MORT DE BOLESLAS V
I 1 279. A part cette expédition, Boleslas V fut un souverain complètement nul et qui ne sut ni faire du bien au pays, ni relever sa gloire, ni défendre ses droits.
II mourut après cinquante-deux ans d'un règne que l'histoire a enregistré aux époques de calamités et de désastres pour la Pologne.
LESZEK. LE WOIR.
Le pacte de chasteté de la reine Cunégonde , si fidèlement observé par son époux, laissa le trône sans héritier direct, et le neveu de Boleslas , Leszek
(*) Après l'exterminai ion des ladzvingues , la Podlachie subit successivement U domination des Lithuaniens , des Mazoviens, des Polonais et des Teutoniques. Mais les Lithuaniens la gardèrent en dernier lieu, jusqu'à l'union de la Lithuanie avec la Pologne, effectuée sous Wladislas Jageilon.
( Swiencki , Description de l'ancienne Pologne.)
éit le Noir, doc de Siéradz , lui suc- Henri IV, dit le Probe. L'évêque ne se
céda; mais son règne de dix années tint pas pour battu, et, changeant de
ne fut guère plus heureux que le pré- système, se rallia à la cause de l'héri-
cédent. Paul de Przemankow, évéque tier légitime, Wladislas, qui, avec son
de Krakovie, et qui déjà, par ses intri- aide, parvint à s'emparer de Krakovie.
gues, avait troublé la On du règne de Mais les Silésiens ne l'y laissèrent pas
Boleslas V, attira sur le pays Vinva- longtemps, il fut forcé de prendre la
sion des Lithuaniens. Le traître évita fuite. Pour surcroît de complications,
le châtiment qui l'attendait, grâce à la Henri vint à mourir et laissa le duché
protection de l'autorité cléricale, qui, de Krakovie à Przemyslas, duc de
des plus sévères pour tout écart tem- Posen; celui-ci se mit en possession
porel, prêchait 1 indulgence quand il du château royal, s'agissait de tolérer le crime commis Un incident assez bizarre surgit tout
par un des siens. La condescendance à coup, quand la lutte pour le pouvoir
blâmable de Leszek en cette circons- souverain allait se continuer avec un
lui valut les bonnes grâces du nouveau degré d'acharnement , et ce
saint-siége, qui l'autorisa à former fut la veuve de Leszek, Griffinc, qui
une croisade contre les Lithuaniens le fit naître. Aucun des compétiteurs
païens; mais au lieu d'utiliser cet avan- en présence ne lui souriait, et, afin de
tage, Leszek préféra céder à l'impul- conserver plus sûrement les avantages
sion de petites passions et guerroyer de son douaire, elle entreprit de faire
contre le duc de Mazovie, Conrad, passer la couronne sur la tête de son
dont il ravagea les États. neveu , le roi de Bohême, Wenceslas.
Une grande calamité éclata vers la Elle produisit donc un testament sifin de son règne : les Tatars fondirent mulé de Leszek le Noir qui l'instituait, de nouveau sur la Pologne, et , pour la elle Grifline , légataire universelle des troisième fois en quarante-sept ans biens personnels du feu roi, ainsi que (1287), semèrent partout la ruine et le des duchés, puis disposa du tout en meurtre. Devant ce fléau, Leszek ne faveur de Wenceslas et s'en fut moutrouva d'autre inspiration qu'une fuite rir en Bohême, honteuse en Hongrie; et la vigoureuse Bientôt parut dans le pays une ardéfense de Krakovie arrêta seule les mée formidable, sous le commandehordes barbares, qui, dans leur retraite ment de l'évêque de Prague, Tobie; vers les Karpathes, emmenèrent avec Tes places fortes s'ouvrirent presque elles, en outre d'un butin immense , sans difficultés devant lui ; car, pendant vingt et un mille jeunes filles polonai- ce temps, Wladislas Lokiétek s'empases. rait du duché de Sandomir, et Prze- Leszek put revenir alors et pour- myslas, plus inquiet des droits de l'hésuivre sa querelle avec Conrad ; mais ritier légitime que des droits trèsbattu par ce dernier, il mourut de cha- douteux de Wenceslas , n'opposait grin en 1289. qu'une bien faible résistance.
