DANIEL, UNIQUE ROI RT7SSIE
1246. Le pape , dont le pouvoir égalait, à l'occident, celui de Genghis- Khan à l'orient , entreprit , d'après le triste état où se trouvaient les peuples russiens soumis au rit grec , de mettre les circonstances à profit pour étendre encore son influence. Eugagée avec ardeur dans la lutte entre les Guelfes et les Gibelins, la cour de Rome prouvait alors combien elle était puissante, et de quels moyens divers elle disposait pour obtenir la docilité et commander au besoin l'obéissance. Du Vatican, Innocent III paraissait vraiment régner
(•) Un long espace de temps après , en xa6o, lesMogols qui s'étaient fixés en Russie, inondèrent de nouveau la Pologne; Krakovie se vit pour la seconde fois livrée par eux aux flammes , et le pusillanime Boleslas prit encore la fuite. Depuis cette époque, ce fléau ne cessa de ravager le pnys dans les contrées de Kiiow, delà Wolhynie, de la Podolie et de la Russie ronge; mais les invasions qui suivirent les premières ne furent pas aussi terribles , les hordes s'etaut divisées. La horde de Kaplschak, qui s'établit entre le Don et le Volga , près de la mer Caspienne, causa de toutes le plus de ravages en Slavouie.
Du règne de Boleslas V à celui de Stanislas Poiiialowski , on compte jusqu'à quatrevingt-onze invasions de Talars. La hase de l'existence du pays devait être bien forte , puisqu'elle survivait à des catastrophes capables de renverser l'État le mieux organisé.
à lui seul sur toute l'Europe catholique; et, tandis qu'elle s'effrayait des invasions tatares, lui ne cessait de prêcher les croisades , disposant , suivant son gré , des pays et des nations qui ne courbaient pas leur front sous la suprématie du successeur de saint Pierre. Deux pouvoirs aussi redoutables l'un que l'autre dominaient le inonde entier, les anathèmes du saintsiége et le glaive mogol.
Les peuples que les Tatars opprimaient tournèrent leurs regards vers Rome , espérant trouver dans son intervention un moyen de salut; et l'occasion tant désirée par le souverain
()ontife d'opérer une conversion dans es terres russiennes se présenta enfin.
lie duc Daniel Romanowicz, après tous les orages qui avaient assiégé sa jeunesse , était parvenu à posséder Halicz et à contenir, à force de modération , la turbulence des boyards. Par suite d'alliances avec plusieurs kniaz russiens , Kiiow fit partie de ses possessions, et il gagna également Lublin sur la Pologne. Mais tant de suc- • cès ne servaient qu'à lui rendre plus amère l'obligation de s'incliner devant le joug mogol; et pour échapper à une telle avanie, il proposa l'union avec l'Église romaine, favorisant ainsi de lui-même les désirs du saint-siége , qui voyait d'un œil chagrin l'élévation d'un prince du rit grec. Innocent IV, poursuivant les projets de son prédécesseur, n'eut garde de refuser, et s'empressa d'envoyer un légat, qui couronna Daniel en qualité de roi russien (1246).
Le but de celui-ci ne fut pas atteint , car il espérait des secours réels contre l'ennemi , et non un vain titre; comme ces secours ne paraissaient pas, il ne tarda point à rompre toutes relations avec le Vatican , pour en former.de plus efficaces avec la Pologne , la Hongrie et les membres de l'ordre ï eutonique.
A Daniel succéda , non sans quelques difficultés, son fils Lew Danielowicz; il gouverna les vastes pays qui s'étendent de l'embouchure du Dniéper au San : malheureusement il n'eut point les talents de son père,
auquel est due la fondation de la ville de Léopol (Lvyow). Dans la suite , les ducs de Mazovie s'étant alliés par le mariage aux ducs russiens , la Russie rouge passa sous la domination de la Mazovie , et demeura toujours depuis , par droit d'hérédité , une des possessions de la Pologne.
Ce fut l'anéantissement de ce royaume russien , qui ne pouvait guère exercer une forte action sur les destinées des peuples ; et à sa place apparut un autre royaume, à l'existence également éphémère, celui de Lithuanie.
MtNDOWE, UNIQUE ROI CATHOLIQUE DE LITHUANIE.
1252. La natfon lithuanienne descend , comme le soutiennent Koialowicz et Naruszewicz, des Hérules, qui, ayant envahi l'Italie au cinquième siècle, durent rétrograder ensuite jusque sur les bords de la mer Baltique, dans le territoire occupé aujourd'hui par la Prusse, la Lithuanie, la Samogitie et la Kourlande. La ressemblance de l'idiome ancien des Prussiens avec celui des Lithuaniens, et des Lettons avec les Samogitiens, sert d'appui à cette assertion.
Ces nations vécurent longtemps ignorées dans leurs déserts, et la chronique de Quedlinbourg est la première qui fasse mention , vers le onzième siècle, de la Lithuanie, à propos du meurtre du pieux Bruno. Au commencement du treizième siècle , après la défaite des princes russiens par les Tatars, les Lithuaniens voyant péricliter la monarchie des princes de Kiiow, entreprirent une expédition pour subjuguer une partie de la Russie, et occupèrent Novogrodek, Grodno, Brzesc et Drohiczyn. Ils poussèrent leurs conquêtes jusque de Vautre côté de la
Dzwiua et prirent possession de Po- ver en elle des forces redoutables pour lock, dont le duc venait d'être tué par défendre le culte et la liberté des temps les Tatars. anciens. Néanmoins, ses relations con-
Kvnjzold, un de leurs princes,' et tinuelles avec les princes et les États qui résidait à Kiernow, étendit aussi russiens auraient amorti bien plus son empire dans les états Russiens. promptement l'action du paganisme, Son successeur Menaog ou Mindowe, si, dans ces contrées, les fidèles latins doué d'une âme forte et courageuse , n'eussent pas ressenti la même haine résolut de devenir seul souverain de pour les grecs que pour les païens.
