VICTOIRE DE PI.OWCF
1331. Le roi ayant jugé, nécessaire de retirer au staroste Vincent Szamotulski le gouvernement de la grande Pologne* pour le confier au prince royal ILasiniir, ce staroste appela les che-
valiers teutoniques dans le cœur du pays, promettant de leur livrer le souverain. Wladislas, après avoir statué, comme nous l'avons vu , sur les affaires de l'État avec ses représentants, monta à cheval et courut au devant de l'ennemi. La présence du monarque , vieillard septuagénaire et dont les malheurs avaient encore plus que les années blanchi ia tête vénérable, mais qui commandait avec tout le feu, toute l'énergie de la jeunesse, semblait inspirer les troupes polonaises de ce courage qui double le nombre. Les deux armées se rencontrèrent à Plowce,
Erès de Brzesc-Kuiawski, le 27 septemre 1331 ; la victoire v couronna pleinement les drapeaux polonais, et les chevaliers teutoniques, défaits sur tous les points, laissèrent vingt mille des leurs sur le champ de carnage. Szamotulski, repentant de sa coupable conduite, avait contribué au gain de la bataille; mais le pardon même du roi ne put le sauver : la noblesse de la grande Pologne, indignée, hacha en morceaux ce premier instigateur de la guerre.
FIIT DE WLADISLAS LOKIETEE.
1333. Le brillant succès remporté à Plowce ne termina cependant point la lutte; et les chevaliers teutoniques ayant repris l'offensive par l'occupation de toute la Kuiavie, le roi se disposait à aller les combattre de nouveau, quand la mort vint terminer une existence si précieuse pour la Pologne. Le dernier mot prononcé par Wladislas Lokiétek fut l'ordre à son fils Kasimir de poursuivre à outrance les chevaliers teutoniaues.
« Si tu mets, lui dit il avant d'ex- « pirer, quelque intérêt à ton honneur a et à ta réputation , prends garde de « rien céder aux chevaliers teutoniques «et aux margraves de Brandebourg.
* Forme la résolution de t'ensevelir « sous les ruines de ton trône, plutôt « que de leur abandonner la por- « tion de ton héritage qu'ils possèdent « et dont tu es responsable envers ton « peuple et envers tes enfants. Ne laisse « pas à tes successeurs un tel exemple
« de lâcheté, qui suffirait pour ternir le partage de la monarchie en duchés « toutes les vertus et la splendeur du par Boleslas III jusqu'au régénérateur «plus beau règne. Punis les perfides, de la Pologne, Wladislas Lokiétek, « et, plus heureux que ton père, ne présente qu'un bien triste tableau. « chasse-les d'un royaume où la pitié Au lieu d'affermir ses bases et son «Heur ouvrit un asile, car ils se sont pouvoir par le progrès de la civilisait souillés de l'ingratitude la plus noi- tion , de l'industrie, du commerce, « re. » Ces paroles prophétiques peu- de l'agriculture , enfin de tout ce qui vent servir de réponse aux manifestes compose la prospérité des nations , la publiés par la Prusse lors des par- Pologne retomba , par ce funeste mortages ! cellement , dans son impuissance pri- Wladislas Lokiétek rencontra, pen- mitive. Les dissensions, nées de l'adant son long règne, d'innombrables mour-propre et des intérêts personnels, difficultés, et semblait vraiment né amenaient sans cesse des «collisions, au pour l'adversité, à laquelle il opposa sein desquelles s'affaiblissaient peu à toute la vigoureuse trempe de son ca- peu les forces du pays et s'augmentait ractère. Trahi sans relâche par les l'influence étrangère. Le manque de princes ses parents et par les seigneurs caractère des princes encourageait qui l'entouraient , il ne put parvenir à l'audace des grands, qui, liers de l'aprallier autour de lui la masse de la pui que la couronne- cherchait près nation , surtout les habitants des villes , d'eux , empiétaient continuellement sur ou, pour mieux dire, les colons aile- ses droits, et jouaient avec le sceptre mands; mais son génie , se retrempant au gré de leur caprice. Lokiétek arrêta , dans les revers , s'attacha avec persé- il est vrai , "momentanément ce torvérance à sauver ce qui restait de la rent dans