Le règne de W T enceslas, si toutefois
troubles *t Ycttes entre divers on peut appeler règne les excursions
candidats. continuelles de ce prince, de Bohême
en Pologne et de Pologne en Bohême,
1289-1295. Le sceptre vacant reve- ne fut, durant quatre années (1291-
naît de droit à W ladislas Lokiétek 1295), d'aucune importance réelle pour
(le Bref), duc de Sieradz et frère de le pays. Wladislas le chassa même
Leszek : mais le turbulent évéque Paul deux fois de Krakovie, malgré l'appui
fit proclamer à l'assemblée de Sando- <jue prêtait à Wenceslas un ennemi
mirle duc de Plock, Boleslas, au mo- juré de la Pologne, le margrave de
ment même où les habitants de Kra- Brandebourg, Otbon le Long; mais la
fcovie, et notamment les bouchers, fatalité qui pesait sur la destinée du
appelaient au trône le duc de Breslau, brave Wladislas l'éloignait sans cesse
L'UNIVERS
d'un trône qu'il voulait rendre grand ot glorieux, et de nouvelles invasions des Tatars et des Lithuaniens vinrent arrêter ses succès.
La Pologne changea à cette époque de face : au duc de Lenczyca Kasimir, tué à une bataille contré les Lithuaniens, succéda son frère Wladislas Lokietek ; le duc de Poméranie et de Dantzig Mestwin laissa en mourant son duché à Przemyslas ; et Boleslas VI, duc de Plock , devint l'héritier du duché de Mazovie, vacant par le décès de son frère Conrad Par suite de ces diverses mutations, la Pologne se trouva, à l'exception de la Silésie et de quatre petites principautés kuiaves, entre les mains de trois princes influents , Boleslas VI, Wladislas Lokiétek et Przemyslas.
MEURTRI DI PRZEMTStAS.
1296. Przemyslas, le plus puissant des princes auxquels les événements avaient confie les destinées de la Polo-
{;ne, et qui réunissait sous son sceptre es principaux duchés, résolut de taire valoir enfin d'une manière décisive ses droits à la couronne. Saisissant un moment où les vœux de la nation étaient propices à ses projets, il se fît sacrer avec son épouse Rixa , fille du roi de Suède Waldemar, par l'archevêque de Gnèzne, le 26 juin 1295, en présence des évêques de Krakovie, de Kuiavie, de Posen, de Breslau, et des hauts dignitaires ou barons de la grande Pologne. Au moyen de cette solennité, les souverains polonais furent revêtus de nouveau par le pape Boniface VIII du titre de roi, qu'ils avaient perdu deux cent vingt-cinq années auparavant, lors de l'excommunication de Boleslas II. Du sacre de Przemyslas à la chute de la Pologne (1795), il s'écoula une longue période de cinq cents ans!
Mais ce règne , qui semblait devoir terminer les malheurs du pays et lui ouvrir une ère nouvelle, réveilla l'inimitié des chevaliers teutoniques , qui s'emparèrent de la Poméranie, et surtout celle des antagonistes nés de la
Pologne, c'est-à-dire des margraves de Brandebourg. De tout temps ils n'entrevirent d'élévation possible que sur ses mines , et leur façon de penser à cet égard ne se transmit que trop fidèlement chez eux de souverain en souverain, jusqu'à ce au'elle amenât l'affreuse spoliation dont se rendirent complices deux autres États voisins , le partage de la Pologne. S'a- percevant que le royaume renaissait sous Przemyslas, ils résolurent de frapper le monarque afin d'atteindre ensuite la nation, et, flattant avec un art infernal les vanités blessées de quelques seigneurs polonais, ils parvinrent à nouer une conjuration régicide.