£• Livraison, (Pologne.) ê
la Lithuanie et de la Samogitie; mais une telle élévation lui valut bientôt l'inimitié des autres princes, et Daniel de Halicz, d'accord avec l'ordre Teutonique, souleva contre lui les princes russo-lithuaniens, ses neveux, ainsi que les Iadzvingues, les Samogitiens et les Kurons. Pressé de toutes parts , Mindowe recourut à la cour de Rome, dont l'appui ne manqua pas au païen qui promettait la conversion. Innocent IV lui accorda donc la couronne et le lit sacrer roi catholique à Novogrodek , une de ses conquêtes. Mais les rapports de Mindowe avec l'Église romaine amenèrent aussi l'intervention dans ses affaires, pour les exploiter à leur profit , des rusés chevaliers teutoniques; ils firent tant par leurs intrigues et leur mauvaise foi, que, peu de temps après, Mindowe revint au paganisme. Cette décision releva sa puissance , que les traités avec le catholicisme avaient affaiblie; la Lithuanie et la Samogitie se levèrent pour lui, et furent imitées par les Prussiens, les Kurons, les Lettons et les Iadzvingues. Mindowe pilla alors la Livonie, la Mazovie, Smolensk, Czerniéchow, Novogrod la Grande, et fonda pour lui et ses successeurs la monarchie lithuanienne.
Quand. arriva sa mort, la Lithuanie retomba dans une espèce de chaos; mais ce même caractère païen qui avait fait la force de Mindowe soutint encore pendant longtemps sa création.
Les Tchoukhons, les finlandais et les Lapons furent les premiers à succomber et à subir le joug des Teutoniques ; les Prussiens et les Iadzvingues partagèrent plus tard le même sort. La Lithuanie seule demeura le refuge de l'indépendance païenne, et, à la hauteur de sa position diflicile, sut trou-
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1264. Le malheureux peuple iadzvingue, ballotté longtemps entre les mertées des Teutoniques, ri «différence des Polonais, les invasions des Russiens et la jalousie des Lithuaniens, excitait l'inimitié ou le dédain de tous ses voisins.
Do temps d'Hérodote, ce peuple, qui s'étendit par la suite jusqu'en Va* lachie , se tenait avec d'autres tribus aux approches du Dniéper. Ovide, exilé par l'empereur Auguste et vivant au milieu d'eux , sur les bords du Dniester, mentionne leur adresse à tirer de Varc. Dans le quatrième siècle, les Huns ayant envahi la Valachie et la Pannonie (Hongrie), les ladzvingues abandonnèrent leurs colonies sur la Fischa et le Danube, et, traversant les Karpathes, vinrent s'établir dans la Podlachie.
L'historien Dlugosz dit qu'ils ressemblaient beaucoup, par la religion et les mœurs , aux Lithuaniens , Samogitiens et Prussiens, dont ils différaient par l'idiome. Habitant les forêts ou des pays marécageux , ce peuple avait l'habitude de guerroyer avec ses voisins, et fut, après des chances diverses, conquis et incorporé à la Pologne, au dixième siècle, par Boleslas le Grand.
Durant l'anarchie qui mina le royaume dans l'année 1038, le ducdeKovogrod laroslaf, longeant le cours du Boug, envahit le pays iadzvineue jusqu'en Mazovie,et, à la place des habitants qu'il emmena en grand nombre, mit des colons russiens. Selon Naruszewicz, les ladzvingues payaient alors tribut à la Pologne , et les princes russiens qui les gouvernèrent ensuite devinrent également ses tributaires.
En 1241, quand la nation lithuanienne, profitant de l'oppression des princes russiens par les Tatars mogois , s'empara des châteaux forts de Brzesc, Mielnik, Suraz, Drohiczyn, Bransk et Bielsk en Podlachie, les ladzvingues passèrent sous sa domination. La Pologne, affaiblie par les divisions qui régnaient entre ses princes, ne put défendre ses droits; mais
plus tard Boleslas V résolut de mettre un terme aux attaques que les ladzvingues dirigeaient contre la Mazovie, à l'instigation des Lithuaniens.
Après avoir convoqué Tarrière-ban, il passa la Wistule près deZawichost, et leur livra bataille, le 23 juin 1264. La lutte fut acharnée, car les ladzvingues, qui, à l'exemple de leurs ancêtres les Goths , croyaient à la migration des âmes, combattirent jusqu'à la mort : ils furent tous passés au fil de l'épée; à peine quelques paysans s'enfuirent dans les bois , ou ils ne tardèrent pas à périr aussi de misère. Les Polonais colonisèrent la terre de Lukow, dédaignant de disputer alors aux Lithuaniens les déserts de la Podlachie.
Ainsi disparut cette nation des ladzvingues, dont la trace même se perdit dans l'histoire et dans les traditions populaires. Les tombes seules et les défenses élevées sous l'ombrage des forêts , aux bords des fleuves , rappellent ses luttes sanglantes (*).