sa coursé; mais le germe du vieille Pologne, afin d'y ajouter de mal une fois inoculé devait , après de nouvelles forces, de nouveaux déve- certains temps d'arrêt, produire des loppements. II voyait bien que la guerre résultats bien déplorables: il donna seule permettrait de restaurer le naissance plus tara aux confédérations, royaume de Boleslas le Grand;, aussi qui, converties en loi, contribuèrent la désirait-il ardemment. La perte que à saper les fondements de l'antique le pays fit sous son règne de plusieurs édifice national, belles provinces était une conséquence , La pernicieuse œuvre de Boleslas III inévitable des fautes commises par fit relever la tête à tous les ennemis ses prédécesseurs ; mais, si la Polo- de la Pologne. Le Brandebourg forma gne se trouvait réduite quand il la un nouvel État , et les Danois et les laissa à Kasimir, elle était bien mieux Allemands s'emparèrent des pays slaves assise que lorsqu'il l'avait reçue , et si en Poméranie. La Pologne unie aurait bien administrée , qu'à son avènement pu faire face aux Tatars , repousser au trône Kasimir se vit un des souve- les attaques de la Lithuapie, et mainrains les plus puissants et les plus tenir la Russie sous le joug de l'obéisriches en Europe. L'histoire n'a pas sance , sans recourir à l'appui des cheencore rendu à Wladislas Lokiétek valiers teutoniques, appui devenu si toute la justice qu'il mérite. Il ne fut fatal pour elle; mais les ducs, jaloux pas non plus compris de son temps, car les uns des autres, ne savaient pas son esprit éclaire avait devancé i'igno- même s'entendre à l'approche du danraticedu siècle, et préparé les voies à ger commun, et ils finirent par être l'ère de splendeur et de civilisation victimes de leurs préventions aveugles, qui devait la suivre. Comme partout ailleurs en Europe, i îtnisn mf PFitinnF c était un tribut ( l ue l'imprévoyance
1ROISIEME PERIODE. ^ , e m de , umières f ent à
Lk Pologne florissante. l'expérience.
i333-i587. Quand Kasimir parvint à la puis-
L'espacede deux siècles écoulé depuis sance royale , les principes sur lesquels
L'UNIVERS
le système gouvernemental , dans diverses contrées de l'orient et du Bord de l' Europe, se liaient intimement à l'action des États représentatifs , et surtout de l'ordre équestre en Pologneou noblesse ailleurs. Les trônes étaient , pour la plupart , devenus élec-
ou Wissegrad sur le Danube (1335) lui assura la cession du roi Jean , et celui de Kalisz(1343) relata les conventions faites avec les Teutoniques.
Le clergé, l'ordre équestre et les bourgeois, tous oéuétrés des vues politiques du feu roi, protestèrent vivement
tifs par l'extinction des vieilles races contre de telles décisions ; mais , mal
régnantes; et cet état de choses en- gré ces remontrances et le refus
fantait de nouvelles combinaisons et formel du clergé, les traités tinrent
de nouvelles branches princières. Déjà bon.
la maison d'Anjou, alliée par des liens Mais, avec la réflexion, Kasimir
de parenté à la famille de "Wladislas sentit la nécessité de faire oublier au
Lokiétek , commençait à jeter un re- pays sa faiblesse , soit par de nouvelles
fard de convoitise sur le sceptre de conquêtes , soit par l'amélioration des ologne; et elle ajoutait à ses droits lois existantes ou la création de moen France et à ses couronnes des Deux- numents utiles, et il s'appliqua fer- Siciles, celle de Hongrie. Peu satisfaite mement à atteindre ce but . Dès la de ses comtés des bords du Rhin , la même année , la Pologne rentra en maison de Luxembourg attendait de possession de la Mazovie et de la terre son côté , avec impatience, que la cou- de Wschow, auxquelles la Bohême reronne impériale lui échût de nouveau; nonça ; il étendit , en outre , les fronet, héritière du trône de Bohême, tières du côté de la Russie, occupa s'emparait hardiment du' titre de roi Halicz, et tenta d'organiser la Russie de Pologne, dont une des plus belles rouge à l'instar des provinces poloprovinces lui appartenait , la Silésie. A naises.