Les fêtes du couronnement duraient encore , et aux tournois célébrés, à Rogozno, où Przemyslas se trouvait alors, flottait dans les airs le drapeau national , avec cette devise consacrée au roi : Reddidit ipse solus victricia si~ gna Polonis. Après une journée toute de plaisirs, Przemyslas reposait d'un profond sommeil, quand les assassins pénétrèrent dans sa chambre et le frappèrent; éveillé en sursaut, le roi se défendit d'abord vaillamment, mais, perdant tout son sang, il tomba bientôt percé de coups et sans vie. Les meurtriers étaient le margrave d'Anhalt Jean de Brandebourg, l'électeur Othon le Long, et Jean, fils du duc de Conrad, tous les trois neveux de la Victime.
Cette catastrophe arriva le mercredi des Cendres, 6 février 1296 (*).
(*) Le peuple, toujours disposé à croire au merveilleux, attribua cette mort violente à la vengeance du ciel. Przemyslas, encore duc de la grande Pologne, avait épousé en
Sremières noces (1273) Luidgarde, nièce * u duc de Stettin Rarnim ; mais désirant ardemment uu héritier, que Luidgarde ne pouvait lui donner, et séduit par les charmes de la princesse de^Suède Rixa, il prit tellement son épouse eu. horreur, qu'il la fit étouffer par ses femmes au château de Posen, eu 1283. L'histoire de la pauvre Luidgarde, victime dis priueipes barbares du siècle, demeura dans la mémoire du peuple , et ni le repentir, ni toutes les fondations pieuses du roi ne parvinrent à effacer son crime.
WEKCFStAS DE HORKME.
x3oo-i3o5.
Après l'assassinat de Przemyslas, qui n'avait laissé qu'une fille âgée de huit ans, la grande Pologne proclama Wladislas LoTkiétek souverain de toute la Pologne, depuis l'embouchure de la Wistule Jusqu aux Karpathes. Mais ce
f>rince, après un succès brillant en Siésie et un revers non moins grand à la bataille de Regenswalde contre les Poméraniens , se vit bientôt dépouillé de la couronne par les magnats, sous prétexte de torts qu'on lui reprochait.
Il est vrai que les Allemands accaparaient la Luzace, que les invasions des margraves brandebour^eois inquiétaient les contrées situées aux bords de la Dravva et de l'Ina , et qu'un vassal de la Pologne , le duc de Slettin , s'était emparé d'une partie de la Poméranie ; mais tous ces désastres étaient la suite des fautes commises sous les règnes précédents, et ne pouvaient se réparer que par le bon accord entre le roi et la nation , non par l'anarchie.
Lorsqu'on considère 1 esprit qui ddminait alors en Pologne , on voit facilementcjue les griefs reprochés à Wladislas n'étaient qu'un vain prétexte, et que l'énergie de son âme froissait plutôt la noblesse, car elle trouvait seulement aux époques de troubles et de changements occasion de donner pleine carrière à sa morgue et à ses projets ambitieux. Un prince fort et décidé lui faisait peur, et cette fois encore les factions antinationales se placèrent sous la protection des foudres de l'Église. Les Silésiens et les Bohèmes poussèrent l'évéquede Posen, André, à excommunier le roi ; le prêtre céda d'abord à leurs instances, puis se réconcilia avec son souverain. Mais l'orgueil des nobles tint bon , et Wladislas fut décidément dépossédé en 1300, et dut partir pour l'exil, après un règne de quatre ans.
