennemis, le grand maître Wolkin Schenken de Wintersladl le réunit, en 1234, avec l'approbation deGiégoire XI, à l'ordre tentonique de Prusse, dont il se reconnut tributaire. Cette union dura jusqu'en i5i3, où l'indépendance des chevaliers du glaive fut rachetée par le quaranteunième maître livonièn Walter de Plestenberg. Le dernier grand maître de cet ordre fut Gothard Kettler, qui soumit entièrement

entre les deux peuples. Les guerres ayant ruiné les princes léchites , ils se virent forcés d'emprunter de fortes sommes aux Allemands, et de leur abandonner en échange, comme garanties, certaines terres et villes. Par suite, le nombre des Allemands s'accrut rapidement en Silésie et dans la Léchie; il dépassa même dans plus d'une cité celui des nationaux; et la Luzace presque entière , Krosno , Lubusz, Santok, firent bientôt partie des domaines engagés.

Ces colons étrangers contribuèrent, par leur industrie et leurs mœurs honnêtes, à la prospérité des villes confiées à leurs soins ; aussi , forts d'un tel résultat et de leur accroissement prodigieux, ils sollicitèrent la faveur d'être régis par les lois allemandes et teutoniques en vigueur en Saxe ou à Magdebourg, ce qu'ils obtinrent (1 250).

Les villes pour lesquelles cette faveur fut accordée et qui se formèrent en espèces de républiques , élisaient leurs administrateurs et disposaient ellesmêmes de leurs revenus. Magdebourg donna son nom aux lois qui gouvernaient la grande Pologne et la petite Pologne, tandis que celles de Lubeck

de Sigismond Auguste; il devint en i56a duc de Kourlande et gouverneur polonais

ei céda la Livonie à la Pologne par les Pacta de la Livonie. ( J. Lelewel, Histoire des rois lubjectionis dressés (i56i) entre les mains polonais.)

et de Stredz régirent la Poméranie; (1462), on voit le sentiment de la li-

les décisions en dernier appel partaient berté civile et politique éteint encore

de Magdebourg ou de Halle. chez eux durant des siècles entiers. Il

Les chevaliers de Tordre teutonique, n'était resté que celui de l'obéissance

qui possédaient aussi des domaines en passive, et c'est sur cette base puis-

gage, s'empressèrent d'adopter ces santé que les tzars les plus habiles se

mêmes lois, et toute acquisition faite sont appuyés constamment (*). »

par eux devait recevoir la sanction de Ayant ainsi établi leur domination

l'empereur d'Allemagne, dont Tin- dans la Russie, les Tatars fondirent,

fluence politique s'étendait ainsi d'une en 1240 , sur la Pologne et la Hongrie,

manière inquiétante pour la Pologne. Leurs masses formidables comptaient

jusqu'à cinq cent mille hommes ; à la

xinrAsioirs du tatars mocoi.s. vérité, il n'y avait dans ce nombre que

cent cinquante mille Tatars : le reste

1240. Les Tatars mogols, sortis se composait de gens sans aveu , d ? a-

du fond de l'Asie vers le commence- venturiers, de bandits , enfin du rebut

ment du treizième siècle, après avoir de toutes les nations, alléché par le

dévasté tous les pays qui se trouvaient pillage promis par le chef des hordes,

sur leur passage , pénétrèrent en Eu- La portion qui envahit la Hongrie était

rope, conduits par le terrible Genghis- soumise aux ordres du khan Baty, et

Khan , et se ruèrent sur les terres le khan Baydar inonda , à la tête des

russiennes. Le vaillant duc Mstislaf , siens , la Pologne. Il s'avança sans obs-

qui jusque-là n'avait jamais été vaincu , tacle jusqu'à Lublin et Zawichost, se-

leur opposa une v résistance vigoureuse mant partout le carnage et l'incendie ,

à Kalka (1224) , v non loin d'Azof; mais etravissant les habitants à leurs foyers,

la désunion existant entre les princes En vain les braves palatins de Krako-

russiens amena la défaite de Mstislaf: vie et de Sandomir voulurent lui résis-

abandonné de ses alliés, il regagna ter à Tursk et à Polaniec, les barbares

avec peine Halicz. Cette déroute ouvrit étaient en trop grande supériorité nu-

aux Tatars l'accès de la Russie; et, mérique pour ne pas l'emporter. Les

dans leurs expéditions suivies , ils as- Polonais essuyèrent donc des défaites ,

servirent le grand-duché de Wladimir et celle de Szvdlow décida Boleslas V.

et presque toute la Russie jusqu'au demeuré pendant tout ce temps inactif

Dnieper, y compris le grand-auché de et tremblant à Krakovie, à s'enfuir

Kiiow. Elle dut plier sous le joug mo- en Bohême, près de son beau-père;

gol ; mais les ducs, qui , se fiant aux mais ce fantôme de roi , qui abandon-

fjactes conclus avec les barbares, avaient nait ainsi ses États et son peuple à la

âchement trahi la cause nationale , dé- merci de Dieu , trouva son égal dans

fendue par le seul Mstislaf, reçurent celui chez qui il venait chercher asile :

une juste récompense de leur vile con- il le rencontra dans les Karpathes , et

duite : trois d'entre eux furent étouf- tous deux , saisis d'une lâche terreur,

fés entre des planches , qui , tout en prirent en toute hâte le chemin de

leur broyant les membres , servaient l'Allemagne. Les Tatars réduisirent

de tables durant les banquets et orgies Krakovie en cendres , et ne s'arrêtèrent

par lesquels les Tatars célébraient qu'en Silésie.

leur triomphe de cannibales. Le salut commun rassembla les Mo*

« Si l'état de dépendance d'une na- raviens , les Silésiens et les chevaliers

tion vis-à-vis d'une autre attaque jus- teutoniques ; et le duc de Silésie , Henri

qu'aux fondements de son existence, le Pieux, issu de la race des Piast,

que ne devaient pas souffrir les Rus- prit le commandement de cette ar-

siens , courbés pendant trois siècles mée , composée de trente mille com-

sous le joug des hordes mogoles ! Et battants. Mais les Tatars eu avaient

même après qu'Ivan Vasiiiévitch eut -

brisé ce joug par un effort glorieux (*) F. de Raumer, Chuie de la Pologne,

L'ÛNIVEHS.

cent mille, et cette fois encore le nombre l'emporta; le duc périt à la bataille sanglante de Liegnitz , en char-

{;eant lui-même à la téie de ses phaanges; et cette défaite fut des plus \ fatales pour les destinées de la Po- ' logne.

Las de rapines et de meurtres , le khan Baydar quitta la Silésie et opéra sa jonction avec Baty , qui s'était montre son digne émule en Hongrie. Boleslas revint alors en Pologne, et ressaisit (1242) le sceptre , dont son oncle Conrad avait pris possession en son absence (*).

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