son avènement, Kasimir (*) se trou- Le royaume que Rasimir avait à
vait donc placé entre la bienveillance gouverner désormais se composait de
peu sincère de Jean de Luxembourg pays divers; la grande Pologne , la pe-
et l'intérêt non moins suspect de la cour d'Anjou.
tite Pologne , les duchés de Siéradz , de Lenczyça , de Kuiavie , de Mazovie, la Halicie , possédaient chacun leurs lois et leurs règlements spéciaux. Les maintenir et opérer leur fusion dans l'action générale du royaume, telle lut la pensée constante de Lokiétek ; et Kasimir, s'il ne suivit pas la politique de son père quant aux affaires extérieude son père, Kasimir, afin d'arriver à res , continua du moins, à l'intérieur, la conclusion d'une paix repoussée par le système déjà en usage. Versé dans la politique du moment , lit de grandes les matières de finance , il sut donner concessions; et, pour obtenir que le la richesse au pays et en jouir luiroi de Bohême , Jean , renonçât au même. Il fit bâtir nombre de forts . et
Les débuts de ce monarque ne furent pas heureux ; car, dédaignant le vœu de la nation, ainsi que les derniers conseils
vain titre de roi de Pologne,* il lui céda la Silésie et toutes les terres polonaises que Jean retenait illégalement. Il usa de la même condescendance envers les Teutoniques ; et , en échange de la restitution des terres de Kuiavie et de Dobrzyn , leur abandonna la Poméranie. Le traité de Wyszogrod
(*) Bien qu'il fût le troisième de ce nom, Kasimir voulut s'appeler Kasimir I".
les villes les mieux construites, les églises les plus remarquables , les châteaux les plus curieux, ont presque tous été édifiés sous son règne bienfaisant. Il créa également l'université de Krakovie (1364), et obtint pour elle la protection spéciale du pape Urbain V. Soixante et dix villes et bourgs se virent entourés par ses soins de remparts et de murailles; aussi l'historien Dlugosz a-t-il dit aveç beau*
coup de justesse que : « Kasimir trouva « la Pologne en bois , et la laissa en «pierre.»
OEIGIKE DU TRÔWE ELECTIF ET DES ÏACTA con V ESTA.
1339. Se dévouant tout entier an bien de la Pologne , et n'osant , par suite d'une existence assez irrégulière, concevoir l'espérance d'avoir de successeur direct, Kasimir résolut de neutraliser les événements et la funeste influence des rois de Bohême et de Hongrie , en assurant les destinées futures de la Pologne. A cet effet , il convoqua une réunion à Krakovie, où il exposa l'impérieuse nécessité de lixer l'avenir du trône, et proposa, en conséquence , le prince royal de Hongrie , Louis , lequel fut agrée , à défaut d'enfant mâle lors du décès de Kasimir, comme héritier du sceptre de Pologne, après uu'il eut promis toutefois d'observer les conditions suivantes : 1° faire rendre à ses frais tous les pays ravis à la Pologne, notamment la Poméranie ; 2° ne conférer les dignités et les starosties à nul étranger , mais seulement aux régnicoles d'origine polonaise; 3° ne point établir de nouveaux impôts sur l'ordre équestre , auquel il devait conserver en entier ses droits, ses privilèges et ses franchises, et rendre ceux de ces mêmes droits injustement enlevés. Par cet accord , les femmes étaient exclues de la couronne, et, en retour de sa stricte exécution par Louis, les nobles s'engagèrent a lui jurer (idélité et obéissance.
Telle est l'origine des pacta contenta, qui formèrent, dans la suite, le contrat d'union entre le souverain élu et la nation. A partir de cette époque, le trône ne fut plus qu'électif; Wladislas le Blanc et les autres ducs de Mazovie possédaient des droits légitimes à exercer le pouvoir suprême , mais on les méconnut.
OUKEEE ET TEAITE AVEC lA I.ITHUAK [E.
1349-1366. La Lithuanie, cette fidèle alliée de Lokiétek, ainsi qu'on l'a