Le roi de Bohême Wenceslas , que
Cet événement a fourni au célèbre écrivain Kropin.sk i une des plus belles tragédies dont «e glorifie la littérature polonaise.
l'on a déjà vu figurer dans l'histoire , -de 1291 a 1295, fut de nouveau proclamé roi de Pologne. Il n'était pourtant pas destiné à y vivre; car après avoir contemplé^d'un œil indifférent les invasions du duc de Rugen , ainsi que celles du duc russien Léon et des Lithuaniens, la peste qui éclata le força à quitter le pays et à confier les rênes du gouvernement à un lieutenant du royaume, nommé Irycz, et Silésien d'origine. Wenceslas se rendit à Prague avec son épouse Rixa, la fille du feu roi. Au milieu des calamités qui assiégèrent la Pologne en ces temps, on parvint cependant à recouvrer Lublin sur les Russiens et à améliorer l'état financier.
l'eXILE WLADISLAS AC JUBILE DE ROME.
1300. Le malheur avait mûri Wladislas Lokiétek , et il comprit parfaitement que le meilleur appui était le pouvoir qui élevait ou renversait à son gré les rois et les empereurs. L'occasion se présentait favorable pour sonder ses dispositions; et le pape Boniface VIII ayant décidé de célébrer le .début du siècle par un jubilé, Wladislas se rendit secrètement à Rome. Il y remplit avec la plus grande ferveur les pénitences imposées par l'Église; mais le prince fier et digne ne tarda pas a remplacer l'humble pèlerin , et le pon tife ne parut pas voir avec répugnance les négociations essayées près de lui par Wladislas. D'anciennes dissidences existaient déjà entre le saint-siége et Wenceslas, au sujet de la Hongrie; en outre , le pape était froissé de la réunion de trois couronnes sur la tête de ce prince, roi à la fois de Hongrie, de Bonême, en vertu des droits provenant de sa mère Cunégonde, et de Pologne. Boniface parla donc à Wenceslas de générosité , de modestie , et voulut lui faire abandonner quelquesunes de ses possessions ; mais les instances , à cet égard , du légat cardinal d'Ostie furent fort mal reçues du triple souverain. De part et d'autre les esprits s'aigrirent, et bientôt Boniface rompit ouvertement ; après avoir excité
L'UMVERS.
contre Wenceslas le courroux de l'empereur d'Allemagne , il se déclara for-, mellement en faveur de Wladislas, faisant défense à son compétiteur de prendre le titre de roi de Pologne, titre dont il s'était frauduleusement emparé jusque-là. Et au cas où il posséderait quelques droits à la couronne polonaise , disait le pape dans sa lettre, il devait, avant tout, les faire valoir à la cour de Rome.
W lad islas avait complètement atteint le but de son pèlerinage.
Joyeux d'une telle réussite, il quitta Rome, et, appuyé de son ami le palatin hongrois Amédée, s'avança vers la Pologne, où l'appelaient des vœux nombreux. La prise de Wisliça et de Lelow eut pour effet de grossir encore les rangs ae ses défenseurs; et cette fois , le sort , las apparemment de le persécuter, sembla venir à son aide.
Wenceslas mourut empoisonné ( 1 305) , du moins on le suppose , par les partisans de la maison impériale, qui voulait s'emparer de la Bohême (*). Wladislas Lokiétek rentra donc enfin en possession de son patrimoine royal, et put utiliser l'expérience et la maturité qu'il avait puisées à l'école de l'infortune. La Pologne célébra avec effusion son retour, véritable fête de famille.
Les affaires étaient malheureusement encore bien embrouillées , tous les ennemis du pays paraissant s'être concertés pour hâter l'heure de sa ruine.
(*) Cette supposition était d'autant plus vraisemblable que la suite la justifia. Le fils du roi, Wenceslas V, fut également assassiné à Olmtitz un an plus tard, en 1 3o6, et l'opinion accusa encore de ce meurtre l'empereur d'Allemagne Albert , en voyant quel empressement il mit à donner pour roi à la Bohême Rodolphe, fils d'Albert d'Autriche.
Wenceslas était le dernier des princes d'origine slave qui gouvernèrent pendant six années , comme ducs ou comme rois, les provinces bohèmes.
La puissante famille des Szwença leva l'étendard de la révolte en Poméranie, déjà livrée par elle aux désordres des Allemands , et s'assura du concours ' des margraves de Brandebourg, qui convoitaient Dantzig ; mais les chevaliers teutoniques, appelés par Wladislas comme auxiliaires, s'en emparèrent à leur propre profit, et toute la race, conjurée contre la Pologne, tomba sur la Poméranie, que le duc de Stettia partagea avec eux. Ils surent encore extorqifer aux petits princes kuiaves la terre de Michalow. Le rusé ordre teutonique lit approuver ensuite l'acquisition de la Poméranie par le roi de Bohême, qui se plaisait toujours à prendre le titre fictif de roi de Pologne , et obtint aussi, à force d'argent, la sanction des margraves de Brandebourg, et même celle de l'empereur. En vain le pape Jean XXII leur ordonna de restituer cette province; résistant aux ' anathèmes de la foi , ils persévérèrent dans leur empiétement, car « ces moines a guerriers, ainsi que l'écrivait Lokié- « tek , dépourvus de honte et de vertu , « ne s'inquiétaient ni de l'estime des « hommes ni de la crainte de Dieu. »
Il ne restait donc plus à la Pologne que la voie des armes ; mais pouvaitelle , amoindrie comme elle l'était , recourir à cette suprême ressource et lutter contre les forces allemandes, devenues si puissantes ? Les Teutoniques tenaient tous les pays à partir de la Drawa jusqu'à Slupiec, la Poméranie jusqu'à la Wistule et la Prusse, et les chevaliers du Glaive se montraient non moins redoutables. Ils commandaient à la Ko urlande et à la majeure partie de la Livonie; sur mer, leur domination s'étendait aux îles , et leur donnait , par le commerce, la richesse et les moyens de faire des levées de recrues, tandis que leurs expéditions en Samogitie, contre les païens, les mettaient à même d'appeler sous leurs bannières de nombreux Allemands; enfin ils avaient pour alliés les margraves de Brandebourg et le roi de Bohême.
A tous ces ennemis du dehors se joignait encore l'état peu rassurant de
l'intérieur, où la lutte des partis n'a- prince suivit une marche tout à fait
vait pas cessé. Les magnats de la grande différente de celle de ses prédéces*
Pologne , peu portés pour Lokiétek , seurs ; et , quoique païen , permit au
suscitaient sans relâche de nouveaux clergé de prêcher dans ses possessions
troubles; et l'évéque de Krakovie, la foi chrétienne, lui faisant même bâtir
Muskata , était à là tête des mécontents de cette ville.
Lokiétek devait donc faire face à tant dedifficultés réunies; mais son caractère grand , loyal , ne se découragea pas , et fut digne des circonstances. Rehabilitant l'ancienne puissance nationale , il
des églises à Wilna et à Novogrod. Il adapta aux lois et aux statuts russiens le système féodal, que les Allemands avaient introduit en Kourlande et en Livonie; mais il le basa sur l'obligation
f>ersonnelle des kniaz (princes) et de 'ordre équestre lithuanien, en par-
se fit couronner roi à Krakovie, en tie russien. C'est ainsi que Giédymin
1319, par l'archevêque de Gnèzne, sous fonda l'État lithuanien par la double
le nom de "Wladislas I er (*) ; mais cette influence des armes et des institutions,
solennité, qui aurait dû prêter une et devint maître des terres russiennes.
rapproctierent LokieteK de Giédymi
elle réveillait dans la nation les senti- Lors de la conclusion d'un traite d'al-
ments d'unité, de fidélité et de vi- liance défensive et offensive , les deux
gueur, les petits princes que le désas- monarques nouèrent des relations en-
treux testament de Boleslas III avait core plus intimes par le mariage de
créés, et qui s'étaient propagés et dis- leurs enfants. Le prince royal Kasi-
séminés à l'infini, virent avec jalousie mir épousa, en 1325, la princesse li-
l'élévation du monarque polonais , leur thuanienne Anne Aldona, qui fit une
suzerain et parent. Afin de satisfaire de viles passions , les ducs de Silésie se reconnurent vassaux de la Bohême, détachant ainsi pour toujours cette
Srovince de la Pologne; et les ducs e Mazovie, devenus les alliés des Teutoniques, combattirent leurs frères polonais.
■M.I : A.NCE DE LA POLOCÎÏE AVEC LA I.ITHCAMf,
1325. Le quatorzième siècle fut le siècle de gloire et de puissance des Lithuaniens. Leur prince Giédymin, guerrier habile, étendit, à l'aide de thuanie. soldats déjà exercés dans les luttes contre les Teu toniques , ses conquêtes à l'orient et au sud , tailla en pièces les princes russiens (1320), et s'empara de la Wolhynie, de Kiiow, Kaniow, Siéwierz et Czerniéchow. Ce
entrée splendide en Pologne , ou elle fut suivie de vingt-quatre mille captifs, enlevés à la patrie par les Lithuaniens dans les différentes guerres précédentes, et rendus à la liberté.
C'était la plus belle partie de sa riche dot (*).
(}râce à cette alliance, Wladislas put tenir tête à ses ennemis et soutenir plus avantageusement la lutte, dans laquelle on vit dès lors, d'un côté, les chevaliers teutoniques, les Mazoviens, les Brandebourgeois et les Bohèmes , et, de l'autre, la Pologne et la Li-
DIBT1 DE CHEUClIfY.
(*) Depuis ce couronnement, l'aigle blanc sur un bouclier rouge devint l'ccusson royal , ei les insignes royaux furent transportés de Guézue à Krakovie, résidence royale, où se tu désormais la cérémonie du sacre. (J.
Lelewel , Histoire, des roi$ de Pologne.)
1331. Rien ne pouvant contenir les trahisons de l'ordre Teutonique , une guerre sérieuse devenait inévitable.
Mais avant de confier le sort du pays à la pointe de son épée, le prudent "Wladislas résolut d'assurer sa force à
(*) A l'occasion de ce mariage, le roi Lokiétek iusiitua Tordre de l'Aigle blanc, qui, négligé pendant plusieurs siècles, fut remis en vigueur (i 705) à T) kociu par Auguste |L
L'UNIVERS
l'intérieur par une union entre le pouvoir royal et la nation; et, dans ce Dut, convoqua une diète à Chenciny , afin de s'entendre avec les évéques et les barons sur les divers besoins du royaume, et y pourvoir avec leur assistance.
Premier eongrès vraiment national et modèle des diètes futures, si la diète de Chenciny rappelait sous quelques rapports l'assemblée de Lenczyça , en 1180, elle dut à Wladislas de' renfermer beaucoup plus d'éléments patriotiques. Par la sagesse de ses dispositions , il sut créer chez la noblesse un intérêt plus vif pour la cause générale ; et, président de la diète, il donna aux mesures qui y furent prises une direction digne de tous éloges. Son
Î;rand art, ce fut, en étendant à tous es membres de la noblesse les privilèges réservés jusque-là aux hauts dignitaires, de les rendre moins dangereux.
On arrêta pour toujours à Chenciny les bases fondamentales de la républi-
2ue polonaise et de la démocratie noiliaire; Wladislas eut ainsi la gloire de rétablir l'unité de la Léchie, et, à partir de cette époque, la noblesse entière forma le corps de la nation. Il eût été imprudent, impossible même, d'appeler les autres classes à l'exercice des droits politiques; car la classe des bourgeois, quoique recommandable par ses richesses , comptait dans son sein trop d'étrangers que les lois teutoniques régissaient, et la classe des paysans (cmetons) ne jouissait que d'une liberté soumise jusqu'à un certain degré à la volonté des nobles , propriétaires des terres cultivées par elle. D'un autre côté , le peu de défenses naturelles du pays et l'absence d'armées régulières rendaient indispensable la création de privilèges, qu'on ne pouvait obtenir que par des actions d'éclat et des services réels.